Shame on you Harper ! Honte à toi Dion !
 

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dimanche 16 mars 2008

 

Un général sans armée

Triste


Tôt le matin, j’aime écouter l’émission-radio de Paul Arcand « Puisqu’il faut se lever » à Montréal. Même en voyage, grâce à internet, je le capte. Ce personnage est intelligent, sait s’exprimer d’une façon sympathique, a un bon jugement et une équipe de  reporters d’expérience qui savent bien interpréter les évènements du jour.

Il y en a un cependant avec lequel je n’arrive pas à me mettre d’accord. C’est Jean Lapierre. À mon avis, il raconte n’importe quoi. D’une façon intéressante, il est vrai, mais tendancieuse

Lapierre est un ex-député et ex-ministre du parti libéral du Canada sous le PM Pierre Elliot Trudeau en 1979 et défendait le fédéralisme. Il quitta ce parti en en 1990 pour se joindre au parti Bloc Québécois pour prêcher l’indépendance du Québec. Il quitte la politique en 1992 et revient au parti libéral du Canada, en 2004, comme ministre et lieutenant québécois du PM Paul Martin pour prôner à nouveau le fédéralisme. Si ce n’est pas teinté d’opportunisme, je ne sais pas ce que c’est. 

Sous la gouverne de Lapierre, le parti libéral du Canada au Québec a sombré. Ses stratégies électorales ont été fatales et cela a été reconnu par les observateurs avertis. Par exemple, il a voulu forcer le député et ministre Stéphane Dion à quitter la politique en offrant son siège de député à un autre candidat. Dion a résisté et est resté. Il a alors mis Dion de côté lors de la première campagne électorale du PM Martin.

Ce n’est qu’à la fin de cette campagne, alors que tout allait mal, que le PM Martin a prié Dion d’intervenir. Le parti libéral a réussi à sauver sa peau de justesse et Dion est redevenu ministre et a fait un travail du tonnerre sur la question de l’environnement particulièrement lors du sommet de Montréal de l’ONU, qu’il a présidé avec brio. 

À l’élection de 2006, le leadership de Lapierre, devenu néfaste, nuisit considérablement au parti libéral du Canada qui fut humilié au Québec pour la première fois depuis les années Mulroney.

On dira que ce fut l’affaire des commandites qui nuisit au parti libéral du Canada. C’est vrai, mais ce n’est pas la seule raison. Le PM Martin avait lui-même mis sur pied la commission d’enquête qui découvrit le pot aux roses, l’équipe libérale était bonne et aucun membre du gouvernement n’avait été impliqué dans l’affaire et malgré cela, le pouvoir échappa aux libéraux. Je reste convaincu qu’ils auraient pu faire beaucoup mieux au Québec s’ils avaient été bien guidés.

La preuve, ce sont les Conservateurs qui l’ont donnée puisqu’ils ont, contre toute attente, remporté 10 nouveaux sièges au Québec grâce à la qualité de leur campagne électorale.

Lapierre a réussi à se faire élire dans son comté en promettant à ses électeurs d’Outremont de compléter son mandat de député jusqu’à la prochaine élection. Le parti perdant le pouvoir, Lapierre se retrouva dans l’opposition. Après quelques mois, il démissionna. Un autre bel exemple de solidarité avec son parti !

À l’élection complémentaire, qui suivit pour remplacer Lapierre, le parti libéral perdit le siège (considéré comme un château-fort) au NDP. Non seulement, Lapierre a-t-il manqué à sa parole, il a renié la foi de ceux qui avaient voté pour lui tout en ajoutant au manque de confiance croissant des citoyens envers la politique.

Il y a peu temps, comme reporteur politique d’Arcand, il affirma que Stéphane Dion, devenu chef du parti libéral du Canada, sera un « général sans armée » lorsqu’il fera faceau parti conservateur lors de la prochaine élection fédérale. Il fait tout pour susciter l’intérêt des « radiophiles »  au point d’interpréter exagérément et négativement les mots et les actions de Dion.

Pourtant le chef Stéphane Dion a un état-major important et solide. Il y a les candidats-étoile au leadership : Scott Brison, Ken Dryden, Martha Hall Findlay, Michael Ignatieff, Gérard Kennedy, Bob Rae, Joe Volpe qui ont tous démontré qu’ils sont des personnages politiques sérieux avec chacun un grand potentiel. Il y a aussi les ex-ministres du gouvernement Martin : Denis Coderre, John MacCallum, Ralph Goodale, Irwin Cutler, etc... et une équipe de députés dont plusieurs comptent plusieurs années de service au pays.

Le problème de Dion n’est pas son équipe mais le peu d’emprise qu’il a sur elle. Ses difficultés actuelles viennent des bonzes du parti qui croient que le temps n’est pas opportun pour leur parti d’aller en élection. Lorsque Dion deviendra le véritable chef du parti, tout changera.  

Il s’est fourvoyé sur la motion de la guerre en Afghanistan et a paru comme un homme faible sans colonne vertébrale. Ce n’est pas avec ce genre d’image que l’on gagne des élections.

Globalement, je crois que le groupe libéral est égal ou même supérieur à celui du cabinet conservateur actuel à Ottawa et capable d’offrir à l’électorat canadien un bon gouvernement. Il faut suivre les débats à la période des questions de la Chambre des communes pour constater la faiblesse de l’équipe conservatrice.

Actuellement les sondages nationaux placent les Libéraux à égalité avec les Conservateurs donnant à chacun 34% d’appuis. Au Québec, le Bloc Québécois est largement en avant mais les conservateurs, même s’ils ont supposément le vent dans les voiles, et les libérauxstagnent à 20-22%.

Rien n’est perdu, rien n’est gagné pour personne.

J’espère que les reporters politiques comme Jean Lapierre respecteront les Canadiens et particulièrement les Québécois en agissant avec responsabilité et impartialité dans leurs analyses et leurs reportages. Nous devons être bien renseignés sur la situation des partis, leurs programmes, leurs équipes et même leurs problèmes. C’est ainsi que nous ferons un choix pesé, renseigné et intelligent. 

On peut s’opposer à des politiques mais les hommes et les femmes de la politique méritent d’être respectés. Ce n’est pas facile d’œuvrer à ce niveau. Et lorsqu’un Jean Lapierre ne lance des phrases percutantes que pour rechercher le spectaculaire, çà ne rend service à personne. 

Claude Dupras