12 octobre 2008
Pas Harper
Le jour de l’élection approche. Je dois prendre ma décision pour voter pour le futur gouvernement du Canada. Suite à cette campagne qui a révélé beaucoup de choses sur les chefs et la réflexion que j’ai faite sur les politiques et les actions du gouvernement conservateur du Canada depuis son élection en 2006, j’en suis venu à la conclusion que le PM Harper et son parti ne méritent pas une réélection.
Ce n’est pas facile pour moi de prendre une telle décision. En effet, ce sera la première fois que je ne voterai pas « bleu » au fédéral. J’ai été, pendant 30 ans, très actif pour le Parti Progressiste-Conservateur du Canada. J’y ai occupé des postes importants dont chef de l’aile québécoise pendant 5 ans, président du comité organisateur de l’élection de 1972 et co-président du congrès au leadership où Brian Mulroney fut nommé chef. J’ai même été candidat du parti à l’élection de 1980. J’ai été déçu lorsque le PPCC s’est fusionné avec le parti réformiste l’Alliance Canadienne et prit le nom de Parti Conservateur du Canada. Pour moi, cela m’indiquait qu’il voulait se situer à droite de l’échiquier politique canadien. À l’élection de 2006, j’ai voté pour Harper en espérant qu’il fasse de son parti un parti de centre. Malheureusement, ce ne fut pas le cas.
Je ne peux pas voter pour Harper car je ne partage pas sa politique militariste qui a changé la vocation de notre armée de maintien de la paix à une armée guerrière et qui a augmenté considérablement les dépenses militaires pour mon pays. Je ne suis pas d’accord qu’il ait allongé la participation du Canada à la guerre de l’Afghanistan de 2007 à 2011.
Je ne peux pas voter pour Harper à cause de son reniement de l’accord de Kyoto signé par ses prédécesseurs, de son attitude négative au congrès international des Nations-Unies sur l’environnement à Bali convoqué pour la préparation du traité après-Kyoto, de son manque de solutions réalistes sur le réchauffement climatique et pour avoir autoriser de quintupler l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta augmentant ainsi considérablement la production d’effets de serre.
Je ne peux pas voter pour Harper à cause des coupures aux budgets ayant rapport avec l’application de la loi sur les langues officielles au Canada, de son manque de respect des modalités de cette loi dans les institutions fédérales, de l’abolition du programme de contestation judiciaire prévue par cette loi pour les groupes minoritaires, d’avoir museler le comité parlementaire sur les langues officielles qui a toujours joué un rôle essentiel pour la protection du français au Canada, de la nomination d’individus unilingues pour des postes qui nécessitent le bilinguisme, de la diminution de l’offre de services bilingues par le personnel dans la fonction publique. C’est bien beau une motion reconnaissant la nation québécoise, mais si on s’en sert pour camoufler des actions affaiblissant la langue française au Canada, ce n’est pas acceptable.
Je ne peux pas voter pour Harper qui veut modifier le Sénat canadien et changer le mode de représentation des Canadiens à la Chambre des Communes sans tenir compte de l’opinion des Québécois, car cela affaiblira de façon importante leur influence à Ottawa.
Je ne peux pas voter pour Harper puisque je suis contre la libre distribution des armes au Canada alors qu’il a suspendu l’application de la loi sur le « Registre des armes » au pays, instaurée pour contrôler les ventes d’armes, et qu’il a décrété une amnistie des amendes et des punitions pour ceux qui n’enregistrent pas leurs armes, au grand désespoir de tous les corps policiers.
Je ne peux pas voter pour Harper car il veut impliquer le gouvernement, donc le parti au pouvoir, dans le choix des juges alors que ce problème passé a été réglé par les gouvernements précédents et le barreau canadien.
Je ne peux pas voter pour Harper à cause de son indifférence vis-à-vis les 400 000 emplois perdus dans les domaines manufacturiers et forestiers au Québec et ailleurs. Sa proposition de dernière minute dans la campagne électorale en rapport avec ce problème n’est que de l’opportunisme électoral. C’est le même PM qui a dit et répété dans les jours qui ont précédé cette annonce que ces emplois étaient définitivement perdus et que ce serait mieux de chercher ailleurs, ce qui est ridicule et la preuve en est qu’avec la baisse récente du dollar, tout peut changer.
Je ne peux pas voter pour Harper car il a fait des coupures importantes pour des services sociaux, la culture et les arts. Je ne suis pas d’accord aussi avec les lois de nature fasciste qu’il a proposées pour le Ministère de la justice comme celle pour les jeunes délinquants récidivistes qu’il veut mettre en prison avec les adultes.
Je ne peux pas voter pour Harper qui a adopté une politique unilatérale dans les conflits de la Palestine, du Liban et ailleurs, calquée aveuglément sur les politiques de son idole GWBush alors que notre pays se doit d’être neutre pour aider à la résolution de ces conflits.
Je ne peux pas voter pour Harper qui après avoir fait accepter par le parlement des élections nationales à date fixe, a déclenché la présente élection un an et demi avant la fin de son mandat en contradiction avec la nouvelle loi.
Je ne peux pas voter pour Harper car il a diminué l’importance du Ministère des affaires extérieures en nommant deux ministres qui étaient absolument incompétents pour remplir ce poste si important, Peter Mackay et Maxime Bernier. Par ses prises de positions, il a nui considérablement à la réputation du Canada dans le monde. Combien de fois, à l’étranger, ai-je entendu « Qu’arrive-t-il avec le Canada ? ».
Je ne peux voter pour Harper à cause de la mauvaise campagne électorale qu’il vient de diriger pour son parti. Il s’est montré insensible aux problèmes des Canadiens, n’a présenté aucun programme sérieux pour faire face à la crise économique actuelle et a continué ses campagnes négatives contre ses adversaires.
Pour qui voter alors ? Il y a trois bons choix au Québec. Le Parti Libéral du Canada, le Nouveau Parti Démocratique et le Bloc québécois. Les trois chefs ont bien agi et bien présenté leurs positions.
Le libéral Stéphane Dion a démontré qu’il était un homme sérieux, honnête, qui respecte la politique et les citoyens. Il a présenté un programme politique d’avant-garde qui sera repris, j'en suis certain, dans un avenir rapproché par tous les partis progressistes. S’il gagne, mais c’est peu probable, il fera un grand premier ministre.
Le néo-démocrate Jack Layton a fait une campagne du tonnerre et a démontré tout le sérieux qu’il apporte à la politique canadienne. Il est un excellent représentant des problèmes des travailleurs. Le parti présente au Québec une liste de candidats d’envergure.
Le bloquiste Gilles Duceppe a fait l’élection de sa vie. Après un début de campagne chancelant alors que la pertinence de son parti était remise en question par des leaders séparatistes et d’anciens députés bloquistes, il a su par son intelligence, sa sagacité et son expérience remonter la côte. Il est devenu le grand favori de cette campagne au point où les conservateurs sont menacés de perdre plusieurs de leurs comtés québécois aux mains des candidats bloquistes. À mon avis, Gilles Duceppe vient de démontrer que les Péquistes ont fait une erreur magistrale en choisissant Pauline Marois à sa place pour diriger le parti Québécois. Duceppe a les qualités d’un grand chef. C’est clair.
Je souhaite à tous un bon choix. Bonne chance dans vos élections.
Claude Dupras