De León à Ponferrada

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VINGT-ET-UNIÈME ÉTAPE 

León – Villadangos del Páramo 

21,8 km 

          Nous empruntâmes un sentier montagneux qui grimpait au milieu de la végétation. Au loin, des éclairs de chaleur zébraient le firmament. Elvis avait retrouvé son ardeur, il s’élançait devant moi d’un bord à l’autre du chemin à la poursuite de gros lézards aux yeux globuleux qui s’enfuyaient sur notre passage.

          Nous étions là où nous devions être, le sourire qui se dessinait sur ma bouche en était la preuve. J’avançais d’un pas léger, j’avais la sensation de faire partie du paysage. D’être en accord avec moi-même.

          À force de dormir dehors, de contempler les étoiles, d’écouter le silence, d’être réveillé par les premières lueurs du soleil et le chant des oiseaux, à force de marcher, d’aller au-delà de mes forces, j’étais redevenu un être humain…

          Nous traversâmes une petite rivière, Elvis s’allongea sur le bord de l’eau, je m’assis près de lui et sortis du sac notre repas. Nous mangeâmes en regardant la rivière, l’eau fuyante, mais aussi les nénuphars, les libellules, un martin-pêcheur qui plongea dans l’eau et en ressortit avec un poisson…

          Je ramassai nos déchets et nous reprîmes la route. Voir Elvis gambader me rassérénait, je tentais quand même de le réfréner, lui rappelant les jours passés, mais il ne tenait pas en place. Il courait après les papillons, enfonçait son museau dans un trou, creusait, humait, levait la patte et lâchait un jet.

          Plus loin, assis sous un arbre, je rencontrai une mère et son fils qui faisaient le pèlerinage. Lui avait la vingtaine, sa mère en avait à peu près soixante. Ils étaient Espagnols, je m’arrêtai et baragouinai quelques mots. Le fils me dit que sa mère souffrait d’une sciatique. Ils étaient obligés de s’arrêter souvent et mettaient parfois plusieurs jours avant de franchir une étape.

          -  Je lui ai dit que nous devions retourner à la maison, mais elle veut pas.

          -  Et si elle peut pas marcher, ça sert à quoi de rester là ? dis-je.

          La femme me désigna le ciel, elle arbora un sourire douloureux et fit un signe de croix.

          -  Elle croit au miracle, me dit son fils. Elle dit que Santiago va venir la chercher, et qu’elle sera à Compostelle bien avant moi.

          Je hochai la tête et souris à la mère. Puis leur offris à chacun une orange et partis.

          Nous traversâmes Villadangos del Páramo sans nous arrêter. Plus tard, nous nous installâmes pour la nuit sur le bord d’un canal et nous fîmes dévorer par les moustiques.

         

          À cinq heures du matin, l’humidité me réveilla, nous étions trempés à cause de la rosée. Elvis grelotait à mes pieds, je rêvais d’un bon café et de tartines beurrées… Nous reprîmes la route, éclairés par le clair de lune, empruntant un chemin parallèle à la N-120.
 

VINGT-DEUXIÈME ÉTAPE 

Villadangos del Páramo – Astorga 

26 km 

          Assis sur les marches d’un calvaire, je mangeais un sandwich au chorizo en buvant du coke ; Elvis mangeait des pattes de poulets, une demi-douzaine de pattes avec les ongles, posées sur un papier gras.

          Je posai mon sandwich et délaçai mes chaussures, puis les retirai. En apercevant le bas de mes jambes, je fis la grimace, je remontai mon bas de pantalon, enlevai mes chaussettes…

          -  C’est quoi cette merde ?

          Je me levai et retirai mon pantalon, puis inspectai mes jambes de haut-en-bas : elles étaient toutes gonflées, mes mollets avaient doublé de volume, mes chevilles aussi.

          -  C’est dingue ce truc, on dirait du gras, ou de la flotte, comme si on m’avait rempli de flotte, ouais…

          Elvis abandonna momentanément ses pattes de poulets et vint renifler mes mollets.

          -  Je ne sens rien, j’enfle, c’est tout.

