Cette
conversation touche la petite histoire du mouvement de libération de
l’Algérie, de l’influence du communisme dans l’organisation de l’Algérie
indépendante, de la relation arabe et musulmane, des cartoons sur Mahomet
d’un journaliste danois et des réactions des musulmans et des occidentaux
sur des points touchant l’Islam et son prophète.
9 février 2006
Mansour : Pour faire suite à notre dernière conversation, il faut tenir
compte que le monde musulman est bien plus large que le monde arabe qui ne
fait qu'une infime partie de cette grande culture musulmane. Et que
l’influence de la religion est unificatrice et importante. N’oublie pas que
la ferveur islamiste monte partout.
Claude :
Oui je le sais et le livre affiché sur mon site internet me le rappelle car
il est intitulé « la troisième guerre mondiale est commencé ». Il présente
un portrait précis de l’expansion dans le monde des islamistes
fondamentalistes dans leur pays respectif.
Mansour : Je veux revenir à notre conversation passée sur l’Algérie. J’ai
toujours fidèle à la déclaration du 1er novembre 1954 du FLN qui demandait à
tous les Algériens de toute appartenance politique à s'unir pour atteindre
un seul objectif, à savoir la libération de l'Algérie du joug colonial
français. Ce mouvement de libération auquel j'ai appartenu depuis
pratiquement 1955 à 1962 comprenait non seulement les membres du MTLD, de
l'association des ulémas en Algérie, ou de l'union démocratique des
musulmans algériens dirigée par Ferhat Abbas. Je te rappelle que le parti
communiste algérien ne s'était rallié au FLN qu'en 1956, deux années après
le déclenchement de notre libération. Mieux encore, il a fallu que l'armée
de libération algérienne détruise les maquis que le parti communiste
algérien essayait d'installer dans l'Ouarsenis pour que les communistes
algériens se rendent aux conditions du FLN
pour rejoindre la lutte de libération. Il fallait que les militants
communistes algériens renoncent définitivement à leur appartenance à toute
organisation communiste ou idée communiste avant de pouvoir rejoindre le
mouvement de libération algérien.
Claude :
Merci de me raconter ces apports importants à la libération de l’Algérie.
Mansour : Je continue. Je connais la tragique histoire d'un pauvre militant
communiste algérien de Tizi Ouzou, qui a été exécuté au maquis tout
simplement parce qu’il dénigrait les habitudes de ces camarades du maquis
qui faisaient la prière tous les jours. Je n'ai pas besoin de te rappeler ma
mission en Allemagne de l'est pour mener une enquête contre des étudiants
algériens qui prétendaient que la guerre de libération était menée en
Algérie par des militants communistes. Cette mission avait été ordonnée par
les plus hautes instances du FLN de ce temps. Le leadership du FLN durant
toute la guerre de libération était composé en grande majorité de personnes
qui étaient viscéralement anticommunistes: Ferhat Abbas était plus
républicain que tous les parlementaires français de l'époque, Krim Belkacem,
kabyle jusqu’au bout de ses ongles avait la haine non seulement des
communistes mais aussi des démocrates algériens comme mon frère aîné et une
grande partie des dirigeants algériens avant le déclenchement de la guerre
de libération, Ben Toubal qui était encore un véritable tribun des Aurès, et
ainsi de suite. Il n'y avait pas un seul leader algérien qui avait passé une
heure en URSS ou avait participé à toutes les initiatives politiques
soviétiques pour déstabiliser le monde occidental. Bien au contraire. Tout
le mouvement nationaliste algérien a été dès les années 1920 en fait en
lutte contre l'UGT et le parti communiste français qui voulaient nous
utiliser à leur propre fin démagogique.
Claude :
Je ne croyais pas que le sentiment pro communiste était si éloigné de la
plupart des participants à la libération.
Mansour : N'est-il pas étonnant de voire qu'en 1954 c'était François
Mitterrand alors ministre de l'intérieur en France qui annonçait que la
France avait à faire a une rébellion algérienne contre la mission
civilisatrice française en Algérie. N'est-ce pas le parti communiste
français des années 50 qui poussaient le plus pour l'élimination de toute
idée d'indépendance en Algérie ? Et pourtant le parti communiste français à
l'époque était le plus grand allié de Staline après le parti communiste
italien. Face à toutes ces réalités comment peux-tu me dire encore
aujourd'hui que le FLN a toujours été un pion entre les mains des
soviétiques durant les moments les plus chauds de la guerre froide.
