Ce dialogue traite de la condition de
l’Algérie après la libération et de l’atmosphère aux USA dans les jours qui
précèdent la décision de faire la guerre à l’Irak.
Au 19 septembre 2002
Mansour : Je suis entièrement d'accord
avec toi que j'ai été vraiment gâté par le hasard des temps. J'ai été élevé
dans une famille qui a toujours été très politisée, ce qui m'a donné la
chance de mieux comprendre les événements qui bouleversaient ma société dès
mon jeune age. A 12 ans, je vendais déjà dans les rues de Tizi Ouzou le
journal clandestin du MTLD (liberté). C'est une épopée que je ne changerais
pour rien au monde. Et tout comme un grand nombre de gens de ma génération
et surtout de celles de mes frères aînés, malheureusement le rêve qui nous
avait poussés à relever tous les défis que le colonialisme français nous
présentait pendant des décennies n'a abouti qu'a la création d'un grand
fiasco politique en Algérie qui dure depuis 1962 et pour lequel nous ne
voyons toujours pas de fin.
Claude : Ce n’est pas fini et cela continue, mais un jour, prochain peut
être, seras-tu témoin de la réalisation de ton rêve. Tout va vite
maintenant. Je rappelle à ta mémoire la démolition du mur de Berlin en 1989
et le renversement du système soviétique qui a suivi. Cela surprit tout le
monde incluant les Américains.
Mansour : Mais ce n'est que maintenant
que je commence à découvrir la vraie raison de l'échec algérien. Lénine et
Staline ont réussi à construire une industrie de guerre capable de défendre
la Russie, mais ils n'ont jamais réussi à satisfaire les besoins les plus
élémentaires des populations dont ils avaient la responsabilité. Je me
souviens de nombreuses et violentes discussions que j'avais avec mon frère
Saïd, (il a passé plus de 10 ans de sa vie dans les prisons françaises,
après avoir milité au PPA et MTLD depuis son jeune âge de 16 ans) au sujet
de l'Algérie après son indépendance. Un jour, il m'avait dit une chose qui
me marque encore à ce jour : « les russes bolcheviques pouvaient construire
autant de bombes atomiques que l'Amérique et envoyer leurs spoutnik autour de
la terre, mais ils ne pourront jamais produire un parapluie convenable pour
protéger les russes contre la pluie ». Ma première visite d'un pays
socialiste a été en 1961. J'ai été rendre visite à mon frère Ali qui était
alors étudiant en économie à l'université de Berlin Est. Et durant mon court
séjour chez lui, j'ai été frappé par trois observations que j'ai partagées
avec lui à l'époque. D'abord, je lui avais fait remarquer que les allemands
de l'est ne souriaient jamais et que même les mannequins que je voyais dans
les vitrines avaient des visages tristes à mourir. Ensuite j'avais été
choqué par les chaînes d’attente qu'il fallait faire même pour acheter un
morceau de savon dans les magasins d'état de Berlin Est. Finalement j'avais
été choqué par la qualité des pommes de terre que son épouse voulait acheter
pour nous faire un dîner. J'avais fait remarquer à mon frère que le peuple
algérien n'accepterait jamais de tels produits sans se révolter. Eh bien!
J’ai dû avaler un jour toutes ces remarques car j’ai vécu les chaînes
interminables à Alger même. J'ai même vu le même type de pommes de terre
vendues dans les marchés de légume en Algérie, quelques années seulement après
notre indépendance.
