Le 20 octobre 2008
Sarkozy, le nouveau De Gaulle
La visite du président de la France Nicolas Sarkozy au Québec pour le sommet de la Francophonie a fait les manchettes à travers le Canada. Tout comme celle du président Charles De Gaulle en 1967 à l’occasion d’expo67. Et sur le même sujet : le Canada.
Je suis un grand admirateur de Sarkozy. J’ai suivi sa carrière depuis le temps où il s’était rangé du côté d’Edouard Balladur contre Jacques Chirac à la présidence française. Il m’avait marqué par son dynamisme, son enthousiasme et sa franchise. C’était son manque de flair politique que je déplorais. J’ai eu tort de lui reprocher cela, car depuis il a démontré clairement qu’il n’a pas de problème de ce côté-là, au contraire même.
Sa montée à la présidence française a été remarquable. Il a pris la tête de son parti, l’UMP, a unifié les partis de la droite française et l'a transformée en une machine électorale puissante. Sa campagne électorale fut extraordinaire et il a réussi a marquer l’imagination de tous ceux qui suivent de près ce qui se passe en France.
J’ai écrit plusieurs blogues et chroniques (voir archives) à ce sujet et ils reflètent bien toute l’admiration que je voue à ce politicien hors de l’ordinaire. Depuis son élection, il est exceptionnel. Il est ici, là, en Russie, en Amérique, en Afrique, au Moyen-Orient, au Maghreb… Il est partout et il rend de grands services à son pays et au monde entier. Comme j’aimerais avoir un tel homme à la tête de mon pays.
Sa visite au Québec était attendue. Nous avions particulièrement tous hâte de l’entendre parler à l’Assemblée nationale québécoise. En deux jours, nous avons eu droit à plusieurs discours et commentaires de sa part. Il a été éloquent, persuasif, précis, logique et surprenant. Les Québécois de mon entourage m’ont fait part de leur ébahissement devant ce politicien. Ce fut un évènement rare. Mais sur le parquet de l’Assemblée, il a été trop loin.
De Gaulle par son cri « Vive le Québec libre » en avait excité plus qu’un. Le PM canadien Lester Pearson d’alors lui avait reproché de se mêler de choses qui ne le regardaient pas et De Gaulle avait réagit en quittant sur-le-champ le sol de notre pays. Les fédéralistes étaient choqués tandis que les séparatistes étaient fous de joie puisque la déclaration du président français apportait beaucoup d’eau à leur moulin et la publicité qui en résulta fit connaître leur cause au monde entier. Durant les référendums qui suivirent, les séparatistes ou souverainistes ne cessèrent de rappeler l’appui de la France à leur cause et le fait qu’elle accepterait immédiatement, le « oui » gagnant, le nouveau pays du Québec et cela au grand dam des fédéralistes.
Sarkozy est venu dire le contraire de De Gaulle et la réaction contraire se produit. Les fédéralistes applaudissent et les séparatistes avec l’ex-PM Jacques Parizeau en tête se montrent irrités.
Bien que je sois un fédéraliste convaincu, je déplore autant la déclaration du président Sarkozy que celle de De Gaulle jadis. La France n’a pas à intervenir dans les affaires internes du Québec et du Canada. Aucun pays d’ailleurs n’a un mot à dire dans ce domaine.
Que Sarkozy déclare, au nom de la France, un amour fraternel et familial au Québec, c’est bon et nous en sommes tous très heureux. Qu’il reconnaisse que le Canada, allié de la France et membre du G8, est un exemple du respect et de la diversité dans le monde. C’est vrai. Qu’il s’entende avec le Québec pour favoriser la mobilité de la main d’œuvre entre nos deux nations en éliminant les obstacles à la reconnaissance des compétences professionnelles, nous disons : enfin, merci; et nous le disons autant pour les Québécois que les Français qui veulent venir travailler chez nous. Mais que le président français profite de ces occasions pour ressasser nos querelles passées, je crois que là il a fait une erreur.
Comme quoi, même les meilleurs se trompent !
Claude Dupras