Si c'est juste pour Toronto, pourquoi pas pour Montréal ?
 

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samedi 7 juillet 2007

 

si c'est juste pour Toronto, pourquoi pas pour Montréal ?

Surpris


La ville de Montréal veut établir une politique de facturation pour ses services policiers nécessaires à la sécurité lors des grands évènements publics de Montréal, organisés par le privé, tels les festivals, le Grand Prix, les spectacles extérieurs, les évènements sportifs, les défilés et les organisations particulières.

 

Évidemment, les grands promoteurs de ces activités s’élèvent contre cette proposition prétextant que cela fera un tort financier immense à leur organisation qui pourrait être fatal. Certains, dont Gilbert Rozon qui a créé le « Festival Juste pour Rire » menace même de déménager leur évènement dans une autre ville. Ce n’est pas sérieux.

On doit reconnaître que les Montréalais et les Montréalaises doivent beaucoup à ces individus exceptionnels qui ont pensé, créé, mis-sur-pied, publicisé, organisé et amélioré d’année en année ces grandes activités qui attirent des millions de personnes dans notre ville et qui lui apportent une publicité exceptionnelle.

Elles contribuent énormément à l’économie de Montréal, à la création d’entreprises, à l’emploi, à son renom. Chacun de ces initiateurs, les Legault, les Simard, les Ménard, les Rozon et combien d’autres méritent la plus belle médaille que l’on pourrait imaginer en reconnaissance de leurs réussites.

Tous ont profité de la collaboration étroite des services de la ville de Montréal qui, durant toutes ces années, n’a pas rechigné pour les aider. Cela leur a permis de réussir et aussi de faire beaucoup d’argent.

Par contre, ces promoteurs refusent d’ouvrir les livres de toutes leurs compagnies aux autorités municipales, provinciales ou fédérales pour justifier leurs demandes d’aide financière ou autres.

J’ai vécu ce problème en 1986, lors de la campagne électorale à la mairie. Le Festival du Jazz réclamait de la ville le remboursement d’un supposé déficit pour 1985. À mon arrivée comme chef du Parti Civique et candidat à la mairie, le maire Drapeau me remit un lourd dossier sur la demande de Messieurs Simard et Ménard, organisateurs du festival.

Ce fut le premier dossier que j’étudiai. J’ai vite remarqué que le montant réclamé faisait partie de la proposition de budget du festival 1985, et comme la ville n’avait pas répondu positivement à cette demande, on prétendait que l’évènement avait été déficitaire et que cela la justifiait. Cependant, aucun rapport financier final de l’évènement n’en faisait partie.

Sur les entrefaites, je reçus un appel de Simard et je le rencontrai à sa salle de spectacles de la rue Ste Catherine. Le dossier contenait aussi une liasse de communiqués de presse, préparée par les promoteurs, dénonçant l’attitude d’attentiste de la ville que l’on qualifiait de négative. Il était clair, pour moi, que l’on profitait de la campagne électorale pour faire des pressions sur les politiciens et les forcer à verser les fonds.

Je fis part à Simard de ma reconnaissance de tout le travail méritoire que lui et ses associés avaient fait, et lui demandai de me présenter le rapport financier audité par un comptable agréé démontrant que le déficit était réel et qu’alors il serait justifié que la ville les aide. Je lui rappelai aussi que les coûts desservices de sécurité et autres que la ville offrait étaient évalués à près de 200,000$ ce qui en fait était déjà une contribution très généreuse.

Le rapport financier ne fut jamais présenté et Simard entreprit une campagne contre ma candidature en appuyant ouvertement Jean Doré qui, lui, avait tout promis, sans justification. Il alla même jusqu’à menacer que son festival déménage à Drummondville s’il ne gagnait pas sa cause. Quelle sottise !

Par la suite, j’ai dû subir les foudres de certains journalistes dont un dans la Presse, qui intitula son article : Dupras, contre le festival du Jazz. Ça aide une campagne !

Je soupçonnais que le Festival du Jazz était profitable. Au milieu culturel, j’ai dit qu’il valait mieux aider les jeunes entrepreneurs culturels ou autres qui avaient de bonnes idées mais peu d’argent. Je leur rappelai que la ville de Montréal n’était pas une vache à lait et que le niveau des taxes de Montréal était le plus élevé de toutes les villes de la région Montréalaise (sauf Verdun).

Montréal ainsi perdait des milliers de nouveaux habitants au profit des villes des couronnes nord et sud. Le problème était important, les solutions difficiles.

Aujourd’hui, la situation est pire encore. Les infrastructures de la ville sont plus vieilles. Les besoins et les dépenses municipaux croissent à un rythme effarant. Montréal est en compétition avec les grandes villes du monde et se doit d’être au pas, si elle veut maintenir, pour ses citoyens, son dynamisme et sa place. Il n’est donc pas surprenant que le maire cherche des solutions à ses problèmes financiers. 

Les Torontois ont compris depuis longtemps la justesse de voir leur ville remboursée pour les frais de sécurité qu’elle assure à certaines grandes activités publiques organisées par le privé et qui sont lucratives. Aujourd’hui, elle perçoit plus de 17 millions de $. De son côté, à Montréal c’est zéro.

Le temps pour l’obtention facile d’argent des gouvernements ou de leurs agences est passé. Le tristement fameux « programme des commandites » a apporté un éclairage sur cette période scandaleuse où l’argent des taxes était distribué à tout vent, sans contrôle. Le gouvernement fédéral a pris sa leçon et veut s’assurer que les critères pour un audit sérieux soient en place avant de recommencer à verser des fonds publics. Le gouvernement Harper mérite notre support pour les précautions qu’il prend avant de lancer les nouveaux programmes.

Que les organisateurs-propriétaires cessent leurs jérémiades irréalistes et injustes ! On se rappellera qu’après l’abolition de la publicité par les compagnies de tabac au Grand Prix du Canada, ce devait être la fin de cet évènement majeur pour Montréal. Pourtant, aujourd’hui, on est loin de là.

Qu’ils reconnaissent le bien-fondé des demandes de remboursement de la ville pour les services qu’elle leur rend et agissent en conséquence ! Un commanditaire de plus, ou une augmentation minime du prix des billets compensera facilement pour les demandes de la ville qui en somme ne sont pas extravagantes.

Par contre, pour les organismes non lucratifs, je crois que l’aide de la ville est justifiée. De même, pour les nouveaux entrepreneurs culturels ou sportifs aux idées originales mais avec peude sous, un moratoire de cinq ans sur le remboursement des frais de sécurité de la ville devrait être envisagé, pour les aider à se lancer. Car, au contraire des grands évènements déjà en place, « ils ne peuvent voler de leurs propres ailes ».

 

Claude Dupras