Claude : Je veux te rappeler mes
premiers messages où je décrivais la situation que j’avais trouvée en
Algérie, lors de mon travail dans ton pays, et que je comparais à celles des
pays socialistes derrière le rideau de fer. A partir de mes constatations,
j’avais conclu que le système algérien socialiste était en fait une copie
conforme du système politique que les communistes cherchaient à implanter
dans les pays de l’Union soviétique et ses pays satellites. Même le nom de
la République Populaire et Démocratique d’Algérie était emprunté de ces
exemples. Pourtant tu t’es pourfendu à nier et à chercher à me faire
comprendre que j’avais mal vu, mal compris et surtout mal saisi la
signification de mes perceptions. Je ne comprenais pas pourquoi tu ne
voulais pas reconnaître le bien-fondé de mes constations et de mes
conclusions. J’ai vu les tablettes vides des grands magasins, la mauvaise
qualité des produits offerts au peuple algérien, les chaînes interminables,
et les pommes de terre peu appétissantes que les Algériens se voyaient
obligés d’acheter. Ce fut en réalité la période qui a le plus nui à ton
pays. Une période de politiques irréalistes, d’industrialisation à outrance
aussi irréfléchie que sans préparation, de nationalisation de l’agriculture
et du gâchis de la production de produits qui avaient par le passé fait la
renommée de l’Algérie, comme le vin, les produits agricoles, les dattes,
etc… J’en étais triste. Et quand l’arabisation a été votée et que j’ai vu
les fonctionnaires remplacer toutes les affiches en langue autres que
l’arabe, j’ai compris que ce système se fanatisait et n’allait nulle part.
Sans parler de la toute puissance de l’armée…. Quelles belles années
perdues, quel manque de vision, quelle erreur monumentale, quels efforts
inutiles et gaspillés et quel poids à porter pour l’avenir. C’est cette
période qui vous a freinés dans votre révolte et a tué l’espoir de la révolution
pour laquelle vous aviez dédié vos vies. Et à mon avis, tous ceux qui ont
appuyé et participé à cette mascarade politique sont à blâmer et devraient
être bannis de l’Algérie (c’est beaucoup trop fort, je l’admets, mais cela
démontre la fureur que je ressens lorsque je pense à cela).
Mansour : L'échec lamentable des 40
dernières années de l'Algérie m'a enfin convaincu, en fin de compte, que le
bien être social et le développement continu ne peuvent être assurés qu'à
travers des principes démocratiques qui permettent aux citoyens de définir
leur propre avenir. Malheureusement, c'est un concept qui est toujours
totalement étranger à la culture politique algérienne d'aujourd'hui. Ce qui
fait que nous avons encore un long chemin à parcourir avant de voir enfin un
peuple algérien réellement indépendant. Je doute que cela se fera de mon
vivant.
Claude : Tu ne peux me trouver plus en accord avec toi lorsque tu conclus
que ce n’est qu’à travers les principes démocratiques que s’engendrent la
liberté, l’initiative, l’effort personnel, le dépassement de soi-même et
j’ajoute la joie de vivre. Je suis heureux que tu affirmes cela car, encore
une fois, je te réfère à mes premiers messages où je cherchais à t’en faire
la preuve en comparant nos régimes politiques respectifs. C’était d’ailleurs
les mêmes propos que je te tenais sur la terrasse du St-Georges à Alger lors
de notre première rencontre et notre discussion originale. Je comprends que
la culture politique algérienne d’aujourd’hui donne l’impression d’être
étrangère à ces principes, mais les Algériens que je connais et ceux que
j’entends ici et là sur les médias expriment aussi leur aval à ces principes
ce qui me fait dire que le terrain est fin prêt pour un renversement de
régime et l’implantation d’une démocratie réelle. Je ne serais pas surpris
de vivre cela. J’ai vu en 1989, puisque j’étais à Prague à ce moment-là, les
jeunes allemands de l’Est arriver par trains et autos (les trabans) et se
réfugier par milliers dans toutes les rues avoisinantes de l’ambassade
américaine. J’ai compris alors la force de cet exode et de cette expression
de raz-de-bol d’un régime politique. Même s’il était impossible alors de
penser à un renversement de régime à cause de la puissance de l’Union
soviétique, l’ensemble s’est écroulé dans les mois suivants comme un château
de cartes. Le peuple est toujours le vrai souverain!