Claude :
Je crois que si le parti communiste français parlait contre une Algérie
indépendante, c’est qu’il faisait de la realpolitik parce qu’il savait que
les Français étaient totalement contre une telle proposition. Je veux te
faire remarquer que je ne parle pas de la période de la guerre de la
révolution lorsque j’affirme que l’Algérie s’est communisée, mais après
alors que le FLN ait pris le pouvoir. Le programme socialiste et le
gouvernement totalitaire qu’il a mis en place démontre qu’il calquait les
Soviétiques.
Mansour : Pour bien comprendre l'évolution politique de l'Algérie je crois
qu'il faudrait revoir l'action de la France depuis le fameux arraisonnement
de l'avion marocain qui transportait les 5 dirigeants algériens de la
révolution. Parmi ces 5 dirigeants, il y avait Ben Bella qui a toujours été
supporté par les services secrets égyptiens, Ait Ahmed qui a toujours
favorisé un régime politique ouvert à toutes les tendances, Boudiaf qui a
toujours été un militant pour les droits des travailleurs et
fondamentalement anti communiste, et finalement je pense qu'il y avait aussi
un intellectuel formé dans les écoles françaises et qui croyait durement aux
valeurs républicaines françaises. Quelle a été la réaction des services de
propagande française face a cette situation ? Il ne fait pas de doute qu'ils
ont préféré tabler sur l'émergence de Ben Bella comme le leader incontesté
du mouvement de libération national algérien alors que le congrès du FLN de
1956 dans la vallée de la Soummam avait dénoncé ouvertement toute la
direction FLN de l'extérieur et lui avait demandé de rentrer en Algérie pour
vivre la guerre de libération au sein de son peuple. Et pour résumer toute
cette phase de l'histoire de l'Algérie je ne peux que te dire qu'enfin de
compte c'est la France qui avait décidé du sort de l'évolution politique de
l'Algérie en renforçant l'image de Ben Bella aussi bien à travers la France
mais aussi en Algérie. C'est la France qui a fait de Ben Bella le héros
qu’il n'a jamais été durant la guerre de libération. Et c'est la France qui
a permis a Ben Bella en 1962 de prendre le pouvoir par les armes alors que
la grande majorité des Algériens étaient encore pour un régime démocratique
et libéral.
Claude :
Merci de m’instruire sur cet aspect de la révolution algérienne. Je ne blâme
pas le peuple algérien pour le régime totalitaire mais les dirigeants FLN et
particulièrement Boumediene.
Mansour : Je continue. Pourquoi la France avait adopté cette stratégie de
promotion d'un régime a l'exemple de l'Égypte de Nasser? A mon avis la
France avait trop d'intérêts au Maroc et en Tunisie qui étaient remis en
danger par un régime réellement démocratique en Algérie. Après tout si un
tel régime s'installait en Algérie les intérêts commerciaux et colonialistes
français en Afrique du nord se trouvaient en danger mortel. Voilà à mon avis
pourquoi le FLN a eu la chance de se transformer en parti unique en Algérie
et soumettre le peuple algérien à une dictature étouffante depuis le 5
juillet 1965. La faillite politique économique et sociale n'a pas été un
avantage à l'Union soviétique mais bien plus à la France qui continue à ce
jour à rêver d'un empire en Afrique.
Claude : That my friend is farfetched !
Si la
France s’est opposé au régime de Boumediene ce n’est sûrement pas parce
qu’il lui était agréable. De même pour les USA. Il est facile d’accuser les
autres pour ses problèmes.
Mansour : Je suis d'accord avec toi car aucune nation ne peut accuser les
actions des autres de ses faillites. La société algérienne a beaucoup à se
reprocher aussi bien dans le passé qu'aujourd'hui. Personne ne nous avait
obligé
d'accepter la prise de pouvoir de Ben Bella ou de Boumediene. Personne ne
nous a obligé à soit disant voter pour un président comme Bouteflika, qui
est encore pire que le roi du Maroc, ou les présidents de la Tunisie ou de
l'Égypte dans le domaine de la promotion des libertés individuelles et de la
pluraliste politique.
