Un politicien très habile
 

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mercredi 25 juillet 2007

 

Un politicien très habile

Confiant


Le PM canadien Stephen Harper est revenu de son voyage en Amérique du Sud et aux Caraïbes. Il en a surpris plusieurs, surtout par son appui au régime fort discutable de la Colombie. Malgré plusieurs questions sur sa sincérité, ce qui a été rapporté par la presse lui a été généralement favorable.

 

Lui, qui de plus en plus devenait un homme politique limité à un sujet international, l’Afghanistan, et le p’tit chien du président Bush, voilà qu’il a ouvert une brèche qui lui donne une dimension nouvelle et l’éloigne quelque peu de son idole américain.

 

Par un hasard, trois de mes amis, en une semaine, m’ont fait la même remarque sur Harper : « Il est très habile », en ajoutant « je l’aime bien ».  C’est dire que les démarches de notre PM les ont marqués positivement. C’est ce que recherchait l’entourage d’Harper en organisant ce voyage et il est clair qu’ils ont réussi. Il est donc, électoralement parlant, sur la bonne voie.

 

Malgré qu’une majorité importante de sa députation, avec laquelle il s’identifiait, soit beaucoup plus à droite que la majorité des Canadiens, malgré sa prise de position sur Kyoto qui va à l’encontre de leurs vues, malgré son militarisme actif qui l’éloigne de la position traditionnelle de « maintien de la paix dans le monde » de notre pays, malgré les lois fascistes qu’il a fait adopter par le parlement en rapport avec la sécurité, malgré le changement dans la nomination des juges par lequel son parti politique aura dorénavant une majorité au comité responsable des choix, malgré son coup de force parlementaire pour étendre à 2009 la participation active de notre armée en Afghanistan et ses discours qui laissaient croire que la période serait allongée, malgré… (j’en passe)… le PM Harper trouve moyen de garder la faveur d’une bonne partie de la population.

 

Sur tous ces sujets, il modifie ses positions, ses politiques. Il s’adapte à l’opinion publique. Il donne l’impression d’écouter les Canadiens.

 

À ce jour, le parti Conservateur d’Harper se maintient en tête dans les sondages. Mais sa marge sur les autres partis n’augmente pas suffisamment pour l’assurer de pouvoir gagner une majorité des députés à la prochaine élection.

 

Cela est évident puisqu’il ne déclenche pas une élection et ne veut pas profiter de la léthargie actuelle du parti Libéral du Canada. Pas plus que de celle du Bloc Québécois qui, en plus d’ennuis importants de financement, a des tracas de toutes sortes qui découlent de la baisse de popularité de l’option séparatiste au Québec. Seul le Nouveau Parti Démocratique semble prêt à faire des élections mais il n’est, avec son approche socialiste, qu’un parti marginal au Canada.

 

La rumeur publique prédit que le PM Harper et son parti gagneront la prochaine élection fédérale. Mais sans un grand nombre de députés du Québec, il demeurera minoritaire. Que feront les Québécois ? Croiront-ils les nouvelles positions politiques du PM ? Voteront-ils en masse pour lui ? Au risque d’être traité de sarcastique, je dis oui. Non pas pour ses politiques, mais à cause de la bonne image qu’il génère.

 

Je crois toujours que la politique est un commerce d’images et d’illusions. Je n’oublierai jamais l’élection fédérale de 1968, au moment où le Québec vivait la révolution tranquille et cherchait à obtenir, par des conférences fédérales-provinciales d’envergures, le plus d’autonomie possible et une réorganisation des pouvoirs politiques au Canada tenant compte des provinces et singulièrement des particularités du Québec.

 

Le chef du parti progressiste-conservateur, Robert Stanfield, avait recruté, comme premier lieutenant politique, l’éminent Marcel Faribault, ex secrétaire général de l’Université de Montréal. Le parti avait reconnu officiellement, à la conférence de Montmorency, l’existence des deux nations canadiennes et avait incorporé cette notion à son programme politique.

 

Il rallia l’intelligentsia québécoise et présenta la meilleure équipe de candidats qu’un parti ait présentée à une élection fédérale, avant et depuis. De plus, il avait l’appui du PM québécois Daniel Johnson qui parlait d’« égalité ou indépendance » et de son parti l’Union Nationale.

 

Mais le nouveau chef du parti libéral, Pierre-Elliot Trudeau, qui s’opposait publiquement à ce concept des deux nations, remporta facilement le vote Québécois, et devint le PM du Canada avec une forte majorité.

 

J’étais alors au cœur de l’organisation PC de cette élection et il devint clair que Trudeau gagnerait, car Stanfield, nonobstant ses qualités exceptionnelles, passait difficilement la rampe. Par contre, Trudeau ne cessait d’émerveiller l’électorat par ses discours, son flower power, ses pirouettes, ses plongeons et encore.

 

En somme, le fond de la question de deux nations qui était si important pour tous les Québécois, fut mis de côté en faveur de l’image exceptionnelle que Trudeau dégageait.

 

Aujourd’hui, le meilleur prestidigitateur sur le plan fédéral est Stephen Harper. Il a une bonne équipe de conseillers et il continuera sa campagne d’image. Face à cette évidence et vu la situation actuelle des partis de l’opposition, je crois qu’il gagnera sa majorité.

 

Ce n’est qu’après son élection que nous saurons qui est le vrai Harper ! Est-ce que la grande habilité médiatique qu’il démontre aujourd’hui se concrétisera alors dans des actions politiques qui correspondent à ce que sont les Canadiens et au genre de pays qu’ils veulent ? C’est là la vraie question !

 

Claude Dupras