Mansour : J'aime discuter de la
situation politique américaine. Je vois que tu la suis au jour le jour. Moi
aussi j'ai toujours été fasciné par la politique américaine interne et
externe. Je me souviens de John F Kennedy, du temps qu’il était sénateur
américain, quand il a été le premier homme politique américain à poser la
question de la décolonisation de l'Algérie en 1956. Mais je me souviens
aussi de sa politique de blocus économique et politique qu'il avait imposée
à
Cuba, tout simplement parce que Fidel Castro refusait d'être le servile
serviteur de la politique américaine en Amérique centrale et du sud, tout en
proclamant son fameux discours historique sur la liberté à Berlin Ouest.
Claude : La politique américaine a
plusieurs faces. Les présidents n’appliquent pas les mêmes principes pour
tous le pays car leur motivation politique découle des intérêts immédiats de
la nation et des « lobbies » d’intérêts qui pressurisent Washington.
L’objectif électoral est omniprésent et est malheureusement la plus
importante motivation de ces politiciens. Seul, je crois, Carter avec sa
politique des droits de l’homme, a approché une constante dans sa
gouvernance. Mais il a vite été ridiculisé par la droite et renversé par
Reagan. Ce fut une démonstration de ce qu’il ne faut pas faire pour gagner
une élection.
Mansour : Je me souviens aussi des actions secrètes de Kennedy au Vietnam
qui ont finalement
mener vers la guerre, et qui a causé des centaines de milliers de victimes
vietnamiennes et la mort de plus de 58,000 jeunes américains qui ne savaient
même pas pourquoi ils étaient dans les jungles du sud-est asiatique. Voilà
le symbole même de l'homme politique américain le plus éclairé de son temps,
qui a tout de même engagé l'Amérique toute entière contre des régimes qui
initialement ne demandaient qu'à avoir des relations amicales avec les USA,
ne serait-ce que pour avoir un degré de liberté dans leur relation avec les
régimes soviétiques qui les supportaient dans leurs luttes de libération.
Ils en avaient besoin car ces luttes devenaient un peu trop lourdes à
supporter à long terme.
Claude : Là, je ne partage pas ton opinion. Certes la guerre
du Vietnam fut une erreur magistrale et n’aurait jamais dû connaître
l’envergure qu’elle a eue. Mais la bataille qu’a menée l’Amérique et les
pays de l’Occident contre l’hégémonie grandissante des partis communistes,
marxistes et léninistes se devait d’être faite si on voulait arrêter le « brain
washing » grandissant pour ces idées par des régimes politiques dictatoriaux
(ceux qui selon toi ne voulaient que des relations amicales avec les USA)
sur leurs populations à travers la planète. Ton propre pays en a souffert,
comme tu l’admets dans ce message, et la stratégie de pays de l’OTAN a
réussi finalement à arrêter la marche de ce monstre à têtes hideuses et le
renverser complètement. Ce fut la plus grande victoire de la liberté sur la
terre. Pour cela, je crois, que l’on ne dira jamais assez merci aux
Américains.
Mansour : Je te rappelle cette période
noire de la politique extérieure des USA pour essayer de te faire comprendre
comment je vois la politique extérieure américaine d'aujourd'hui vis-à-vis
du monde arabe en général et de l'Irak en particulier. Est-ce que tu penses
réellement que les administrations américaines sont intéressées à promouvoir
la démocratie à travers le monde aujourd'hui ?
Claude : Oui.
Mansour : Est-ce qu'il y a
réellement un morale universelle qui dicte ce que les nations démocratiques
doivent faire ou pas ? J'en doute.
Claude : Je dirais oui. Mais…
Mansour : Personnellement, je crois
que le comportement des nations est toujours dicté par la fameuse fable de
la Fontaine du loup et de l'agneau. "La raison du plus fort est toujours la
meilleure". Une fois de plus, je ne peux pas en vouloir aux autorités
américaines de se comporter comme elles l'ont fait dans le passé ou comme
elles le font au présent. Je te garantis qu'avant les élections
présidentielles prochaines les Américains vont se lancer une fois de plus
leur armada militaire sur le peuple Irakien.