Claude :
Voila un mea culpa qui montre que tu es réaliste.
Mansour : Mais une fois de plus je te demande comment se fait il que pendant
tout ce temps où le monde occidental prétend être en grand danger face au
terrorisme islamiste mondial, les mouvements démocratiques dans les pays
comme le Maroc, la Tunisie, l'Égypte et surtout en Algérie ne voient comme
assistance aussi bien politique que financière pour les aider justement
endiguer cette vague islamiste, rien venir de substantiel. Il y a des
milliers d'organisations démocratiques privées à travers tout le monde arabe
qui végètent aujourd'hui. Combien d'assistance ces organisations reçoivent
des pays occidentaux aujourd'hui. Où est l'aide de l'Occident aux
organisations pour la protection des droits des enfants et surtout des
femmes dans le monde arabe. Ou l'aide occidentale à toutes les associations
locales dévouées à alléger les douleurs des familles pauvres et démunies.
Dans ce domaine. en particulier, n'est ce pas étrange que les seules
organisations qui ont les fonds nécessaires à apporter l'assistance à ces
pauvres gens sont justement les associations affiliés aux mouvements
islamistes extrêmes à travers le monde arabe et même musulman.
Claude : Il y a beaucoup d’aide apportée par les pays Occidentaux. Il y a
aussi les Nations Unies qui supportent beaucoup les pays arabes. Mais est-ce
que ces pays s’aident eux-mêmes ? Les pays arabes riches aident-ils le plus
pauvres ? Les madrasas construites avec l’argent du pétrole ne sont pas tous
des nids d’islamistes comme on le prétend. Au contraire, ils apportent à
d’innombrables enfants une éducation nécessaire. Il y a aussi l’argent versé
pour construire des mosquées. Beaucoup d’aide au peuple viennent des ces
mosquées. Il y a aussi les mouvements de résistance comme le Hezbollah qui
est si présent pour aider qu’il remplace même le gouvernement dans l’esprit
des gens.
Mansour : Si je me souviens bien la guerre froide a été gagnée grâce
notamment au plan Marshall en Europe et tous les efforts d'aide économique
a travers toute l'Asie. Face à ce nouveau fléau d'extrémisme islamique ne
sommes nous pas face au même conflit que celui que nous avons vécu durant
les années 50-60-70 face à l'Union soviétique. Oh! il ne fait pas de doute
que ce vent islamiste a travers le monde arabe aujourd'hui n'ébranlera pas
du tout le mode de vie et la paix a travers tout le monde occidental. Mais
il ne faut pas oublier qu'il y a toujours la bombe atomique des pauvres, à
savoir la démographie. Aujourd'hui déjà le monde musulman représente plus de
25% de l'humanité et dans les décennies à venir il représentera encore un
taux plus important de l'humanité.
Claude :
Oui la démographie est un aspect important de la question. Il faudra bien un
jour qu’une politique de naissance soit établie dans les pays arabes. La
France a des records de naissance et on sait qu’en grande partie ce sont les
néo-français arabes qui ont des bébés. Il en va de même au Québec où le taux
de natalité monte lentement. Je crois que c’est principalement dû aux
différentes nationalités qui vivent maintenant parmi nous. Je ne me plains
pas de cela car je crois qu’ils apportent à notre société une jeunesse qui
aidera à son développement futur.
Mansour : Dans notre dernière conversation, tu m’as accusé de confondre le
monde musulman et le monde arabe. Tout d'abord je te rappelle que je ne suis
pas du tout un arabe. Je suis toujours fier de mes origines berbères.
Ensuite je ne suis pas du tout un bon musulman comme tu le sais. Ceci étant
dit je crois que tu n'arrives pas à voir les liens étroits qui existent
entre toutes les sociétés musulmanes du monde. Tu devrais savoir qu'il n'y a
pas vraiment de culture arabe mais il y a une culture musulmane partagée non
seulement par tout le monde arabe mais par le reste des musulmans à travers
le monde. Même à l'apogée de l'ère musulmane, il ne faut pas oublier que les
valeurs socioculturelles étaient en fait imaginées et promues par des non
arabes (il y avait des Juifs, des Persans, et même des Berbères, sans parler
des Indous et des Chinois ou même des Italiens et des Grecs). Et si je saute
des problèmes stricts du monde arabe au problème général du monde musulman,
c'est qu'il est impossible de les séparer car l'avenir du monde arabe
définira l'avenir de la culture musulmane à travers le monde entier.
