QUINZIÈME ÉTAPE
Castrojeriz – Frómista
25 km
Assis au bord du rio Pisuerga, à quelques mètres du Puente Itero, j’étais presqu’à poil et tenais dans mes mains une canne à pêche de fabrication artisanale : une tige de bambou à laquelle j’avais relié un fil et un hameçon.
Elvis était assis à mes côtés, il couinait en direction d’une sauterelle, qui se débattait à la surface de l’eau, accrochée au bout de la ligne. Je relevai un peu ma canne et lançai la sauterelle tout près d’un rocher qui dépassait de l’eau, Elvis fit un tour sur lui-même, aboya pour m’encourager, puis se rassit, tout frétillant.
- Essaie de ne pas trop bouger, s’il te plaît. Ça créait des vibrations et le poisson n’aime pas ça.
Il me débarbouilla le visage.
- Tu peux me croire, j’ai pas l’air comme ça mais j’ai de la pratique.
La canne se courba et la ligne se tendit. La sauterelle avait disparu de la surface de l’eau, Elvis aboyait en direction de la rivière, il tournait sur lui-même et aboyait encore, trépignant d’excitation.
Je ramenai doucement vers le rivage une petite truite Fario, je me penchai vers l’eau, fendu d’un sourire, et saisis dans mes mains le poisson. Puis Elvis et moi entamâmes une danse comme le faisaient les Indiens.
Plus tard, près d’un feu de camp, je retournai une branche sur laquelle trois petites truites étaient empalées par les branchies.
- C’est bientôt prêt, amigo. Je parie que c’est la première fois que tu manges une truite cuite au feu de bois, pas vrai ?
Il aboya, il était assis près du feu et se léchait les babines.
- Ouais, c’est bien ce que je disais…
Je retirai les truites du feu, puis en expédiai une devant Elvis.
… Lorsque nous eûmes terminé de manger, je m’allongeai sur l’herbe et croisai les bras derrière la tête. Elvis était couché sur le flanc, il relevait la tête au moindre bruit, humait l’air et reposait son museau sur l’herbe en lâchant un soupir de bien-être.
J’étais en train de m’endormir, quand j’entendis :
- Hola ! L’homme au chien…
Je me redressai et jetai un regard en direction de l’intervenant : c’était le peregrino au chapeau de paille, celui auquel j’avais donné une orange.
- Hola ! Amigo. Qué tal ?
- Muy bien, muy bien, répondit-il en s’approchant.
Nous nous serrâmes la main comme si nous nous connaissions depuis toujours. Elvis vint se faire caresser. Le peregrino au chapeau s’assit près du feu.
- Ça fait plaisir de vous voir, toi et ton chien, ça change un peu des culs-bénits qui font le chemin.
Nous rigolâmes.
Puis le peregrino sortit de son sac à dos une tablette de chocolat et une brioche tendre et dorée, il partagea le tout en trois et en offrit une part à chacun.
- C’est exactement ce dont j’avais besoin, après la nuit qu’on vient de passer, ça peut nous faire que du bien.
Il me regarda, l’air interrogateur.
- Qu’est-ce qui t’es arrivé ?
- À vrai dire, j’ai pas tout compris, c’était un peu comme dans un rêve, ou plutôt non, un cauchemar, un cauchemar éveillé, tu vois le genre ?
- Très bien, oui.
- Je me suis arrêté au refuge Sambol, pour manger quelque chose avant de continuer ma route… et je suis tombé sur une bande de cinglés.
- C'est-à-dire ?
- Déjà, le gars qui vit là-bas, avec sa panoplie de Templier, semble assez bien parti pour l’asile. Et puis, il y avait deux autres énergumènes, complètement chtarbés, un vététiste et une nana, azimutés aussi.
- Mais, c’était qui ces gens ?
- C’est la question que je me pose…
Le peregrino réfléchit, puis il dit :
- D’habitude, il n’y a personne là-bas, ni Templier, ni qui que ce soit, c’est une ancienne léproserie abandonnée…
- D’où tu tiens ça ?
- C’est notoire, il n’y a personne depuis plusieurs années… Le gars qui était hospitalier s’est pendu, alors depuis, c’est à l’abandon.