Claude : Si on se fie au passé
américain d’il y a quelques années, il semble que tu as raison. Mais, il ne
faut pas oublier le 9/11 (11 septembre 2001). Ce fut une gifle gigantesque
au visage des Américains. Il faudra beaucoup de temps avant qu’ils ne
retrouvent leur sang froid. On ne ferait pas mieux dans les circonstances.
Dans l’état actuel des choses, le peuple américain me semble prêt à accepter
n’importe quoi de son président. Surtout d’un président qui sait bien manier
les médias et présenter son point de vue de façon émotionnelle, et donc
convaincante. Mais avec le temps, son support s’estompera et même s’il est
aujourd’hui encore majoritaire, il est fort possible qu’il devienne
minoritaire suite aux élections qui viennent. Donc, si je comprends ton
argument, il cherchera une guerre pour gagner sa réélection. Mais, il y a le
conseil de sécurité des Nations Unies qui n’a pas encore dit « oui ». De
plus, rappelle-toi qu’en Somalie il a fallu 15 morts de soldats américains
pour que le président rappelle ses troupes. Avant cela, Reagan avait
rapatriés les siennes suite à l’immense explosion qui en a tué 250 en
Égypte. Personnellement, je ne crois pas que ti-Bush aille à la guerre tout
seul nonobstant son attitude guerrière et ses apparences de cow-boy. Je ne
crois pas qu’il convaincra les Nations Unies. Mais qui sait ? Sa témérité et
son manque de jugement pourront quand même l’amener à poser un geste
incongru. Ce sera alors une grave erreur car plusieurs pays ne le suivront
pas, dont le Canada.
Mansour : L'Amérique pourra
éventuellement éliminer Saddam Hussein mais au mieux elle le remplacera par
quelqu'un qui a exactement la même vision du pouvoir, à savoir l'oppression
du peuple irakien une fois de plus. L'Amérique n'est pas réellement
intéressée à instaurer un régime démocratique en Irak, tout comme elle n'en
a aucun en Afghanistan ou dans les républiques bananières de l'Amérique
centrale et du sud. Tout ce qui l'intéresse, c'est ce qui se vend
politiquement à l'intérieur des USA, aujourd'hui. Bush n'a pas de solutions
à présenter aux Américains pour la crise économique qui ne fait que
s'aggraver de jour en jour. Mais il a besoin d'un instrument pour se faire
réélire en 2004. Si l'administration de Bush était réellement concernée par
les principes de la démocratie comment ce fait- il que, pas plus tard
qu'hier, son administration a décidé de supporter le régime totalitaire
chinois dans sa campagne contre les musulmans d'une province chinoise.
Depuis une semaine déjà toute la presse américaine se mobilise pour
justifier une attaque américaine contre l'Irak. Et le vice-président
américain (qui pourtant a fait une grande partie de sa carrière financière
dans le pétrole du Moyen-orient) vient de monter au créneau pour donner à la
presse américaine les raisons qu'il fallait donner au public américain pour
justifier une attaque contre l'Irak. L'Amérique qui depuis les années 20,
avant son ennemi extérieur qu’était le bolchevisme mondial, a maintenant
trouvé un autre ennemi autour duquel il faut rassembler le peuple américain
et c'est le monde musulman en général (les croisades du premier siècle de 2ième
millenium. ont déjà été lancé par les Bush).