Claude :
Je comprends qu’il y a de liens entre les musulmans du monde comme il y a
des liens entre les catholiques du monde. Mais que les problèmes des arabes
viennent toucher les musulmans d’Indonésie si ces problèmes ne sont pas
religieux, je ne crois pas. La guerre d’Irak n’est pas une affaire de
musulmans. De même pour celle de l’Afghanistan. Certes, il y a des
manipulateurs et des extrémistes qui essaient d’exciter les masses
musulmanes, mais réussissent-ils? Je ne crois pas. Beaucoup de bruit mais
peu de réactions.
Mansour : Je suis absolument subjugué par non seulement la réaction non
réfléchie des musulmans à travers le monde entier mais aussi par la levée
des boucliers à travers tout le monde occidental contre le soi-disant
barbarisme des musulmans quelles que soient leurs couleurs. Tout d'abord, je
n'arrive pas à comprendre les manipulateurs des foules musulmanes qui
agissent comme s'il était préférable de sacrifier tous les musulmans
jusqu'au dernier pourvu que les valeurs culturelles, comme interprétées par
ces fous de dieu, méritent la destruction totale de ce monde qu'ils
prétendent défendre. Cela me rappelle un peu la réaction des tribus
indiennes face aux armes à feu des colons de l'Amérique du nord sans parler
du désavantage du nombre que les peuples indiens devaient surmonter. Plutôt
que de trouver une stratégie capable de sauver leur survie, les Indiens ont
préféré s'immoler au nom de l'honneur dicté par leurs valeurs culturelles.
Et on connait le résultat de cette folie collective.
Claude : Oui il y a des tribuns qui cherchent à monter les f foules comme
ils le font actuellement contre le Danois qui vient de produire les cartoons
sur Mahomet. Il y a plusieurs démonstrations dans le monde qui en résultent.
Mais quand on regarde le nombre de personnes présentes partout, c’est peu
par rapport au milliard et demi de musulmans dans le monde. Les médias
d’aujourd’hui, qui rapportent même une petite échauffourée, ne cesse de
donner l’impression que le feu est pris dans le monde musulman. Je ne le
crois pas si je me fie à ceux que je connais. Premièrement, on me dit que
50% d’entre eux sont non pratiquants et qu’une très forte majorité d’entre
eux pensent surtout à leurs enfants, leur famille, leur travail et à
survivre.
Mansour : Il ne fait pas de doute que le journaliste danois savait
exactement ce qu'il faisait. Il savait que le meilleur moyen d'enrager le
monde musulman est de « caricaturer » le symbole même de cette culture et
cette religion à savoir le prophète Mohammed. Il savait aussi que les Sunnis
en particulier, depuis des siècles, interdisaient toute représentation du
prophète. Mais ce journaliste a été bien plus loin pour justement encourager
une réaction violente du monde musulman en général en représentant Mohammed
comme en fait le précurseur d'Oussama Ben Ladden. A mon avis, il ne fait
pas de doute que ce journaliste avait un objectif bien défini qui était de
soulever tout l'Occident contre la culture musulmane en général. Il s'est
considéré comme un véritable croisé défendant la survie de la chrétienté et
de ses valeurs.
Claude :
Tu exagères énormément en donnant de telles intentions à ce journaliste. Tu
généralises honteusement en pensant qu’un journaliste peut penser de monter
tout l’Occident contre tous les musulmans. Le problème est Ben Ladden et ses
acolytes. De là à penser que l’Occident voient tous les musulmans comme des
supporteurs de Ben Ladden n’a pas de bon sens. Ce sont des conclusions comme
celles-là qui apportent au feu du débat de l’huile qui n’est pas nécessaire.
