LUne obligation religieuseundi 1 octobre 2007
Une obligation religieuse
Surpris
Il s’appelle Rachid Ramda. Il a été en prison, genre Guantanamo, à Londres depuis 10 ans. La France a finalement réussi à l’extrader, en 2005, pour lui faire subir un procès en rapport avec une série sanglante d’attentats à Paris dans les années ’90. Son procès commence aujourd’hui. Aura-t-il droit à un procès véritable ?
Ce qui m’intéresse chez cet individu ce sont ses explications, qu’il vient de donner au journal Libération, sur les motifs qui l’ont amené où il est aujourd’hui. Je n’ai jamais compris la raison pour laquelle les islamistes algériens tuaient en masse.
Comment expliquer les razzias de villages où ils accomplissaient leurs actions sans tenir compte de qui ils assassinaient. Le bilan dépasse les 150,000 victimes. Des gens innocents qui n’avaient rien à voir avec le pouvoir. Des gens qui avaient la même situation de vie difficile que leurs compatriotes algériens. De bonnes familles musulmanes dont les membres avaient probablement voté pour le mouvement islamiste aux élections de 1991.
Rachid Ramda est un berbère de culture arabe. Sa famille pratiquait l’islam de façon traditionnelle. Son père était à son compte comme herboriste et gérait en plus une grande ferme familiale. Dans sa famille, le savoir et la culture étaient de prime importance. Un de ses frères était ingénieur et architecte, un autre ingénieur en informatique.
Quant à Rachid Ramda, il fit ses études à l’institut polytechnique en architecture. Sa mère, l’âme de la maison, avait la lourde tâche d’élever ses enfants en leur inculquant les vraies valeurs humanistes de leur culture telle que comprise dans le rôle essentiel de la femme et de la mère de la civilisation arabo-musulmane.
L’Algérie obtint son indépendance en 1962 et depuis, le pays était dirigé par le FLN, avec une main de fer. Ayant personnellement travaillé pendantsix ans dans ce pays, j’ai été à même de constater que les Algériens se sentaient étouffés par le système politique communisant à la soviétique que leur imposaient Boumediene et ses amis.
Des mouvements de résistance à ce gouvernement totalitaire se formaient mais étaient aussitôt écrasés brutalement par ses forces militaires et policières.
C’est en 1988 que prend forme finalement le mouvement islamiste algérien. Le pays ressent une nouvelle révolution en devenir et la masse algérienne voit la possibilité de reconquérir sa liberté de penser et d’agir contre l’injustice, la pauvreté et la corruption du système. C’est l’étincelle qui a allumé Rachid Ramda.
Trop jeune pour être un inspirateur du mouvement, il en est fortement influencé. Pour lui, c’est une obligation religieuse et une nécessité humaine pour son pays de retrouver l’air pur de la liberté et de la prospérité. Il était temps, après trente années, de se débarrasser de la clique militaire corrompue qui brimait l’esprit inventif, culturel et moral des Algériens.
Mais Rachid Ramda ne reste pas en Algérie. Impressionné, en 1987, par un documentaire sur la situation catastrophique des réfugiés Afghans et de l’indifférence internationale sur cette situation, il lâche l’école d’architecture, au moment où il sort de l’adolescence, et partpour le Pakistan en 1989 afin, dit-il, d’être en contact direct avec ces réfugiés qu’il veut aider.
C’est à partir de là que la confusion s’installe dans sa vie.
En 1991, le FIS, le mouvement islamiste algérien, devenu très populaire, gagna les élections législatives. Les militaires, voulant protéger leurs intérêts personnels, forts de l’appui des bourgeois algériens et d’un très grand nombre de femmes algériennes, qui craignaient la venue au pouvoir des fondamentalistes islamistes, annulent les élections et mettent sous arrêt tous leurs dirigeants.
Ce fut une insulte flagrante à la démocratie. Les islamistes algériens, offusqués de voir leurs droits ainsi bafoués, forment le GIA (Groupes Islamistes Armés).
Rachid Ramda, qui est rendu à Londres, participe à la rédaction et à la diffusion du journal clandestin El-Ansar du GIA. Il devient donc un complice de ce mouvement qui tuera sans discrimination ses compatriotes algériens afin de faire pression sur le gouvernement et se venger de l’annulation de l’élection du FIS.
Les kamikazes islamistes pratiquent aujourd’hui la même méthode de pression meurtrière dans plusieurs pays du monde.
Le procès de Rachid Ramda sera captivant à suivre. Il semble que la preuve contre lui soit accablante. On le dit le financier etle superviseur du réseau du GIA à l’origine des actes de terrorisme à Paris en 1995.
Rachid Ramda nie. Il veut être entendu et pousser la cour à vérifier ses accusations. Il affirme qu’il n’est qu’un simple musulman qui pratique sa religion selon les préceptes de sa foi. Je ne crois pas que l’islam ait favorisé ou pardonne les massacres de l’Algérie. Rachid Ramda semble être en mauvaise posture.
J’espère que le procès ne sera pas escamoté car la justice peut enfin nous permettre de comprendre les raisons profondes qui poussent ces hommes issus de bonne famille et à l’esprit religieux à poser des gestes meurtriers incompréhensibles. C’est ainsi que l’on comprendra véritablement la source des problèmes actuels qui nous hantent,
Rachid Ramda, un procès à suivre !
Claude Dupras