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Même
si, en plaisantant, il lui arrivait de souhaiter vivre les cent vingt-cinq
ans qui constituent, selon la tradition hindoue, "la plénitude
de l'existence", Gandhi ne craignait pas la mort. L'ayant à maintes
occasions vue de près, il en parlait avec une certaine désinvolture.
Il l'appelait "l'ami incomparable" et il disait que la vie et "la mort
sont les deux côtés d'une même médaille".
Il avait jusqu'alors survécu à la maladie, à ses
jeûnes interminables et à quelques attentats.
Ce disciple de la non-violence
avait couru plus de risques que beaucoup de militaires sur les champs
de batailles.
Dix jours avant son assassinat,
il avait été victime d'un attentat à la bombe.
Durant un sermon qu'il adressait à la foule, une bombe éclata
à quelques pieds de lui.
Imperturbable, il poursuivit son
sermon sans y prendre garde. Le lendemain, en réponse aux félicitations
que l'on lui adressait il répondait : "Je mériterai ces
félicitations si un jour, frappé à mort, je garde
le sourire et ne ressent aucune haine contre mon assaillant". D'ailleurs,
si je dois mourir, dit-il, il vaut mieux que cela soit à la prière.
Quant à son agresseur qui
faisait partie d'une bande qui avait juré de le tuer, Gandhi
demanda à la police de le traiter avec affection dans l'espoir
de le convertir à de meilleurs sentiments.
En fin d'après-midi, le
30 janvier 1948, Gandhi quitta Birla House pour se rendre à la
prière; soutenu par ses deux petites-nièces, il marchait
vite car il était en retard. La foule s'ouvrait devant lui pour
le laisser passer.
Au moment où il levait
les mains pour répondre à la salutation traditionnelle,
son assassin se prosterne devant lui, prend son revolver et tire trois
balles à bout portant.
À la première balle,
Gandhi chancelle mais reste debout.
À la deuxième le
sang tache son vêtement et il murmure Hey Rama! (Oh! Mon Dieu).
À la troisième,
il s'écroule, ses lunettes tombent sur le sol et ses pieds glissent
de ses sandales...
Gandhi est mort.
L'Inde est en deuil.
La planète entière
est en deuil.
La Grande Âme a quitté
notre monde.
Les jeunes qui avaient été
ses disciples étaient assis autour de son corps et il pleuraient
pendant que le docteur constatait sa mort. Nehru arriva en courant de
son bureau et Dévadas, le fils de Gandhi se tenait près
du cadavre. Malgré la violence de l'attentat, le visage du Mahatma
semblait souriant et on aurait pu croire qu'il dormait. Il avait l'air
tellement calme et serein que toute manifestation de chagrin aurait
eu l'air d'un sacrilège.
Afin de permettre aux milliers
de gens qui s'étaient rassemblés pour voir Gandhi une
dernière fois, on plaça le corps sur le toit de Birla
House, le haut du corps légèrement surélevé.
Un projecteur fut braqué sur sa dépouille et jusqu'à
minuit, la foule défila en pleurant devant la maison.
On descendit le corps dans la maison et les amis et les proches demeurèrent
en prière dans la chambre jusqu'à l'aube. Il fut question
de procéder à l'embaumement pour permettre à ses
amis vivant loin de New-Delhi de le voir avant son incinération
mais en respect de la tradition hindoue, il fut finalement décidé
de brûler son corps le jour même.
Après l'avoir lavé
selon le rites hindous, on l'exposa une autre fois sur le toit de façon
à ce qu'il puisse être vu par le plus de personnes possible.
À midi moins quart, le
cortège d'une longueur de plus de trois kilomètres se
fraya péniblement un chemin à travers la foule compacte
et parvint à la rivière Youmna huit kilomètre plus
loin vers 16 heures 20 minutes.
Un million et demi de personnes
faisaient parti du cortège et un million d'autres les regardaient
passer en criant :
"Mahatma Gandhi Ki Yaï" (Vive
le Mahatma Gandhi)
Toute l'Inde y était, tous
unis dans le chagrin: chrétiens, musulmans, parsies, indhous,
anglais, sikes, etc. Encore
un million de personnes attendaient l'arrivée du cortège
depuis le lever du jour au bord des eaux sacrées de la Youmna.
Comme Bouddha, le corps de Gandhi
fut placé sur le bûcher la tête vers le nord et les
pieds au sud. Vers 16 heures 45, son fils Ramdas alluma le feu funéraire
et peu après, le corps de Gandhi fut réduit en cendres
qui furent transportées en à Allahabad où eut lieu
l'immersion.
Le convoi était composé
de cinq voitures de troisième classe. En rappel de l'incident
d'Afrique du Sud, Gandhi a toujours voyagé en troisième.
L'urne fut retournée
en présence de plus d'un million de personnes et son contenu
se répandit dans la rivière. Les cendres se dispersèrent
instantanément et quelques osselets épargnés par
le feu du bûcher flottèrent rapidement vers la mer.
Jamais personne n'a reçu
un tel hommage.
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