          Au loin, j’aperçus des pèlerins qui arrivaient. Je regardai une dernière fois mes jambes, puis enfilai mon pantalon et terminai mon sandwich avec un peu moins d’appétit…

          Je fis un bout de chemin avec deux pèlerins québécois, l’un était prof d’histoire de l’art à Montréal, l’autre était chanteur d’opéra et cherchait du travail. Je leur racontai que j’avais passé deux mois au Québec lorsque j’étais plus jeune, qu’à Chicoutimi les flics m’avaient arrêté avec du pot et m’avaient foutu dans un bus pour que leurs collègues de Montréal me reconduisent à l’aéroport de Mirabel.

          -  Qu’est-ce que tu faisais à Chicoutimi ? me demanda le chanteur.

          -  Je prenais des champignons hallucinogènes et j’écoutais les Berurier Noir.

          Ça les fit rire, moi aussi.

          -  Et vous, je demandai, pourquoi est-ce que vous faites le pèlerinage ?

          -  Ben, c’est une manière d’arrêter l’horloge, de faire un retour sur soi-même, dit l’universitaire.

          -  Pis, quarante jours avec Dieu, c’est l’fun ! dit le chanteur.

          Nous entrâmes dans Astorga et nous arrêtâmes prendre une bière sur une terrasse de la Plaza Mayor.

          -  Asti qu’tout est beau icitte, ça me fait capoter ! dit le chanteur.

          -  Et la nourriture est tellement bonne ! fit le prof en appuyant sur tellement et bonne.

          À la sortie de la ville, j’aperçus l’enseigne d’un dispensaire, j’y entrai pour faire voir mes jambes. J’attendis en compagnie d’autres personnes, je feuilletai un magazine, Elvis était couché sous ma chaise.

          Une porte s’ouvrit, une doctoresse apparût, elle avait environ le même âge que moi. Je m’emparai de mon barda et je la suivis…

          Je m’allongeai sur une table de traitement, les jambes nues. La doctoresse me fit une piqûre dans le ventre.

          -  Vous devriez peut-être vous arrêter… ce serait dommage d’arriver à Saint-Jacques avec une jambe en moins.

          Elle retira l’aiguille.

          -  Plutôt crever.

          -  C’est comme vous voulez ; mais je vous aurai prévenu.

          Elvis sortit de sous la table et vint se faire caresser, la doctoresse le flatta du plat de la main.

          -  Et toi, comment vas-tu ?

          Elvis couinait et frétillait.

          -  Il a eu son lot d’emmerdements. Mais il a pris le dessus. C’est pas un chien ordinaire…

          -  Son maître non plus, semble-t-il.

          -  Merci.

          Je descendis de la table de traitement et me rhabillai. La doctoresse fit le tour du bureau et s’assit. Elle rédigea une ordonnance.

          Je m’assis face à elle. Elle me tendit sa prescription.

          -  Voilà, c’est tout ce que je peux faire.

          Je sortis un billet de mes poches.

          Elle dit :

          -  Non, ça n’est pas la peine. Vous n’aurez qu’à faire une prière pour moi à Compostelle.

          -  Je n’y manquerai pas, dis-je en remballant mon argent.

          Elle me raccompagna jusqu’à la porte. Je lui serrai la main.

          -  Vos patients ont de la chance, vous êtes charmante.

          Elle rigola, puis ouvrit la porte.

          -  Bon voyage, et bonne chance…

          -  Muchas gracias, señora. Adiós.

 

          Nous quittâmes Astorga de bonne humeur, non sans avoir pensé à faire quelques courses : calamares en su tinta, tomates, jambon, chips, pattes de poulets…

 

VINGT-TROISIÈME ÉTAPE 

Astorga – Rabanal del Camino 

19,5 km 

          Nous passâmes la nuit sous le porche de la Ermita del Ecce Homo.

          Vers trois heures du matin, je fus réveillé par une main qui me caressait le visage, j’ouvris les yeux, cherchai du regard dans la pénombre, mais ne vis rien. Pourtant, j’étais persuadé que quelqu’un se trouvait là et m’observait, un être qui ne me voulait aucun mal, juste me faire savoir qu’il était là. J’appelai mon chien, le poussai du pied, sans parvenir à le réveiller.