Je faillis m’étrangler avec un morceau de brioche, j’attrapai ma gourde et bus un coup pour faire passer. Elvis poussa un long gémissement, je le regardai, puis regardai le peregrino, l’air embarrassé.
- Ben merde, alors, dis-je.
Posant sa main sur mon épaule, le peregrino dit en riant :
- Bienvenue sur le camino !
J’arborai un sourire, mi-figue, mi-raisin.
Elvis, le peregrino et moi longions le canal de Castilla en direction de Frómista. Nous étions en fin d’après-midi et il faisait moins chaud. Nous parlions en marchant…
- Qu’est-ce qui t’a amené ici ? il me demanda.
Je réfléchis, puis dis :
- L’envie de tout changer, d’avoir une vie meilleure, plus saine. Rien de très original en somme, rien de plus que la plupart des gens qui viennent faire le pèlerinage et qui ne sont pas forcément religieux… Et puis, l’envie de vivre des choses, de vivre à plein. Marcher, c’est vivre à plein.
- C’est vrai, c’est vivre à plein… Je vais rejoindre Fatima ensuite, au nord du Portugal. Et puis, je parcourrai le trajet en sens inverse jusqu’au Puy-en-Velay.
- À part marcher, tu fais quoi dans la vie ?
- Je suis instituteur. J’ai pris une année sabbatique… j’en prendrai peut-être une deuxième. Je suis mieux ici que là-bas, tu sais ?
Je hochai la tête.
- Regarde, dit-il, on aperçoit Frómista…
- Encore une étape de franchie.
Nous continuâmes notre route.
SEIZIÈME ÉTAPE
Frómista – Carrión de los Condes
19,2 km
Nous étions à nouveau seuls et nous dirigions vers une petite chapelle au milieu d’un terrain planté de peupliers. J’entrai dans la chapelle, les murs étaient blancs, dépouillés ; je m’avançai vers le chœur, l’autel était recouvert d’une nappe en dentelle jaunie, dans un vase, un bouquet de fleurs fanées, je parcourus du regard l’édifice et posai mon sac sur un banc.
- C’est ici qu’on va dormir, dis-je.
Puis je me tournai vers la croix, le Christ était en bois peint et il lui manquait le gros orteil du pied droit, je me penchai et regardai vers le sol, sous l’autel, me demandant bien où est-ce qu’il était passé. Puis je m’approchai du Seigneur, penchai la tête comme il le faisait, cherchant son regard.
- Si tu as quelque chose à me dire, c’est ici et maintenant !
J’attendis…
- Mais bon, tu ne dis jamais rien de toute façon.
Elvis était couché dans l’allée, il faisait sa toilette. J’inspectai la chapelle, puis allumai des cierges que je posai au pied de Marie, Joseph, et un autre gars que je ne connaissais pas. J’ôtai mes chaussures et fumai une Fortuna, faisant tomber ma cendre dans un capuchon en plastique pour ne pas salir.
- Ça fait du bien de relaxer, dis-je à Elvis. Regarde comme c’est beau avec les cierges allumés, ça crée tout de suite une ambiance, pas vrai ?
Il couina, il était d’accord.
Je me changeai avant de passer à table, puis me confectionnai un sandwich renfermant des sardines à l’huile et une tomate coupée en tranches. Elvis était penché sur un papier gras, il mastiquait des morceaux de viande que j’avais acheté chez un boucher. Il y avait surtout du gras, mais il avait l’air d’aimer ça…
Ensuite, je lui fis faire ses besoins dehors, et nous rentrâmes dans la chapelle. Un dernier rayon de soleil éclaira le chœur, puis la luminosité diminua progressivement et la chapelle devint froide et sombre. Je déroulai le duvet devant l’autel, m’endormis sous les bras protecteur du Seigneur.
Le lendemain matin, un petit oiseau au plumage d’argent se posa dans l’embrasure d’une fenêtre et commença à chanter. Sa tête dodelinait et il nous regardait avec curiosité. Elvis leva un regard paisible vers l’oiseau, je fis de même. Il continua de chanter comme s’il s’adressait directement à nous, puis il s’envola et disparût. Je me tournai vers le Christ en croix et lui souris. Puis je sortis du duvet et m’habillai.