Claude : Il y a peu de temps je ne
croyais pas en cette affirmation « un autre ennemi autour duquel il
fallait rassembler le peuple américain est c'est le monde musulman en
général » que tu dis souvent et que tu répètes dans ce texte. Mais avec
le temps, face aux évènements en Palestine, en Chine, aux Philippines et
maintenant en Irak, je commence à me poser des questions. Le fait que
ti-Bush soit si radicalement et ouvertement pour Israël dans le conflit du
Moyen-Orient me fait comprendre mieux ton opinion. Encore une fois cela
démontre que ce n’est qu’un petit politicien qu’il ne pense qu’à sa
réélection et est prêt à agir injustement pour chercher à se rallier les
électeurs. Que c’est triste à voir ! Je crois cependant qu’il se trompe, car
j’ai confiance dans le gros bon sens des américains. J’ai l’impression que ti-Bush pousse trop fort et que cela se retournera contre lui. Son attitude
guerrière trahit sa démarche et ses mots. Il ne montre pas d’humanisme, de
compassion, de sagesse, de prudence et de respect pour les autres pays. Je
crois qu’il croit qu’il n’y a qu’une façon de faire les choses, la sienne,
et est prêt à mettre de côté même les Nations-Unies. Il se voit tout
puissant à la tête de la plus forte armée du monde et ne peut comprendre que
son rôle n’est pas de l’utiliser mais d’assurer la paix dans le monde et la
défense de son pays. Tout comme lorsqu’il a mis de côté les traités
anti-missiles, certaines ententes d’environnement (Kyoto) et des clauses des
traités de libre-échange, il veut maintenant agir seul et ne pas tenir
compte de l’opinion des autres pays de la planète car il se sent le plus
fort matériellement. Il me semble trop impressionné par l’arsenal américain.
Quel triste personnage! Je crois, le temps aidant, qu’il se retrouvera un
jour sans influence réelle. D’ailleurs on voit déjà poindre des défis à ses
opinions, tels : le Japon s’entend avec la Corée du Nord (un des pays de
« l’axe du mal ») la Russie fait des affaires avec l’Irak (un autre pays du
même axe), et l’Iran (le troisième pays de cet axe défini par ti-Bush comme
dangereux pour le monde) négocie des ententes bilatérales avec la France et
d’autres pays de l’Occident. En somme, les alliés des USA ne tiennent plus
compte des menaces proférées par ce petit président et de ses prises de
positions.
Mansour : Je ne me souviens du nom du politicologue américain qui a écrit
ces derniers temps un bouquin sur les conflits des civilisations. Il avait
fait remarquer qu'avec la fin des conflits idéologiques des 19ième
et 20ième siècles, l'humanité allait s'embarquer dans des
conflits de civilisations. Et il avait ajouté que le plus grand danger pour
la civilisation occidentale demeurait la civilisation musulmane. Il
prédisait qu'un jour ou l'autre le monde occidental devra se rendre compte
du danger que la civilisation musulmane va devenir. Apparemment Bush lui
même ou ses conseillers ont dû lire et accepter les analyses de ce
politicologue.
Claude : Apparemment. Mais je ne crois
pas à cela. Les peuples musulmans sont comme les autres. Ils recherchent la
paix et le bonheur de leur famille avant tout.
Mansour : Tout cela me rappelle un
peu le fameux bouquin de George Orwell * 1984*. Aucune société apparemment
ne peut vivre sans conflit. Et s'il n'y a pas de conflit réel il faudrait
alors en créer un. Il faut tout de même se débarrasser des surplus
militaires qui s'accumulent pendant les périodes de paix. Et comme il faut
continuer à alimenter la machine de guerre, il faut donc créer les occasions
de conflits pour se débarrasser de ces surplus.
Claude : C’est presque du machiavélisme. Les USA ont diminué de beaucoup
leur armée, sous Clinton. Je crois que des 17 divisions du temps de « Desert
Storm » il n’en reste que 10. Il en est de même pour l’équipement de terre
et de mer qui s’est déprécié beaucoup. C’est une façon de se débarrasser des
surplus de guerre. Certes les USA ont des armes maintenant beaucoup plus
sophistiquées et cela devrait leur permettre de continuer à réduire leurs
effectifs. Mais si le président mène des guerres sur plusieurs fronts, comme
ti-Bush semble vouloir le faire, il devra augmenter à nouveau le nombre de
ses troupes et ses budgets de guerre. Il risque aussi que les autres pays du
monde ne participent pas au financement de ces guerres comme par le passé.
Le résultat sera un fardeau plus grand sur le dos du payeur de taxes
américain. Et cela n’est pas bon pour les élections!