          Je gardai les yeux ouverts, j’avais la vague impression qu’on essayait de me dire quelque chose. Je me levai et fumai une cigarette, je pissai contre un buisson et retournai me coucher. Je dus me rendormir au petit matin, toujours est-il que je me réveillai tard et presqu’aussi fatigué que si je n’avais pas dormi.

 

          Nous traversâmes plusieurs petits villages envahis pas les ronces et les mauvaises herbes. Les maisons étaient pour la plupart inhabitées, des pans de murs s’effondraient sous le poids des ans, les volets étaient clos, les portes étaient fermées. Les moutons arpentaient les rues en bêlant, des chiens maigres et pouilleux leur couraient après, des croix de bois rudimentaires étaient plantées ici et là, elles étaient nombreuses et accentuaient le côté austère du paysage.

          Je cherchai un endroit où me ravitailler, je ne trouvai rien, jusqu’à ce que nous parvenions à Rabanal del Camino. Il était dix-sept heures, un pèlerin muni d’un crédancial se serait arrêté, il aurait pris la direction du refuge, aurait fait ses ablutions, aurait pansé ses plaies, se serait assis en compagnie d’autres pèlerins auxquels il aurait raconté ses aventures. Ensuite, il aurait été à la messe, puis sortant de là, il aurait soupé, aurait discuté encore un peu et se serait couché sur un lit douillet. Il aurait dormi paisiblement jusqu’au lendemain matin et aurait de nouveau cheminé en compagnie d’autres pèlerins.

          Bref, je n’aurais échangé pour rien au monde mon pèlerinage avec le sien. Tout bonnement parce que j’aurais été malheureux à sa place. Je voulais être seul avec mon chien, je voulais dormir dehors. Autant dire que j’étais verni et que j’avais tout ce que je voulais.

          Je me dirigeai vers une épicerie, elle était fermée. J’entrai dans un bar, je bus un coke et demandai un peu d’eau pour mon chien. Ensuite, nous quittâmes Rabanal et nous continuâmes en direction du Monte Irago.

          Le ciel se couvrit, je regardai dans la vallée le village que je venais de quitter, me demandant si j’avais bien fait. J’avais parcouru environ deux kilomètres, il était un peu tard pour revenir sur mes pas. Je regardai le ciel avec appréhension, je n’étais jamais sûr de trouver un endroit où dormir, encore moins lorsqu’il pleuvait. Parfois, je marchais durant plusieurs kilomètres avant de trouver quelque chose, et les rares fois où nous avions dormi sans rien pour nous protéger, j’avais dû mettre les voiles avant le lever du jour à cause de l’humidité. Je continuai quand même, me disant que nous nous en étions toujours sorti, et qu’il ne pleuvrait peut-être pas.

          Nous grimpions sur une pente raide, le paysage était magnifique, rien que pour cela, ça valait la peine. Elvis fouinait dans les buissons, insouciant. Je le rappelai en pensant aux serpents, j’avais moi-même failli me faire piquer quelques jours plus tôt : je cueillais des fraises sauvages lorsqu’une vipère avait dressé la tête en sifflant, j’avais retiré ma main doucement pour ne pas l’effrayer, elle avait été clémente et ne m’avait pas mordu.

          Je remplis ma gourde à la Fuente del Peregrino, nous nous reposâmes quelques minutes, le temps pour moi de consulter le guide ; puis nous continuâmes au milieu des chênes et de grandes étendues de bruyère.
 

VINGT-QUATRIÈME ÉTAPE 

Rabanal del Camino – Ponferrada 

32 km 

          Nous parvînmes à la cime du Monte Irago où gisaient les ruines du village de Foncebadón. Un chemin de terre traversait le village, au milieu duquel se trouvait un calvaire. Nous avancions à pas lent entre les maisons, Elvis couinait en me regardant, il se dressait sur ses pattes arrière et s’appuyait contre moi, le regard inquiet. Je m’arrêtai et lui caressai la tête. Je regardai les maisons en ruine qui bordaient le chemin sur toute sa longueur, l’air interloqué.

