Le français à Ottawa avec les conservateurs
 

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lundi 18 février 2008

 

Le français à Ottawa avec les Conservateurs

Frustré
 

Un collègue-chroniqueur à Planète Québec, Michel Danis, dénonce, dans son texte d’hier, le ministre conservateur Maxime Bernier qui, lors d’un récent discours n’a pas prononcé un seul mot en français.

Cela est surprenant car depuis des années, pour respecter les principes de la loi canadienne sur le bilinguisme et le biculturalisme, nos leaders nationaux ont toujours dans tous leurs discours, devant quelque auditoire que ce soit, utilisé les langues française et anglaise.
 
Pourtant son chef, le PM Stephen Harper, a fait adopter une motion au parlement reconnaissant que les Québécois forment une nation. Ce n’est pas une loi ni un amendement à la constitution mais simplement une motion du parlement.
C’est peu mais au moins cette décision devrait être une ligne de conduite pour les parlementaires conservateurs.

Malheureusement ce n’est pas le cas et on peut les juger par leurs actions récentes, dont le discours du ministre Bernier, leurs votes au parlement et les nominations du premier ministre.

Je rappelle que le PM Harper et le parti conservateur ont proposé au parlement de changer le mode de représentation à la Chambre de Communes ce qui diminuera celle du Québec. Ils ont diminué les budgets qui permettent aux Canadiens d’atteindre les objectifs de la loi sur les langues officielles (l’anglais et le français) du pays. Le PM a nommé des individus unilingues pour des postes qui nécessitent des personnes bilingues.

Selon la Commissaire aux langues, le PM Harper ne respecte pas comme il se doit les modalités de la loi des langues officielles dans les institutions fédérales. Il a aboli le programme de contestation judiciaire qui permet aux groupes minoritaires de se plaindre si cette loi n’est pas respectée. Il a diminué l’offre de service bilingue par le personnel dans la fonction publique. Il a muselé le comité parlementaire sur les langues officielles qui a toujours joué un rôle essentiel pour la protection du français au Canada. Le leader actuel du gouvernement à la Chambre des communes, très actif à la période des questions est Peter Van Loan, unilingue anglais. Et encore... ce sont des faits !

Cette attitude intransigeante du parti Conservateur envers la langue française et le Québec vient du passé. Elle est issue du parti de l’Alliance Canadienne qui auparavant était le Reform Party de l’Ouest canadien, un parti que l’on peut qualifier d’à droite de la droite et que plusieurs disaient « anti-Québec ».

Ce sont les membres de ces ex-partis qui ont actuellement la main mise sur le parti conservateur du Canada. Ce sont les mêmes qui, dans le temps, avec leur chef Preston Manning et les  dirigeants du parti, dont Stephen Harper, ont combattu l’Accord du Lac Meech, en 1990, présenté par l’ex-PM Mulroney, parce que trop favorable au Québec.
 
Cet Accord fut largement appuyé par les partis Progressiste-Conservateur, Libéral et NDP, les Premières Nations, les groupes de défense pour les femmes, les gens d’affaires, les dix PM provinciaux et la presque totalité des éditorialistes des médias anglophones. Les trois chefs fédéraux voyagèrent partout au Canada pour répandre la bonne nouvelle.

Finalement Terreneuve et le Manitoba ont changé leur décision et ont rejeté l’Accord qui reconnaissait, une fois pour toute, la place et les droits du Québec dans la Confédération canadienne.

Les opposants l’ex-PM Pierre Elliot Trudeau, Clyde Wells, Preston Manning, Stephen Harper, Gérard Parizeau (il ne voulait pas que la Confédération s’améliore) réussirent à convaincre les Canadiens à voter majoritairement « non » au référendum.
 
Pourtant l’accord reconnaissait le Québec comme « société distincte » et accordait aux provinces un droit de véto à l’égard d’amendements importants à la constitution. Il proposait la compensation financière des provinces si elles exerçaient un nouveau droit de retrait de tout programme initié par le fédéral dans un domaine provincial, et donnait davantage de pouvoir aux provinces en immigration.

Enfin, il accordait au Québec un minimum de trois juges à la Cour Suprême du Canada et un minimum garanti de 25% des députés de la Chambre des communes (nous ne sommes aujourd’hui que 22% de la population canadienne).

Le parti conservateur actuel de Stephen Harper n’est pas le même parti Progressiste Conservateur avec lequel l’Alliance s’est fusionné. D’ailleurs l’ex-chef et ex-PM Joe Clark et plusieurs de ses anciens ministres l’ont bien démontré en dénonçant le nouveau parti d’Harper comme étant un faux parti Progressiste Conservateur, un parti loin de ses politiques et loin des aspirations du Québec. Il ne faut pas se méprendre…

Il me semble clair que sous le régime Harper, le fait français diminue au Canada. Nous devons réagir car le passé nous démontre que c’est par la solidarité que les Canadiens-français ont réussi à faire reconnaître leurs droits dans ce pays que leurs ancêtres ont découvert et créé. Ensemble, nous pouvons faire la différence.

Ils sont bons les bonbons que nous offrent le Parti conservateur pour gagner notre faveur: la diminution de la TPS, les chèques aux familles, etc… mais ce qui est essentiel en fait et ce qui est fondamental et capital pour nous est le respect et le développement de notre langue française partout au pays.

Pour un Progressiste Conservateur comme moi, fédéraliste qui a toujours défendu les droits de ses compatriotes, un dilemme important se pose lors de la prochaine élection fédérale qui s’annonce. Pour qui voter ? Comment voter pour un parti conservateur qui bafoue ouvertement la loi sur les langues officielles ? Comment voter pour une bande quasi-néofasciste qui a le pouvoir et en profite pour agir de la sorte ? C’est la question qui me tourmente… même si depuis toujours j’ai voté bleu au fédéral.

Claude Dupras