Mansour : Mais ce qui m'afflige le plus c'est de constater une fois de plus
la déconfiture du monde arabe. Après que l'imam Danois avait fait le tour de
toutes les capitales arabes pour les prévenir des conséquences de la
publication de ce genre de caricatures en Europe, la ligue arabe n'a pas
levé le petit doigt pour commencer à dénoncer ce genre de propagande
anti-arabe dans la presse européenne. Mais il ne faut pas oublier après tout
que la majorité des membres de cette ligue sont des inconditionnels des USA
directement et d'Israël indirectement. Mieux encore, l'hypocrisie des
régimes arabes a été encore plus loin surtout en Arabie saoudite. Les
autorités saoudiennes tout en gardant le silence absolu, officiellement bien
entendu, a tout de même permis à des imams saoudiens d'éditer des fatwas
dénonçant violemment la guerre religieuse occidentale contre l'islam sans
pour autant lever le petit doigt pour protester officiellement contre une
telle campagne contre l'islam. La maison des Saoud était supposée défendre à
travers tout le monde en tant que gestionnaire des lieux saints de l'islam.
Claude :
Je crois que la ligue arabe et les autorités saoudiennes ont agi avec
responsabilité. Au lieu de mettre le feu aux poudres, ils ont évité de
commenter les gestes du Danois pour que les esprits ne s’énervent pas trop.
Ils ne l’ont pas fait parce qu’ils ont la sympathie des USA comme tu
prétends.
Mansour : Mais comme on dit :"a quelque chose malheur est bon" je présume.
Les fous de dieu ont certainement fait du tord à la cause des musulmans à
court et moyen terme. Mais d'un autre côté, je crois que le comportement
honteux de tous les régimes arabes du golf persique à l'Atlantique seront
une fois de plus affaiblis par leurs comportements face à cette
confrontation entre les civilisations occidentales et musulmanes
d'aujourd'hui créée par ces caricatures. À mon avis les régimes politiques
arabes d'aujourd'hui ont intérêt à préparer leurs valises. Ils ne peuvent
pas gérer indéfiniment un conflit aussi important que le conflit de
civilisation qui a déjà commencé avec les interventions américaines en
Afghanistan et en Irak. Mais parlons un peu de la gestion de cette crise
construite de toutes pièces en Europe en particulier et en Occident en
général. Pendant près d'une semaine les mass-medias occidentales ne savaient
pas comment gérer cette nouvelle crise porteuse de "News". J'avais
l'impression que ces mass-medias marchaient sur des œufs. Elles ne pouvaient
pas dénoncer ouvertement la campagne lancée par ce journaliste danois mais
elles essayaient par tous les moyens de comprendre la réaction violente du
monde musulman.
Claude :
Tu as eu raison de croire que les cartoons du Danois ne seraient pas
dénoncés par la presse occidentale. Ne serait-ce qu’au nom de la liberté de
presse. Mais elle se devait de comprendre la réaction violente de certains
milieux musulmans. Malheureusement, elle n’a pas agi correctement.
Mansour : Mais tout d'un coup la communauté Européenne officiellement vient
à la défense de la soi-disant liberté de presse et donc du journal danois et
dénonce les actes barbares des musulmans dénonçant les insultes subies à
cause de ce même journaliste. Subitement les caricatures diffamant le
caractère même du prophète sont reproduites à travers toute l'Europe. Mieux
encore, le président des USA lui même s'est déclaré ouvertement contre
toute réaction de révolte des musulmans face à cette insulte monumentale. Et
tout d'un coup nous constatons que le débat a changé subitement de "focus".
Il n'est plus question de savoir si les musulmans ont été vraiment blessés
par ce genre de caricature mais plutôt de l'hypocrisie des sociétés
musulmanes en général et des sociétés arabes en particulier qui font la
promotion de caricatures anti-juive et antichrétienne à travers leur
presse.
Claude :
Tu vas admettre avec moi que les musulmans qui se révoltent aussi violemment
contre de tels cartoons d’un journaliste Danois, ont le seuil de
susceptibilité très bas. Il me semble que même si les cartoons sont déplacés
qu’il aurait valu mieux, pour les musulmans offensés, de passer cet instant
douloureux en silence. De cette façon toute la presse mondiale n’aurait pas
reproduit les photos de ces caricatures. En réagissant aussi violemment, ils
en ont fait un évènement médiatique et cela a pris une envergure
insoupçonnée par le journaliste danois en publiant les caricatures.