DIX-SEPTIÈME ÉTAPE
Carrión de los Condes – Sahagún
37,6 km
Afin d’étancher ma soif, j’entrai dans le premier bar venu. Un peregrino allemand insista pour me payer une bière, il avait l’air rond, je ne comprenais rien à ce qu’il disait, mais j’acceptai. On me servit une San Miguel, la bière me rendait triste et con, mais j’avais trop chaud pour boire du vin. Je trinquai avec l’Allemand, puis payai ma tournée, et il en paya une autre. Ensuite, je filai au couvent des Clarisses où la mère supérieure m’autorisa à prendre une douche.
Je me rasai, puis me coupai les cheveux avec mon couteau de chasse, attrapant les mèches qui me tombaient sur les épaules et le visage, les expédiant au fond d’une poubelle d’un coup de lame.
Elvis était assis sous le lavabo, il me regardait d’un œil inquiet.
- Voilà, lui dis-je, comme ça j’aurai moins chaud. Et puis, avec la casquette, c’est pas dérangeant.
Je m’habillai de propre et déguerpis, croisant quelques sœurs dans le hall du monastère, les remerciant d’un signe de tête, me sauvant pour ne pas les effrayer.
Avant de poursuivre ma route, je m’installai à la terrasse d’un restaurant et me fis servir à manger et à boire : des œufs au plat, du jambon de pays, une salade de tomates, une part de gâteau au chocolat et un pichet de vin.
Ensuite, je repris la route sous un soleil de plomb. Je marchai quelques kilomètres, puis m’arrêtai et vomis. J’avais les jambes en coton, je me laissai choir sur le bas-côté et attendis. Il n’y avait personne à l’horizon, mon cœur tambourinait dans ma poitrine, je pris mon pouls, il battit encore plus vite.
La sueur inondait mon visage, je tremblais malgré la chaleur. Je m'allongeai dans l'herbe et fermai les yeux. Au bout de quelques instants, je sentis que je quittai mon corps, je flottais au-dessus de lui... je me disais que ça devait ça la mort. J'entendais Elvis couiner, je m'éloignais de plus en plus, je regrettais simplement de le laisser seul, de ne pas l'avoir serré dans mes bras une dernière fois, avant de partir.
...J'avais dû perdre connaissance. Le soleil était à la même place. Elvis me léchait le visage, j'avais le goût de vomi dans la bouche. Sinon, ça n'allait pas si mal, j'était même capable de me tenir debout, et de marcher.
Nous parvînmes au village de Calzadilla de la Cueza, nous longeâmes la N-120 sur cinq kilomètres. J’hésitai à faire du stop, me disant que j’avais besoin de repos, qu’il serait sans doute plus sage de se rendre à Sahagún en bagnole. Je levai le pouce, une bagnole ralentit, je lui fis signe de repartir ; le camino bifurquait sur la gauche, nous empruntâmes un petit chemin de terre.
DIX-HUITIÈME ÉTAPE
Sahagún – El Burgo Raneros
17,7 km
Une piste bordée de platanes qui s’étendait à perte de vue. Des volutes d’air chaud s’élevaient du sentier. Assis sur un rocher bordant la piste, je regardais les platanes qu’on avait planté là pour faire de l’ombre, mais qui avaient tout bonnement refusé de grandir.
Elvis était couché à mes pieds, haletant, tirant la langue. J’attrapai la gourde et descendit du rocher, versai ce qui me restait d’eau dans le creux de ma main et lui donnai.
Le chien m’inquiétait, il était plus souvent derrière que devant, je me disais qu’on traversait une mauvaise passe, que ça allait être son tour de rester sur le carreau. Sa truffe était brûlante, ses yeux vitreux. Je l’encourageais en trottinant, en tapant dans mes mains, je voulais qu’il se mette à courir, qu’il me saute après, qu’il s’amuse comme il savait si bien le faire. Rien n’y faisait, il semblait au bout du rouleau.
Nous nous arrêtions souvent, il se couchait dans l’herbe et fermait les yeux. Au moment de repartir, il se dressait sur ses pattes en gémissant. Je priais à voix basse, j’aurais préféré qu’on s’en prenne à moi plutôt qu’à lui, il n’avait rien demandé, le pèlerinage n’était pour lui rien de plus que quelques journées de marche, ça ne changerait pas sa vie, d’ailleurs la mienne non plus.
