Ségolène revit
 

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23 février 2007

Ségolène revit

Confiant


Elle a mal commencé sa campagne. Gaffes lors de ses visites internationales, division dans le parti, bisbille dans son organisation, programme électoral incomplet et encore. La situation de Ségolène Royal, la candidate du parti socialiste dans la campagne présidentielle de la France, ne se présentait pas bien.

 

De son côté, Nicolas Sarkozy, le candidat de droite, était prêt. Il a fait bon coup sur bon coup. Après avoir ouvert sa campagne électorale devant près de 100,000 personnes, il présenta un programme politique complet et cohérent touchant toutes les facettes de la vie française. Ses bonnes prestations à la télévision s’ajoutèrent à son actif et l’ensemble l’a vite amené à de nouveaux niveaux de popularité.

 

Le 15 février dernier, il touchait 55% d’appuis alors que Ségolène descendait à 45%, pour le deuxième tour de votation. Ce résultat s’ajoutait à la tendance des dernières semaines et devenait dommageable pour Ségolène, puisque la rumeur publique déferlante la disait déjà battue.

 

Mais Ségolène n’avait évidemment pas dit son dernier mot. Dans un long discours devant près de 10,000 personnes, elle présenta son programme contenant 100 propositions. Elles étaient issues de l’approche participative, imaginée par elle (le parti socialiste aidant, plus de 9,000 ateliers en France furent créés), qui a donné des résultats concrets collés à la réalité quotidienne du peuple français.

 

C’est un programme sérieux, entier et généralement réaliste qui représente bien les pensées politiques de la gauche et qui s’ouvre aussi à certaines politiques de droite. Il fut bien accueilli par la presse.

 

Il y a quelques jours, Ségolène participa à une émission de télévision, d’une durée de deux heures, accompagnée de journalistes et d’un public invités à poser des questions. La cote d’écoute fut un record et approcha près de 9 millions d’auditeurs. Elle dépassa celle de Sarko, invité à la même émission il y quelques semaines.

 

Elle a réussi à présenter ses positions avec succès et s’est bien comportée. Les observateurs estiment que ce fut un succès mitigé, mais je me permets d’en douter si j’en juge par les sondages publiés depuis cet évènement.

 

En effet, hier, les résultats de deux sondages scientifiques furent annoncés. L’avance de Sarko de 10% se rétrécit à 2 et 4 %  pour le deuxième tour. Le premier sondage donne Sarko 51% et Ségolène 49%. Le second Sarko 52% et Ségolène 48%

 

Ce sera donc une bataille de tous les instants et une élection qui pourrait devenir très serrée, contrairement aux prévisions récentes.

 

Cependant, on ne peut se fier totalement aux sondages politiques en France. Il faut se rappeler, par exemple, la veille de l’élection présidentielle de 2002. Les sondages donnaient Lionel Jospin, largement en avance et vainqueur du premier tour et gagnant au 2ième tour. Le soir de ce premier tour, Jospin arrivait troisième et devenait, par le fait même, éliminé pour le deuxième tour. Il fut dépassé par Jacques Chirac qui se classa premier, suivi, à la surprise générale, de Jean-Marie Le Pen du parti de l’extrême droite, le Front National. Cela démontra clairement la difficulté de jauger précisément la pensée française en période électorale.

 

Malgré la montée spectaculaire de François Bayrou, le candidat centriste de l’UDF, qui atteint maintenant 15 à 17% des appuis au premier tour (avec l’appui, entres autres, de 30 fonctionnaires socialistes), je crois qu’il manquera de souffle pour se rendre jusqu’au deuxième tour et dépasser soit Ségolène ou Sarkozy.

 

Quant à Le Pen, il est à 14%. Mais dans son cas, il faut se méfier. Les sondages d’opinions passés eurent tendance à lui accorder moins de votes que la réalité. Et la raison : ses électeurs craignent de s’afficher ouvertement aux sondeurs puisqu’ils sont qualifiés d’extrême droite. On estime qu’il faut ajouter 3 à 5% au total de Le Pen pour bien le situer. Malgré cela, il ne dépassera pas, cette fois, Ségolène ou Sarko.

 

Autre donnée importante, près de 50% des électeurs disent qu'il est possible qu'ils changent d'avis d'ici le jour du scrutin. Donc, rien n'est gagné, rien n'est perdu. Pour l'un ou l'autre.

 

Le problème que je perçois avec la campagne de Ségolène, c’est qu’elle a de la difficulté à prendre l’initiative. Elle est toujours un pas derrière Sarko. Il participe à une grande assemblée publique, elle fait de même. Il aborde un sujet, elle en parle le lendemain. Il réunit tous les éléments de son parti (dont Chirac et de Villepin), elle vient de faire de même (avec Jospin, Strauss Khan et Fabius). Il va à l’étranger, elle fait de même. Il présente un programme « complet», elle fait de même… etc.

 

Nonobstant toutes ces considérations, je pense toujours que c’est Nicolas Sarkozy qui gagnera cette élection et qui deviendra le prochain président de la France. Je le perçois comme un politicien hors de l’ordinaire et je demeure confiant que les Français ne manqueront pas l’occasion de l’élire. La France qui traverse un période difficile de politique interne, a besoin, à ce moment-ci, d’un homme de vision et de décision.

 

Claude Dupras