Lundi 5 mai 2008
Le taureau furieux
Inquiet
Le PM Harper a promis, dur comme fer, lors de l’élection qui l’a élu, de contraindre les dépenses fédérales et de limiter la croissance du gouvernement canadien.
Malheureusement la réalité s’avère que les dépenses fédérales ont pris de la vitesse par rapport à la normale des dernières années et le PM a démontré à chaque budget son incapacité à agir dans le sens de ses promesses. Encore là, il imite GW Bush.
La dimension et la croissance récentes des dépenses du gouvernement fédéral deviennent renversantes. Le dernier budget du gouvernement fédéral pour 2007-2008 totalise 199,6 milliards de $, soit une augmentation de 14% par rapport à celui d’il y a deux ans. C’est une croissance qui dépasse de beaucoup le taux combiné de l’inflation et de l’accroissement de la population.
Après les années de la fin du régime Mulroney et celles des PM Chrétien et Martin qui ont chacun coupé dramatiquement dans les dépenses pour obtenir les surplus budgétaires dont jouit le Canada depuis la dernière décennie, il est surprenant de constater le manque de rigueur du gouvernement conservateur actuel. Nous sommes le seul pays du G8 (ils sont tous en déficit budgétaire) à avoir accompli ce fait d’armes. Les dirigeants politiques d’autres pays, pour qui nous sommes devenus un modèle de bonne administration, viennent nous visiter pour comprendre notre façon de faire. Et, cela nonobstant les désagréables dérapages comme le scandale récent des commandites (en $, il était en fait très petit par rapport à la masse des dépenses annuelles fédérales).
Je reconnais que ce n’est pas une mince tâche de contrôler un tel budget pour une organisation aussi grande que le gouvernement fédéral dirigée en plus par des politiciens qui travaillent en fonction de leur réélection. Mais il y a deux critères qui ont été testés dans le passé et qui sont des solutions réalistes.
Le premier est celui proposé par le PM Harper, lui-même, durant sa campagne électorale, soit que l’augmentation du budget ne doive pas dépasser le taux de croissance de la population ajouté à celui de l’inflation. Pour assurer que les limites des dépenses soient respectées, tous les ministres du gouvernement devraient, aux trois mois, faire rapport de leur performance respective par rapport aux objectifs budgétaires de leur département. De plus, une partie de leurs revenus personnels (disons 20%) et de ceux des mandarins de la fonction publique qui les secondent devrait dépendre de leur rendement. Cela a été fait avec succès en Colombie Britannique, il y a quelques années.
Le second est celui réalisé par le président américain Clinton du « Pay-As-You-Go ». En somme, toute nouvelle dépense doit être financée par la réduction de dépenses existantes. Ceci a pour effet de forcer les intéressés à analyser à la loupe les dépenses avant d’en promettre d’autres. Bill Clinton connut un grand succès avec sa méthode puisque les dépenses des USA ne dépassèrent le taux combiné de croissance de population et d’inflation que deux fois en huit ans. Quelle différence avec les déficits irresponsables et périlleux du président américain actuel.
Pour ramener les dépenses canadiennes à un rythme normal de croissance, et préserver nos acquis passés, le PM Harper doit implanter ces deux techniques prouvées. Si le Canada ne retrouve pas le chemin du bon sens dans ses dépenses, il sera à nouveau déficitaire, et cela bientôt.
Les Canadiens qui payent près de la moitié de leurs revenus en taxes méritent des réductions d’impôts appréciables.
Il est temps de prendre le taureau par les cornes.
Claude Dupras