Arrive Noël
1954, c’est l’occasion de nombreuses fiançailles parmi les copains de
Polytechnique de Claude. Depuis leur entrée à Poly, Nault, Deguise, Ouimet,
Jacques Brunet, Philippe Cardinal et d’autres ont rencontré la fille de leur
vie et petit à petit un bel amour s’est développé dans chaque couple.
Claude est
témoin de l’évolution de ces amitiés depuis sa rentrée à Poly. Elles se sont
développées, entre autres, lors des sorties du samedi soir de son groupe
d’amis. Souventes fois, la sortie consiste en un cocktail suivi d’un
party chez l’une des filles. Ces rencontres sont toujours agréables et
les canapés servis sont délicieux car chaque fille, avec sa mère, fait de
son mieux pour bien recevoir et épater les amis. Les parents sont toujours
là. Claude et sa blonde Denise B. arrivent plusieurs fois en retard car il
ne veut pas manquer le Jackie Gleason Show télévisé en direct des USA
à 19:00h le samedi.
Quelques
fois, d’autres invités se joignent au party durant la soirée. Un
autre moment incontournable est la partie de hockey télévisée du Canadien.
Normalement, la plupart des gars se retrouvent devant la télé pour regarder
la partie. Claude qui aime bien le hockey et surtout le Canadien n’apprécie
pas cependant les parties télévisées. Il quitte le groupe à la moindre
excuse pour parler au père et à la mère des filles. Parmi eux, se trouvent
Ignace Brouillet qui est le père de Thérèse, amie de Jean Ouimet, ou PP
Vinet le professeur de mécanique à Poly qui est le père de Louise, amie de
Pierre Deguise. PP est toujours fort intéressant et s’exprime d’une façon
dynamique et enthousiaste. Il aime la politique et est ravi d’en parler, que
ce soit avant ses cours à Poly ou durant les cocktails. Il est drôle comme
un vrai comédien. Les filles aiment moins le moment de la partie de hockey
mais apprécient quand même pouvoir échanger leurs potins de la semaine.
Suite à cet interlude, le party commence réellement et c’est la
danse, les chants de groupe, les débats sur des sujets du jour et les jeux
de société. Ils sont toujours surpris de se retrouver à une heure le matin
tellement le temps semble court. Ils partent alors ensemble vers un
restaurant de Montréal, souvent dans le Chinatown, pour terminer la
soirée. Claude rentre tôt le matin car il reconduit sa blonde Denise B. à
Ville Mont-Royal avant de descendre chez lui, à Verdun.
Il y a aussi
le grand party progressive de la veille du jour de l’an. Tout
le groupe célèbre ensemble la venue de la nouvelle année et cinq couples
s’offrent pour recevoir les amis à tour de rôle. À cette occasion, chaque
couple peut en inviter un autre et d’année en année le groupe compte de 20 à
30 personnes. Le party commence à 18:30 par un grand cocktail et
progresse de maison en maison jusqu’à trois heures du matin. Chaque année,
la fête est plus inoubliable que la précédente.
De plus, il y
a toutes sortes d’autres activités dont le bal blanc annuel de la Société
Saint-Jean-Baptiste au chalet de la montagne à la fin juin que Claude ne
manque jamais. En tuxedo blancs et robes blanches, les couples
envahissent l’imposant hall transformé en grande salle de bal et dansent
sous la musique de deux des meilleurs orchestres de Montréal. C’est toujours
féerique et le bal se termine à la levée du jour alors que Claude et sa
blonde observent du haut des marches du chalet, la ville encore endormie et
au loin son fleuve qui semble inerte.
Pour l’Église
catholique, les fiançailles sont un court moment de transition entre les
fréquentations et le mariage. C’est aussi la période pour se préparer au
mariage. En 1955, les cours de préparation au mariage sont une étape
obligatoire pour les jeunes. C’est l’aube de la révolution sexuelle mais les
jeunes n’en ont aucune idée. Du moins, pas Claude. C’est encore l’Église qui
gère leurs actions et leurs attitudes dans le mariage comme elle l’a fait
pour leurs ancêtres. Les cours sont donnés par un prêtre ou le curé dans le
cas des paroisses, accompagnés de bénévoles qui investissent beaucoup de
leurs connaissances, de leur savoir-faire et des expériences de leur propre
vécu familial. Ils mettent beaucoup d’emphase sur les valeurs importantes
pour les familles, comme la solidarité, l’amour, la confiance et la
fidélité. Le tout en vue du bien de la société, de l’Église et du bonheur de
ceux qui s’engagent à vivre ensemble.
Pour eux, la
femme est la « reine » du foyer et le mariage et la maternité sont les
objectifs normaux pour une femme. Ils prêchent que les femmes mariées qui
sont sur le marché du travail mettent en danger leur identité sexuelle ainsi
que celle de leur mari et que la masculinité est en déclin parce que les
maris de femmes de carrière changent les couches et font la cuisine. Les
cours résument ce qui est permis et ce qui ne l’est pas dans l’union
conjugale. L’Église met les jeunes mariés en garde contre le contrôle des
naissances et rejette la planification des naissances. Elle s’oppose même à
des méthodes naturelles comme celle du calendrier, qui s’avère d’ailleurs
très inefficace.
Une leçon des
cours de préparation au mariage par correspondance publiée par les pères
Oblats en dit long sur la période durant laquelle Claude s’apprête à les
suivre : « L’empêchement de la famille tend à
empêcher l’acte du mariage d’atteindre sa fin qui est la conception.
L’empêchement de la famille se pratique de plusieurs manières : soit en
employant des instruments chez l’homme ou chez la femme, pour que la semence
ne circule pas; soit en enlevant à cette semence son pouvoir vital par des
produits stérilisants ou autres; soit enfin en interrompant l’acte lui-même
pour répandre la semence en dehors du vagin. Ces pratiques sont gravement
immorales, donc absolument défendues. Elles s’opposent directement à Dieu et
à sa volonté sur le mariage. En plus, elle développe un terrible égoïsme
chez les époux et détruisent le bonheur conjugal. Elles atteignent la santé
physique des époux et produisent un déséquilibre physiologique et plus
encore psychologique, surtout chez les femmes ».
Claude ne se
sent pas aussi sérieux dans ses relations avec Denise B. que ses copains le
sont avec leur blonde et ne pense pas à se fiancer. Denise B. ne dit mot et
ne parle jamais du sujet. Malgré tout, les copains de Claude lui suggèrent
de venir suivre avec eux les cours de préparation au mariage à l’Université
de Montréal qui sont sous la gouverne de l’aumônier des étudiants, l’abbé
Paul Grégoire.
Ces cours
sont particuliers pour les étudiants car ils sont créés pour les « escholiers
de la grande eschole ». Et la preuve est qu’il coûte dix sous par cours.
Plus sérieusement, ils sont donnés sur les sujets suivants : amour,
psychologie, législation civile, morale conjugale, anatomie et physiologie,
attente de l’enfant, mystique du mariage, enfant, foyer et profession.
Claude hésite
car il ne croit pas convenable de le faire étant donné qu’il n’est pas
fiancé, mais son ami Bussières, responsable du groupe Poly, le convainc. Il
en parle à Denise B. qui n’a pas d’objection et les deux acceptent car de
toute façon ce pourrait être éventuellement utile. Les cours au nombre de 12
commencent en janvier. Claude et Denise B. se retrouvent au premier cours
avec leurs amis. Les filles qui aiment beaucoup Denise B. sont surprises de
les voir là et espèrent que Claude se décidera finalement.