mercredi 18 juillet 2007
Une bouffée d’air neuf…
Confiant
Le PM canadien Stephen Harper a déclaré, le 10 juillet dernier, lors d’un interview accordé à un petit poste de radio local de son patelin en Alberta, qu’il croit que les Canadiens ne veulent pas que le Canada continue la guerre en Afghanistan après 2009, date limite de l’entente actuelle avec l’OTAN. Il veut donner une mission différente à notre action.
Cette nouvelle m’a fait sursauter. En effet, c’est la première fois que notre PM indique qu’il tiendra compte de l’opinion publique pour décider de la continuation du déploiement de nos forces militaires dans cette lointaine contrée.
J’en suis heureux, car je dénonce depuis les tous-débuts l’intervention de notre pays là-bas et le fait qu’Harper ait obtenu, sur un coup de force à la Chambre des Communes, l’extension du mandat de nos soldats de 2007 à 2009.
Pourquoi ce changement subit ? Pourquoi ne pas l’avoir annoncé sur les réseaux nationaux de nouvelles. Est-il sincère ? Est-ce une réaction spontanée suite aux nombreuses morts de soldats albertains au champ d’honneur ? Y a-t-il un lien avec le fait que plus de 2,000 Québécois francophones partent ces jours-ci pour le front Afghanistanais ? Je crois que la vraie raison de cette volteface se trouve dans toutes ces questions.
Les sondages indiquent que cette guerre n’est pas populaire au pays. Les Canadiens n’aiment pas le fait que notre pays soit devenu belliqueux. Nous ne sommes pas un peuple agressif, batailleur qui aime la querelle. Nous ne provoquons ni encourageons la guerre. Nous voulons défendre notre pays s’il est attaqué. Nous recherchons la paix internationale par la négociation, le désarmement et la non-violence.
Si nous avons dans le passé participé aux grands conflits mondiaux, c’est que les circonstances l’exigeaient. Mais depuis, nous avons supporté la politique de l’ex PM canadien Lester Pearson, prix Nobel de la Paix, qui a bien défini notre rôle de mainteneur de la paix dans le monde. Il a conçu l’idée des casques bleus de l’ONU et, depuis, notre pays a toujours bien rempli les mandats qu’elle nous a confiés, partout sur notre planète.
Voilà pourquoi, la position d’Harper sur ce sujet nous parait si étrange. Lorsqu’il a affirmé hautement, le 1er juillet dernier, à la fête du Canada sur la colline parlementaire, que le « Canada est de retour » soulignant ainsi notre nouvelle politique belliciste, il a démontré qu’il tournait la page sur notre passé pacifiste. Il semble que la réaction négative à ce discours partisan l’ait touché puisque, 10 jours plus tard, il parle de modifier le rôle du Canada en Afghanistan.
De plus, il donne comme raison, ce que nous avons répété souvent, que les pays de l’OTAN ne font pas leur part dans ce conflit : « La vérité, c’est que l’OTAN ne met toujours pas suffisamment de soldats sur le terrain pour assurer une stabilité permanente. Les Canadiens sont assez clairs, ils veulent un partage du fardeau plus équitable ». En somme, le Canada est le dindon de la farce ! Le malheur, c’est qu’Harper savait cela en 2006 lorsqu’il a forcé l’extension de mandat de notre armée pour deux années additionnelles en Afghanistan. Le seul qui avait son oreille alors était le président américain GW Bush.
Ce que dit le PM Harper aujourd’hui, il ne le pense pas vraiment. S’il avait une majorité de la députation à la Chambre des communes, il ne l’aurait jamais affirmé. Car le vrai Harper, est le militariste acharné qui est en train d’équiper notre pays d’instruments de guerre, à coups de milliards de $. Jamais un gouvernement canadien n’a tant dépensé dans ce domaine.
Mais face à la réalité électorale, il joue ses cartes. Pour avoir une majorité, il doit gagner un très grand nombre de députés au Québec. Il sait qu’il serait sévèrement blâmé, si un incident malheureux devait arriver et entraînait la mort de plusieurs soldats francophones. Voulant maintenir sa popularité au Québec et conserver ses possibilités de gagner une majorité à Ottawa, il fait de la « potilique ». Si le PM Harper se montre ainsi sensible aux opinions des Canadiens et accepte d’adapter ses vues aux leurs, c’est bon, à son crédit et je l’applaudis.
Mais, je ne le croirai que le jour où il confirmera à la Chambre des Communes, devant tous les députés de la nation, ce tournant important de sa politique en Afghanistan. Ce sera un bonne bouffée d’air neuf au parlement !
Entretemps, nos soldats sont toujours au front et de nouveaux vont les rejoindre chaque jour. Mes critiques de la politique guerrière de mon pays n’affectent en rien tout le support que je donne à nos jeunes qui vont combattre en notre nom. Nous sommes fiers d’eux. Nous admirons leur courage, leur détermination et leur savoir-faire.
Nous devons les supporter, les aider, leur donner les meilleurs équipements pour les protéger et leur permettre de se défendre, appuyer leurs proches et prier pour eux. Nous devons aussi nous assurer qu’on les aide et les prépare, à leur retour, à réintégrer normalement la vie de tous les jours,
Ce que je vise, c’est que notre gouvernement cesse d’impliquer de jeunes canadiens dans de telles actions et de mettre leur vie en danger inutilement. Il y a d’autres moyens de régler ces problèmes.
Claude Dupras