Mansour : Toutes mes élucubrations
doivent t'amuser en fin de compte. Je saute du coq à l'âne comme on dit, et
un peu trop souvent je l'admets, mais je trouve que c'est le meilleur moyen
de te dire franchement ce que je pense de tous les sujets que nous
débattons.
Claude : J’aime bien
tes élucubrations car elles me permettent d’en faire autant.
Mansour :
Je ne peux pas m'empêcher de dénoncer toute cette
mascarade de la lutte contre le terrorisme international qui se déroule
depuis déjà plus d'une quinzaine de jours, tout simplement pour détourner
l'attention de l'opinion publique américaine du désastre diplomatique de
l'administration américaine dans ses efforts de mobiliser un minimum de
support à l'aventure militaire que Bush voudrait lancer aussi tôt que
possible contre le régime de Saddam Hussein.
Claude : Tout cela démontre que nos
échanges d’opinions sur ti-Bush s’avèrent précis.
Mansour : Il
y a à peine deux semaines, cette administration se vantait d’avoir des
preuves irréfutables que le régime de Saddam Hussein était devenu un danger
pour la stabilité mondiale. Tout d'abord, elle prétendait que ce régime
était en train d'aider El-Quaïda à se regrouper, et qu'elle avait des
preuves pour le démontrer. Mais au bout d'une semaine, cette propagande a
failit démobiliser les « mass media » américains, qui pourtant au départ
lui avaient donné toute l'assistance possible. Maintenant, il s'avère que
Saddam Hussein n'a rien à avoir avec le terrorisme international, d'après le
fameux journal " le Washington Post". L'administration américaine avait
brandit le spectre de la bombe atomique et maintenant, même la presse
américaine admet que ce régime de Hussein n'a pas les moyens de mettre en
oeuvre ses ambitions d’acquisition de la bombe atomique (quelle surprise
!!!).
Claude : Il va de surprise en surprise
et pourtant je ne suis pas surpris. Il n’a pas fini de faire des
« crisettes » et de proférer des conneries. Tout n’est qu’image avec lui et
dépendant du vent, il tourne plus vite qu’une championne de patinage
artistique. Mais le temps viendra où le peuple américain verra clair. Le
masque tombera et le vrai Bush devra bien sortir du bois.
Mansour :
Bush a même essayé d'utiliser son influence sur le
Canada pour amener Chrétien à lui donner une feuille de vigne à laquelle il
pourrait s'accrocher. Malheureusement pour lui, même Chrétien, après
certainement un « forcing » de la part de Bush lui même, a été obligé de
déclarer à la presse mondiale que l'administration américaine ne lui avait
pas donné suffisamment d'informations, pour justifier la politique
américaine vis-à-vis du Moyen-orient en ce moment.
Claude : Je suis fier de Chrétien qui
se tient debout. Il l’a fait au sommet mondial sur l’environnement en
annonçant sa position pour la signature du pacte de Kyoto et il a démontré
le même courage en rapport avec l’Irak. Une majorité de Canadiens a exprimé
son désaccord avec ti-Bush. De plus, je me rends compte que plusieurs
maintenant comprennent qu’il n’est pas à la hauteur de sa tâche de
président. Cela aide Chrétien à définir les politiques du gouvernement
canadien indépendamment de celles USA. C’est n’est pas un fait nouveau car
on a vu, sous les anciens Premiers ministres canadiens Pearson et Diefenbaker,
le Canada se tenir debout. Mulroney disait qu’il est difficile pour une
souris de coucher avec un éléphant, mais ces hommes ont trouvé le moyen
d’avoir des lits jumeaux.
Mansour :
N'oublions pas la déclaration tonitruante de Chirac qui demandait à
l'Amérique de ne plus se comporter comme le gendarme international. Après
plus de deux semaines de corps à corps avec toutes les chancelleries du
monde, Bush n'a toujours que Blair, bien dans les rangs de son propre parti,
qui continue à déclarer que le seul ennemi de la paix mondiale est toujours
Saddam Hussein. Mais même lui a été obligé de faire marche arrière pour
demander à son maître Bush de faire semblant de consulter l'ONU avant
d'engager toute la puissance américaine contre un petit dictateur d'un pays
qui est déjà à genou depuis plus de 10 ans.