          -  Moi aussi, ça me fait froid dans le dos, dis-je à Elvis.

          Nous reprîmes notre marche, sans conviction, parvînmes au calvaire, lorsqu’à l’autre bout du village, j’aperçus un homme accompagnés par trois chiens qui descendaient vers nous.

          -  Tiens, on a de la visite…

          Je me débarrassai de mon sac à dos et le posai contre le calvaire. J’arborais un sourire, tandis que l’homme approchait. Il était grand et mince, la quarantaine, vêtu de frusques, son visage était émacié, son regard mauvais.

          Ses chiens étaient des bâtards ressemblant vaguement à des chiens-loups. En nous apercevant, ils s’élancèrent vers nous, aboyant, menaçant. L’un d’eux se jeta directement sur Elvis et les deux bêtes entamèrent un combat sans merci.

          Pendant ce temps, les deux autres chiens me tournaient autour, le poil hérissé, la queue basse, tandis que leur maître s’immobilisait, regardait les deux chiens se battre avec un sourire satisfait.

          M’adressant à lui, je lui dis :

          -  Rappelez votre chien, nom de dieu !

          Je distribuai quelques coups de pied sans conséquence aux deux clébards qui me cernaient, puis j’attrapai le chien-loup dominant Elvis par la peau du dos, celui-ci se retourna et me mit un coup de dents au bras ; Elvis en profita pour se dégager, il recula de quelques pas et resta planté sur ses pattes, montrant les crocs, du sang sur le museau et sur le poitrail.

          Le chien-loup se tenait face à moi, il me regardait fixement, puis il jeta un regard vers Elvis, grogna une dernière fois et retourna vers son maître.

          Je levai les yeux vers l’homme qui me regardait avec un rictus de haine ; soudain, le tonnerre retentit, je levai les yeux au ciel : de gros nuages noirs s’amoncelèrent, la pluie commença à tomber, une pluie diluvienne. Je baissai le regard vers l’homme qui s’en allait, accompagné par ses trois molosses. Je jetai un coup d’œil circulaire, cherchant où nous pourrions nous mettre à l’abri avant que la pluie ne nous trempe.

          -  Hé ! Où est-ce qu’on peut s’abriter ?! La lluvia ! dis-je. La pluie !

          L’homme, sans se retourner, répondit par un rire tonitruant, accompagné par le bruit sourd du tonnerre.

          Nous trouvâmes refuge dans une maison en ruine, une masure éventrée, à l’entrée du village de Foncebadón. Nous nous installâmes le long d’un mur, sur un tas de planches, sous un morceau de toiture retenu par une poutre pourrie, menaçant de s’écrouler à tout moment.

          -  Ça va mon chien ?

          Elvis était couché à un mètre de moi, dans la position du sphinx, les yeux braqués en direction d’un mur écroulé par lequel nous étions entrés. Il grognait et montait la garde, prêt à en découdre et à défendre son maître. Je sortis de mon sac à dos une serviette, puis entourai mon bras blessé. Puis je retirai du sac mon couteau de chasse et le plantai au sol. Je levai le regard vers la toiture, puis vers la poutre qui faisait levier.

          -  Putain, si ça nous tombe pas sur la gueule, on aura de la chance.

          Dehors, la pluie tombait éperdument, les éclairs sillonnaient le ciel de part en part ; lorsque le tonnerre retentit, la terre trembla, j’avais les yeux rivés sur la poutre, au cas où elle s’effondrerait…

          L’obscurité gagna du terrain, la pluie s’atténua, un léger brouillard voila le paysage. J’étendis mes jambes et lorgnai tranquillement du côté de la rue, tout en sifflotant la musique du film Règlement de compte à O.K. Corral.