Nous nous arrêtâmes avant la fin de l’étape, pour lui, pour qu’il se repose. Nous dormîmes dans une buse, c'est-à-dire un cylindre en béton qui sert de conduit, de tuyau… J’en écartai un peu la végétation, les toiles d’araignées. Nous nous couchâmes sur le duvet, sans rien manger, dans l’attente du lendemain. Une buse, c’était tout ce que j’avais trouvé…
Le lendemain matin, il n’allait pas mieux, je lui massai les pattes, m’excusai pour le coup de pied au cul que je lui avais mis lorsqu’il avait léché les orteils des deux Brésiliennes, pour la nourriture que je lui procurais et qui était rarement d’une grande qualité, pour toutes ces journées de marche dont il n’était pas responsable. Bref, je ne savais plus quoi dire, ni faire.
J’épluchai une pomme et nous prîmes notre petit-déjeuner, assis dans la buse, en tête-à-tête. Ensuite, nous repartîmes sur le camino. Je me demandais bien ce qu’il allait advenir de tout ça, je prévoyais de l’emmener chez un vétérinaire, mais avant ça, nous allions encore devoir marcher, et qui sait, avec un peu de chance, les choses finiraient par rentrer dans l’ordre.
DIX-NEUVIÈME ÉTAPE
El Burgo Raneros – Mansilla de las Mulas
18,6 km
Le paysage était désertique, la chaleur accablante. Nous avancions lentement sur une portion de route abandonnée. Elvis était derrière moi, son état ne s’arrangeait pas, mais il persistait à me suivre.
De l’autre côté de la chaussée, j’aperçus un homme qui arrivait en sens inverse. C’était un prêtre, il portait la soutane, son ventre était rebondi, il avait la cinquantaine, il portait une musette en bandoulière.
- Qu’est-ce qu’il fait ici, celui-là ?...
Je ralentis et le saluai d’un signe de tête.
Il s’arrêta et m’interpella :
- Vous allez où comme ça ?
Je m’arrêtai et me retournai.
- À Saint-Jacques, dis-je, surpris.
Il rit.
- À Saint-Jacques ?! Vous en avez de bonnes…
- Qu’est-ce que vous voulez dire ?
Il traversa la chaussée et nous rejoignit.
Il me regarda d’un air narquois, puis tourna son regard vers Elvis : les pattes du chien devinrent tremblantes, il haleta et se coucha sur l’asphalte brûlant.
Le prêtre arbora un sourire satisfait.
- Votre chien est en train de crever, mon pauvre ami…
Je m’accroupis vers Elvis, pris la gourde, l’ouvris, mais elle était vide.
Je me retournai vers le prêtre, il était en train de boire au goulot d’une gourde en peau, l’eau lui dégoulinait le long de la bouche ; puis il s’aspergea le visage, leva la gourde au-dessus de sa tête et la vida entièrement. Ensuite, il envoya valdinguer la gourde dans un fossé et me regarda avec un sourire vicelard.
- Espèce de salaud… dis-je.
Il piqua un fard.
- Comment ?! Qu’est-ce que vous dîtes ?...
Je recommençai à marcher, laissant le prêtre derrière moi.
J’accomplis une vingtaine de mètres, baissai mon regard en direction d’Elvis qui me suivait tant bien que mal.
- Allez mon chien, c’est pas le moment de flancher.
Lorsque je relevai la tête, j’aperçus devant moi, assis sur une borne kilométrique, le prêtre en soutane. J’écarquillai les yeux, me retournai vers l’endroit où je l’avais laissé une minute plus tôt, sans voir personne.
J’arrivai au niveau du prêtre, celui-ci me regarda avec un sourire victorieux. Je passai devant lui sans m’arrêter, il se leva et me suivit.
- Vous croyez peut-être vous en tirer comme ça… après m’avoir insulté.
- Désolé, dis-je, mais je suis fatigué.
- Ça ne suffit pas jeune homme, non, ça ne suffit pas. Je veux des excuses, vous m’entendez, des excuses…
Je me retournai vers lui.
- Et bien, excusez-moi… Et foutez-moi la paix, maintenant.
- Oooh ! mais ce serait trop facile. Vous pensez vous en tirer à si bon compte, monsieur le pèlerin ?
- Qu’est-ce que vous voulez ?
- Je veux tout, vous m’entendez, je veux tout !