Claude : Je ne donnerais pas la
communion sans confession à Saddam qui me semble un être véreux et peu
recommandable. Mais je ne suis pas d’accord qu’un pays, quel qu’il soit,
l’attaque sans raison fondamentalement valable. Et tant que les USA n’auront
pas fait la preuve de ce qu’ils avancent, je ne pourrai être avec eux dans
ce débat. Il y a trop de culbutes politiques, arrière et avant, pour que
j’accepte les arguments d’un Cheney, d’un Rumsfeld et des autres hommes du
président. D’ailleurs, je pense que c’est de là qu’origine son problème car
s’il avait choisi une équipe plus jeune et capable de penser à demain, je ne
crois pas qu’il serait aujourd’hui dans le merdier dans lequel il est en
train de s’engloutir.
Mansour :
Je t'avoue que j'ai plus de respect pour Bush que
pour Blair. Du moins Bush peut apparemment justifier ses actions pour des
raisons électorales chez lui. Mais comment Blair peut-il justifier son
attitude, alors que plus de 70 % de l'opinion britannique est contre cette
aventure totalement injustifiable. Le plus grand Judas de l'Europe ne peut
être que Blair.
Claude : Tu frappes juste. Ce qui
arrive amènera peut être la fin de la marionnette Blair. Je ne peux plus le
blairer celui-là malgré que je vois en lui un homme très fort
électoralement. A-t-il des positions personnelles sur la politique
internationale ou n’est-il que le répéteur officiel de ti-Bush? Par contre,
quelquefois, je me demande si sa réaction positive à ti-Bush n’est pas en
réalité une réaction à la position de la France. Je crois qu’il s’est décidé
après que Chirac eu annoncé qu’il favorisait une action contre l’Irak à la
condition que les Nations Unies le décident par une résolution au conseil de
sécurité. Jusqu’à ce moment là, Blair n’avait pas bougé, ou du moins
publiquement.
Mansour : Je sais que l'Angleterre a
toujours été contre une Europe unie, car cela diminuerait son importance à
travers le monde. Je crois que Blair sera le dernier chancelier anglais à
avoir cette prérogative de pouvoir ralentir la construction d'une véritable
union européenne, économique, sociale et politique.
Claude : Je crois que tu auras raison à
long terme mais cela prendra beaucoup de temps avant l’union du Royaume-Uni
et la communauté européenne. Il y a une animosité qui persiste depuis
toujours entre la France et l’Angleterre. L’histoire de ces pays s’est
écrite dans des guerres entre eux, où chacun remportait des victoires à tour
de rôle sur l’autre, et ils s’échangeaient des terres et des populations
dépendant du résultat de chaque conflit. Je me rappelle aussi les attitudes
de De Gaulle envers les Anglais et j’ai compris Churchill au début de la
guerre de n’accorder que peu d’importance au général. Mais alors que les
stratégies finales s’élaboraient et que la résistance française rendait de
plus en plus de services importants aux alliés, je ne comprenais plus
Churchill, ni Roosevelt d’ailleurs, de chercher toujours à abaisser la
stature du général et même chercher à le remplacer comme on a vu à Alger.
J’aurais pensé que cela était fini mais si je me fies à mes
observations, très superficielles je l’admets, depuis que je vis en France
quelques mois par an, il me semble que les Français n’aiment pas
foncièrement les Anglais et que ces sentiments sont vice-versa. Le vrai
problème de l’intégration de l’Angleterre dans la communauté européenne
vient du fait que cette animosité est encore trop vivante et trop grande. Un
ou l’autre ne veut pas être dominé par l’autre. Est-ce que je me trompe ou
est-ce que mon opinion est trop simpliste ? Voilà une question pour toi au
moment ou je termine mes commentaires.
À
la prochaine.
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