 

          La nuit tomba sur Foncebadón. La pluie s’arrêta, l’orage s’éloigna. Au loin, j’apercevais les éclairs qui illuminaient le ciel et le paysage alentour. J’entendais l’eau s’écouler, le va-et-vient des rongeurs, le bourdonnement des insectes, le cri d’une effraie…

          Nous contemplions la nuit et attendions, comme assiégés. Pris au piège par notre destin. Je sortis de mon sac un morceau de pain et du chorizo. Je taillai une tranche de chaque et les donnai à mon chien. Puis, à mon tour, je mangeai, dégustant le peu que j’avais.

          … Un bruit nous interpela, quelqu’un approchait au pas de course ; Elvis grogna, puis se leva, prêt à s’élancer. Je fouillai la nuit du regard : l’un des trois molosses posa ses pattes sur le mur écroulé, il était debout sur ses pattes arrière, le poitrail gonflé, ses crocs resplendissant sous les babines retroussées.

          -  Ne bouge pas, dis-je à mon chien. Il n’osera pas venir jusqu’ici…

          Les deux autres chiens rejoignirent leur compère, le plus hargneux restait celui qui s’était battu avec Elvis, ses yeux étaient vitreux, il écumait, il semblait attendre quelque chose comme le bon moment.

          Elvis, tel un sphinx, continua de monter la garde. Je le surveillais du coin de l’œil, il n’avait aucune chance contre le molosse, mais je savais qu’il se battrait jusqu’au bout.

          L’espace d’un instant, la lune fut dissimulée par un nuage, le chien-loup disparut, je saisis mon couteau, me tenant accroupi, à l’affût… Un éclair illumina la nuit, le temps d’apercevoir l’homme de Foncebadón entre les pierres de la façade. Son visage était blême, ses yeux reflétaient la folie, il fouilla du regard l’intérieur de la maison, puis disparut avec l’obscurité. Un second éclair illumina la nuit, mais il n’y avait plus personne, ni chien, ni homme. Je laissai tomber mon couteau sur le sol, puis m’adossai contre le mur. Je regardai le ciel, la lune apparut, je fermai les yeux.

 

          Une petite route de montagne, les premières lueurs du soleil, le paysage étant en partie dissimulé par le brouillard. Nous marchions au milieu de la route déserte, le brouillard se dissipa progressivement, puis apparut devant nous la Croix de Fer : sur un tas de pierres s’élevait une simple croix plantée au sommet d’un rondin de bois d’une hauteur de cinq mètres. Je m’arrêtai et regardai la croix, puis ramassai une pierre sur le bord de la route – la pierre symbolisant les péchés – et la lançai sur le tas.

          … Nous amorçâmes une descente, longeant une petite route sinueuse, nous marchions d’un pas rapide et léger. Au détour d’un virage, sur le bord de la route, isolé, nous découvrîmes le refuge Manjarín : une masure entourée d’un joyeux capharnaüm, arborant un mât au sommet duquel flottait la croix des Templiers. Un troupeau d’oies cancanaient devant la porte, au pied du maître des lieux, qui, vêtu d’une longue tunique blanche, portant la barbe et les cheveux longs, croisa mon regard et accomplit un lent signe de croix avec une épée.

 

          Plus tard, nous entrâmes dans le village d’El Acebo situé au milieu d’une profonde vallée. Des balcons de bois sculptés, de petits escaliers extérieurs, des toitures d’ardoises bleues, des fleurs aux fenêtres. Nous descendîmes le long d’une rue pavée. Contre la façade d’une maison étaient entreposés des vélos tout terrain appartenant à des pèlerins, ainsi qu’une enseigne sur laquelle était inscrit : Bar del Peregrino.

          L’intérieur de l’auberge était rustique, derrière le comptoir s’affairait un homme trapu, dont le visage reflétait la bonne humeur. Quelques personnes étaient attablées, principalement des pèlerins qui buvaient du cafe con leche et mangeaient des tartines de pain beurrées. La plupart des personnes étaient accompagnées, mais le silence dominait car il était encore tôt.

          … Au fond de la pièce, j’étais penché sur une tortilla de patatas agrémentée d’une salade de tomates et d’un verre de tinto. Elvis était sous la table, accaparé par une assiette de pieds de porc. Placardées sur le mur derrière moi, on pouvait voir les photos d’un ovni posté au-dessus des collines qui surplombaient le village.