Il s’arrêta et se mit à danser la gigue.
- Tout, tout, tout ! il chanta. Je veux tout !...
- Vous allez me foutre le camp, oui ! dis-je en me retournant.
Le prêtre n’était plus là, je le cherchai du regard mais ne vis rien.
- C’est quoi encore ce bordel ?!
Je repris ma marche, Elvis aussi. Nous longeâmes la chaussée et arrivâmes à proximité d’un vieux chêne.
- Hé ! Pèlerin… Ton chien est en train de crever ! Tu n’arriveras jamais à Santiago, dit-il en faisant semblant de pleurer.
Je m’arrêtai net, interloqué, je regardai en direction du vieil arbre : le prêtre était assis sur une des branches, il balançait ses jambes d’avant en arrière, il tenait dans sa main un verre de jus de fruits dans lequel était planté un petit parasol.
- Mais, vous êtes qui ?! demandai-je.
Il s’esclaffa.
- Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux…
Il me cligna de l’œil et vida son verre.
- À bientôt ! dit-il avant de disparaître.
Je quittai la chaussée et m’avançai vers l’arbre, stupéfait.
Puis je cherchai mon chien du regard : il était resté sur la route. Je le rejoignis en courant, il était recroquevillé sur l’asphalte, tremblant et écumant. Je me penchai vers lui, le regard triste ; je le portai dans mes bras et continuai d’avancer.
VINGTIÈME ÉTAPE
Mansilla de las Mulas – León
17 km
Une chambre d’hôtel, un grand lit, une télé, une baignoire.
Elvis était couché sur le lit, il me surveillait du coin de l’œil, tandis que je m’approchais d’une fenêtre et jetais un regard sur le centre-ville de León.
Il se leva sur ses pattes en gémissant.
- Tu ferais mieux de rester couché, a dit le vétérinaire.
Il se recoucha. Je déposai devant lui une gamelle d’eau. Il but un peu et bascula sur le flanc, le museau entre les pattes. J’attrapai une boîte de
médicaments et me penchai vers lui, il tourna la tête, je lui ouvris la gueule et lui fis avaler le médicament.
- Voilà, c’est bien. Encore un jour ou deux et tu devrais être d’attaque.
J’entrai dans la salle de bain. Du linge était en train de sécher ici et là. Je me passai un coup de peigne, puis éteignis la lumière.
- Tu seras sage, hein ?
Je me tournai vers une seconde gamelle, pleine de morceaux de viande.
- Tu as tout ce qu’il te faut, alors repose-toi, si tu veux être en forme rapidement, ok ?
Je me dirigeai vers la porte de la chambre, il leva la tête et aboya.
- Ha ! oui, la télé…
J’allumai la télé, zappai plusieurs chaînes et tombai sur le Show de Marlène. Elvis se redressa et regarda le show télévisé, je déposai la télécommande sur le lit.
- Hasta luego, amigo.
Je sortis ; Elvis avait les yeux rivés sur l’écran.
Je passai la soirée assis au comptoir d’un bar à tapas, en tête-à-tête avec un verre de tinto. J’avais déjà beaucoup bu et me faisais chier. Je pensais à mon chien, à la marche, à toutes ces choses qui me manquaient. Trois jours que nous étions à León et je me sentais comme déraciné…
Je déposai sur le comptoir de quoi régler mes consommations, puis je terminai mon verre et me dirigeai vers la sortie. J’arpentai les rues du vieux León, triste et saoul. Puis arrivai dans les quartiers chauds.
De chaque côté de la rue se tenaient des prostitués, arborant fièrement leurs poitrines dénudées, tortillant des fesses à l’encontre d’un client potentiel. Elles fumaient, jacassaient, interpelaient les passants. L’une d’elle vint se coller contre moi, elle sentait l’éther, ses joues étaient creuses, elle me demanda une cigarette et remonta sur le trottoir, se dirigea vers un autre gars, tandis que je m’éloignais.
Arrivé au bout de la rue, je me retournai et contemplai le spectacle de la nuit : un micheton sortit d’un immeuble en regardant ses pompes, un autre prit sa place ; l’ampoule d’un réverbère clignotait et grésillait, une bagarre entre deux filles éclata, des cris retentirent…
Je rentrai à l’hôtel.
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