Mansour; Je ne partage pas ton avis. Il y a tout de même du culot dans ce
genre de raisonnement à double vitesse. Après tout si cette presse
occidentale était vraiment libre et objective, est ce que tu ne penses pas
qu'elle aurait tout de même demandé pourquoi le monde occidental a créé tous
les régimes arabes d'aujourd'hui et continue à les supporter alors qu'ils
sont justement les instruments de l'émergence du fondamentalisme islamiste
dans cette région.
Claude :
Tu mêles tout. Le sujet n’était pas de remettre en question les régimes
politiques bâtards arabes comme l’Égypte, la Tunisie, le Maroc et d’autres,
mais les cartoons d’un journaliste. Ni de critiquer le support que les
Occidentaux donnent à ces pays pour les maintenir dans l’état latent dans
lequel ils se trouvent.
Mansour : Plutôt que de dénoncer justement les fatwas des imams Saoudiens,
la secrétaire d'état aux affaires étrangères américaine a aujourd'hui
dénoncé l'Iran et la Syrie d'être derrière toutes les manifestations au
Moyen orient et même au delà. Quelle hypocrisie!!! Personne n'a été tué en
Iran ou en Syrie, par contre il y a des dizaines de morts dans les pays
comme l'Afghanistan et même Gaza que ni la Syrie ni l'Iran ne contrôle de
près ou de loin. Et comment expliquer les centaines de milliers de
manifestants au Liban aujourd'hui.
Claude :
Tu sais bien que Condileeza Rice ne fait que de la politique pour Bush. Ce
qu’elle dit fait partie d’un grand plan pour dénigrer la Syrie et l’Iran en
vue d’une action à long terme que les USA semble vouloir entreprendre. Cela
n’avait en réalité rien à faire avec les cartoons danois à long terme.
Mansour : Quelle est la résultante de toute comédie ? A mon avis, je crois
que nous allons tout droit vers un conflit à long terme ou moyen terme. Je
ne peux pas croire que les réserves pétrolières sont les seules
déterminantes des acteurs dans ce drame. Je crois maintenant tout comme
Friedman, le fameux journaliste du New York Times, disait il y a déjà
quelques années que nous allons vers un conflit des civilisations. Je ne
sais comment cette guerre va se dérouler mais je suis certain qu'elle ne se
terminera de mon temps sur cette terre. Comme tu sais je ne suis pas du tout
religieux mais sortant de l'école cartésienne je ne peux pas m'empêcher de
conclure que nous allons tout droit vers une guerre culturelle à long terme
entre une culture qui est actuellement au sommet de sa gloire et d'une
culture qui ne veut pas disparaitre.
Claude :
Il est vrai que nous sommes sur un chemin sans issu. Les musulmans
réagissent de plus en plus mal à de nombreux gestes posés en Occident. Il
est temps que des leaders, des deux côtés, cherchent à calmer les esprits en
expliquant la part des choses dans chaque débat. Nous ne pouvons pas
accepter de laisser déraper la situation. Sinon, nous risquons gros, des
deux côtés. J’ai confiance que finalement le tout va se calmer dès le départ
du petit président américain. Le mal de la propagation de la haine part de
là. Il est celui qui ne comprend rien, qui brusque les gens, surtout les
musulmans et qui ne croit que dans le militarisme pour régler les problèmes.
Il croit que son pays est tout puissant et que tous vont se mettre à genoux
devant son armée. Il a les armes pour anéantir tous les peuples. Mais dans
des conflits comme l’Irak, les opposants savent comment résister pour le
faire reculer. Malheureusement Bush n’y croit pas et pense qu’il va gagner
cette guerre. Il se trompe car toutes les parties en sortiront perdantes. Je
crois que le militarisme est le dernier instrument qui devrait être utilisé
pour régler les conflits aujourd’hui. Il faut que des hommes de bonne
volonté se lèvent et expriment les arguments qui doivent être dit pour
calmer les esprits. J’espère que le prochain président américain sera de
cette trempe.
À la
prochaine