lundi 16 juillet 2007
Sommes-nous tombés sur la tête ?
Triste
Hier, j’ai assisté au match Chili-Nigéria au stade Olympique, à l’occasion d'une partie des quarts de finale de la Coupe du Monde de soccer (les Français disent foot) pour les U-20, les moins de vingt ans. Ce fut fantastique.
L’atmosphère surchargée par l’enthousiasme, les cris, les bruits générés par les partisans des deux équipes, particulièrement ceux du Chili, a ajouté à l’énervement d’un match très serré qui fut bien joué. N’eut été d’une erreur de jugement de l’arbitre qui a éteint le dynamisme de l’équipe nigérienne en démoralisant ses jeunes joueurs, le tout ce serait bien passé. Mais ce n’est pas là le but de mon propos.
Il y avait plusieurs années que je n’étais pas allé au stade olympique. Je l’ai trouvé beau, confortable, facile d’accès et agréable. Du niveau 400, tout en haut près du toit, j’avais une vue parfaite du jeu. Ma dernière visite remontait à une des dernières parties de nos Expos de Montréal avant leur déménagement pour la capitale nationale américaine.
Le stade olympique fut blâmé pour ce départ, car, disait-on, cette enceinte n’avait pas la convivialité d’un vrai stade de baseball. Pourtant, du temps où les Expos attiraient plus de 3 millions de spectateurs par année, nous n’entendions pas cette complainte. La Régie des Installations Olympiques avait même fait des modifications importantes au stade, à la demande du président Brochu des Expos, pour rapprocher davantage les spectateurs du terrain de jeu (je le sais, car j’en fus l’ingénieur conseil). Mais, malgré cela, ce dernier ne cessa de dénigrer le stade. Les Expos nous quittèrent, non pas à cause de ce faux-fuyant, mais parce que Brochu et compagnie n’ont pas bien su faire leur travail et n'avaient pas suffisamment d'argent.
Puis, le football canadien revint à Montréal après neuf années d’absence, durant lesquelles la passion du football ne s’éteigna pas chez les sportifs montréalais. Les Alouettes ressuscitèrent à cause d’un promoteur exceptionnel, Larry Smith. Il réinstalla son équipe au stade olympique et celle-ci se rendit, dès la première année, en demi-finale du championnat de la ligue.
Ce fut un concert d’un groupe pop irlandais qui changea tout. Il avait loué, depuis longtemps, le stade pour les mêmes jours en novembre 1997 dont les Alouettes avaient besoin pour cette partie importante. Le club fut donc forcé de jouer au vieux stade Molson du centre-ville. Les amateurs aimèrent l’idée. Les propriétaires encore plus car les coûts d’opération étaient passablement plus bas. Le stade Molson devint le siège des Alouettes et alors leur histoire changea.
Avec un nombre limité de sièges, le club joue depuis à guichets fermés. Face à ce succès, et à la demande du club, la ville et les gouvernements supérieurs s’apprêtent, aujourd’hui, à contribuer 24 millions de $ pour la modernisation du stade et l’ajout de 5,000 sièges. Les opposants à ce projet estiment que le projet situé au coeur d'un quartier résidentiel générera des bruits inacceptables et qu'il obstruera, en plus, une partie de la vue du Mont-Royal.
De son côté, l’équipe de soccer de Montréal, l’Impact, va de succès en succès et l’assistance s’accroit. Le club veut maintenant construire un nouveau stade d’une capacité de 15,000 personnes, sur les terrains de la RIO, près du stade Olympique. Pour ce faire, on devra utiliser le terrain extérieur dédié à la piste d’athlétisme.
Le prédécesseur de l'Impact, de 1981 à 1983, était le Manic de Montréal qui faisait, au stade olympique, salle comble à chaque partie. Il était devenu une concession clé de la Ligue Nord-Américaine de soccer (LNAS). Malheureusement, après deux saisons exceptionnelles, le Manic connut, en 1983, une saison beaucoup plus difficile. Son propriétaire, la brasserie Molson, paniqua et mit fin à son existence.
En résumé, nous avons un stade olympique, entièrement payé, de 50,000 sièges, comprenant plus de 4,000 places de stationnement protégées des intempéries, desservi par deux stations du métro de Montréal, à proximité des ponts et des artères principales desservant la ville. Mises à part quelques activités spéciales, il est vide. Les Expos, les Alouettes, le Manic l’ont déserté. Depuis, l’Impact et les nouveaux Alouettes le boudent. Pendant ce temps, nos gouvernements investissent des sommes importantes de nos taxes, pour ajouter des sièges pour les nouvelles enceintes de ces derniers.
Certains diront que la raison de cette désaffection doit être attribuée au design du stade qui ne se prête pas aux activités professionnelles nord-américaines. Je ne suis pas d’accord, car je sais que son architecte Taillibert l’a désigné pour répondre aux critères et normes de tous les sports. Il était un expert en la matière.
La réalité c'est que, dans le passé, les propriétaires faisaient tout pour avoir le meilleur club possible. Et les Montréalais, les Montréalaises et les autres Québécois se sont amourachés des équipes et assistaient aux matchs en nombre record. Lorsque de nouveaux propriétaires d’équipes sont devenus trop assoiffés de profit à court terme, les partisans les ont laissé tomber et ont boudé les matchs.
Un exemple patent est la « vente de feu » par les Expos de cinq de ses joueurs, comptés parmi les plus grandes étoiles du baseball, qui réclamaient les hauts salaires de joueurs supérieurs. La direction du club a littéralement donné ces joueurs à d’autres équipes sans rien obtenir en retour pour éviter de payer ces salaires. Certains de ceux-ci, comme Vladimir Guerrero, sont encore parmi les grandes vedettes du baseball actuel. Au moment où nous pouvions enfin gagner la série Mondiale, nous sommes devenus, subitement, condamnés à finir près du dernier rang.
Molson a fait de même avec le Manic. Au lieu de tenir le coup durant une période difficile, la compagnie a montré qu’elle n’avait pas suffisamment de nerf ou de sens civique pour maintenir une équipe championne de soccer à Montréal. Ce n’était sûrement pas l’argent qui manquait.
Je trouve ridicule que nos politiciens, en commençant par ceux de la ville de Montréal, acceptent de verser des millions de $ pour construire des stades qui entreront en concurrence avec le stade olympique qui demeure vide. Et cela, simplement parce que les propriétaires de ces équipes n’ont pas assez de « guts » ou d’imagination pour présenter les meilleures équipes possibles capables de faire le plein d’assistance.
Il y a des fois où je me demande si nous ne sommes pas tous tombés sur la tête pour accepter de telles sottises sans broncher ?
Claude Dupras