le 26 juillet 2008
Une opposition antitout
La France vient d’amender sa constitution. Comme pour les autres documents de ce genre, la majorité requise est forte. En France, elle est de 60% des membres du congrès (députés et sénateurs réunis) qui votent. C’est une grande victoire pour le président Sarkozy mais elle est surtout importante pour les Français car elle améliore vraiment la démocratie du pays. Ce n’est pas une mince tâche que de modifier la constitution d’un pays.
Au Canada, nous le savons bien puisque nous avons vécu les péripéties de l’entente du lac Meech et l’accord de Charlottetown qui visaient à moderniser la constitution canadienne et reconnaître, entre autres, précisément la nation canadienne française et sa représentation au parlement du Canada. Le PM Brian Mulroney est venu bien près de réussir. Mais il lui manqua un vote à l’assemblée législative du Manitoba, et la province de Terre-Neuve changea le vote positif de gouvernement de l’ex-PM Brian Peckford pour s’opposer avec celui de son successeur, l’ineffable libéral Clyde Wells. Toutes les autres provinces avaient voté pour, tout comme le parlement canadien où tous les partis s’unirent. L’unanimité de tous était requise.
Ce rappel du passé démontre bien que le PM canadien Stephen Harper n’est pas sérieux lorsqu’il affirme qu’il inscrira, un jour, sa motion parlementaire de la reconnaissance de la nation québécoise dans la constitution canadienne. Si l’ex-PM Mulroney n’a pu réussir, comment aujourd’hui le PM Harper peut-il affirmer qu’il le fera alors que la situation est devenue moins favorable comme le démontre le dernier recensement au pays qui indique que le pourcentage du nombre de Canadiens-français diminue et que la deuxième langue parlée n’est plus le français mais le mandarin.
Ce qui est surprenant dans l’expérience que vient de vivre la France, c’est que le Parti Socialiste s’est opposé aux amendements proposés par le président Sarkozy. Pourtant, une part importante des amendements étaient des propositions qui émanaient du PS, depuis plusieurs années. Cette position négative vient du fait que la direction du PS a décidé que dorénavant elle s’opposerait systématiquement à tout ce que proposerait le président Nicolas Sarkozy et son gouvernement du PM Fillon.
Seul socialiste et non le moindre, l’ex-ministre Jack Lang a voté pour la proposition constitutionnelle. Depuis, il est honni publiquement par les têtes dirigeantes du PS : le premier secrétaire François Hollande, le porte-parole Julien Dray, le chef de file des députés du PS Jean-Marc Ayrault, etc. Même l’ex-candidate Ségolène Royal vient de dénigrer Lang malgré que celui-ci lui ait apporté un soutien important lors de l’élection présidentielle. Devant tant de bêtises, je ne suis pas surpris qu’un sondage révèle ce matin que 53% des Français sont d’accord avec le vote de Lang.
Il est clair que la stratégie des dirigeants PS n’a pas de bon sens. On ne peut faire une opposition systématique car l’intérêt du pays passe avant les intérêts d’un parti ou ceux des individus. Ils ont l’air d’une bande de pisse-vinaigre qui ne réalisent pas que leur attitude ne peut que nuire à leur parti. On comprend mieux maintenant pourquoi le PS a, depuis un an, perdu 33% (60,000) de ses membres, surtout parmi les plus jeunes, et pourquoi une majorité grandissante de Français se révolte contre eux.
Je me rappelle les années de la guerre froide, où nous, Occidentaux, dénoncions l’absence de démocratie des pays sous le joug des communistes soviétiques derrière le rideau de fer. Les régimes politiques de ces pays, connus sous le vocable de « Républiques populaires et démocratiques » n’autorisaient qu’un seul parti politique à présenter des candidats aux postes de députés au parlement. Ces derniers ne s’opposaient jamais aux décisions du politburo énoncées par le 1er secrétaire (le vrai chef du parti). La dissidence n’était pas tolérée. C’est de même aujourd’hui dans le PS.
Le seul objectif des dirigeants du PS est de garder la main mise sur le parti. Leurs réflexes conditionnés contre le président ont poussé un groupe de jeunes députés du PS à écrire récemment dans une tribune du journal Le Monde, pour dénoncer l’« antisarkozysme pavlovien » de leur parti. Or ces députés ont été démis depuis de leurs fonctions dans le parti, même s’ils ont suivi la discipline du vote sur celui de la réforme constitutionnelle. Les membres du parti ne peuvent même pas donner leur opinion car ils sont menacés de règlements de comptes. Les Français n’ont sûrement pas de leçon de démocratie à recevoir des dirigeants socialistes français qui, par intérêt personnel, entraînent leur parti dans une opposition frontale constante à Sarkozy. Le PS s’enlise lentement mais sûrement dans une spirale descendante vers l’enfer de l’opinion publique et vers une autre défaite à la prochaine élection présidentielle.
J’ai toujours regretté ce genre de logique pour une stratégie politique. Je l’ai observé souvent au Québec lors de participations à Québec devant les commissions parlementaires. J’ai constaté comment l’opposition s’acharnait sur tout ce que proposait le gouvernement et souvent sans aucune nuance. Il y avait dans l’air un sentiment de mépris qui flottait entre les membres des formations politiques. C’était nauséabond.
De nos jours, Mario Dumont, le chef de l’opposition à l’Assemblée nationale québécoise, pratique l’opposition antitout. Au lieu de s’en tenir aux idées et au programme politique qui lui ont apporté la faveur publique, il s’acharne à chercher des poux dans ceux des libéraux. Je ne suis pas surpris que sa popularité ait plongé radicalement dans les sondages d’opinions. Il en est de même pour Pauline Marois, le chef du parti Québécois, qui y stagne. Je crois qu’elle s’oppose trop systématiquement sur tout et sur rien.
Les Québécois et Québécoises ne sont pas dupes. Ils savent reconnaître un bon coup du gouvernement et les lois qui les avantagent. Et ce n’est pas en cherchant à déprécier les bonnes idées de l’adversaire qu’on se grandit. La popularité retrouvée du PM québécois Jean Charest lui vient de ses actions positives. Si la stratégie des partis d’opposition avait été moins frontale et illogique, ceux-ci ne seraient pas à leur bas niveau actuel dans les sondages.
Claude Dupras