Pour une paix véritable en Algérie...
 

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dimanche 11 février 2007

 

pour une paix véritable en Algérie...

Inquiet


Ayant travaillé durant sept années en Algérie, à la fin des années Boumediene, j’en suis venu à aimer ce beau et pittoresque pays et ses habitants. Je me suis intéressé de près à son régime politique et ai suivi depuis, l’évolution de sa politique. Une visite, il y a deux ans, m’a permis de constater que la qualité de vie s’y est améliorée quelque peu malgré la longue période de tueries qui se termine. Je viens de voir un diaporama, sur internet, du martyr des Algériens et j’ai pensé le rappeler dans cette chronique.

 

C'est au lendemain du coup d'Etat du 11 janvier 1992, qu'une répression féroce s'abattit sur le vainqueur des élections législatives, le FIS (Front Islamique du Salut). Le peuple qui souffrait s'était tourné vers ce parti pour trouver des solutions à ses problèmes. Ces élections furent démocratiques mais les chefs de l'armée algérienne n'aimèrent pas le résultat. Ils décidèrent la décapitation du FIS, le démantèlement de ses structures et la criminalisation de ses membres et sympathisants.

 

Le colonel responsable affirma : « Je suis prêt et décidé à éliminer trois millions d’Algériens s’il le faut pour maintenir l’ordre que les islamistes menacent ». Ces propos révélateurs furent rapportés par l’ex lieutenant-colonel Mohammed Samraoui, l’un de ses proches collaborateurs, qui déserta l’armée en 1996.  

 

Les groupes islamistes (communément appelés "les fous de Dieu") désappointés de ne pas avoir le pouvoir qu’ils avaient gagné légalement, ripostèrent en formant une armée hétéroclite et s’attaquèrent aux forces de l’ordre et à ceux qu’ils considéraient être des « supporteurs de l’État » (y compris de simples fonctionnaires). Grâce au soutien qu’ils trouvèrent au sein d’une partie de la population, sympathique à leurs idées, ils firent régner leur loi dans certaines régions, par la violence s’ils le jugeaient nécessaire.

 

Des villages entiers d’innocentes personnes, hommes, femmes et enfants ont été massacrés pour aucune raison.  Des milliers d’Algériens ont fui leur pays face à ces tueries qui devenaient quotidiennes et durant lesquelles d’innombrables journalistes, intellectuels et leaders de la société algérienne ont été tués.

 

À ce jour, les organisations nationales de défense des droits de l'homme estiment le nombre de victimes de cet hécatombe à plus de 200,000 civils, soldats et islamistes-terroristes. ils sont morts de tortures et d'exécutions extrajudiciaires commises par les forces de l'ordre et des carnages perpétrés par les groupes armés islamistes. Ce fut une sauvagerie indescriptible fondée sur le mépris absolu de la vie humaine. 

 

 

Bouteflika, président depuis 1999, a fait voter, lors d’un soi-disant référendum en 2005, une amnistie générale pour tous les islamistes radicaux. C’est « un projet de réconciliation nationale » dit le président. Il me semble que le président ait voulu ainsi minimiser le rôle exterminateur de l’armée et assourdir les critiques dont elle est la cible.

 

Bouteflika est un des rares chefs arabes amis du président américain. L’attaque du 9/11 à New York lui a donné les arguments pour justifier la guerre sauvage aux islamistes algériens et il est devenu copain-copain avec Bush. Il l’a appuyé suite à sa décision de faire la guerre en Irak.

 

Par contre, alors que Bush déclare que les islamistes radicaux sont les ennemis de la planète, son ami Bouteflika laisse aller tout ceux qui ont été arrêtés et clairement identifiés par la police. Et Bush ne dit rien ! Il continue à pourchasser les islamistes algériens dans le monde et accepte que ceux qui sont en Algérie soient amnistiés. Quelle hypocrisie!

 

C’est à n’y rien comprendre. Où est la logique ? Serait-ce parce que l’Algérie est un grand producteur de pétrole ?

 

Et, si l’armée avait respecté l’élection du FIS, que serait-il arrivé ? Celui-ci, issu du peuple et qui dénonçait l’état difficile dans lequel vivait la population, ne se serait-il pas occupé mieux que d’autres à trouver des solutions aux problèmes vitaux et quotidiens que vivent les Algériens ; logement, pauvreté et travail. Et si le FIS n’avait pas respecté ses promesses, n’aurait-il pas été rejeté à son tour par l’électorat ? N’est-ce pas là, le vrai jeu de la démocratie ? En tout cas, chose est certaine, l’hécatombe algérienne n’aurait pas eu lieu et les Algériens s’en porteraient beaucoup mieux.

 

Il est important que la vérité soit connue sur cette période douloureuse de l’Algérie. Seule une commission d’enquête internationale, indépendante et impartiale, pourrait déterminer la part de responsabilité de l’armée et du mouvement "des fous de Dieu" dans cette boucherie. Ce n’est qu’ainsi que l’Algérie et son grand peuple pourront retrouver une paix interne véritable.  

 

Claude Dupras