Montréal, le vrai problème
 

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jeudi 12 juillet 2007

 

Montréal, le vrai problème

Triste


Tout le branle-bas actuel en rapport avec le maire de Montréal a commencé en 1986. C’est lors de la campagne électorale municipale, de cette année-là, que le parti municipal RCM avec à sa tête Jean Doré, candidat à la mairie, proposa de refaire les structures administratives de la ville de Montréal en craquelant le territoire de la métropole en arrondissements. Ces nouvelles entités devaient obtenir des pouvoirs étendus et permettre la décentralisation « démocratique », disaient les proposeurs, des décisions.   

 

Le RCM, fort de ses 25,000 membres majoritairement anti-Drapeau, prétendait que le maire avait trop de pouvoir et était devenu un « dictateur ».  C’était une analyse de petits politiciens qui cherchent à prendre le pouvoir et qui inventent de toutes pièces de faux problèmes.

 

Drapeau, le plus grand maire que Montréal ait eu, a été le fondateur du Montréal moderne. Expo 67, JO 76, Métro ne sont que la tête de l’iceberg de ses réalisations. Malheureusement, il dut quitter, pour des raisons de santé, la scène municipale en 1986 et le parti Civique de Montréal, le PCM, arrêta son choix sur le soussigné pour le remplacer, suite à une convention pour l’élection d’un nouveau chef.

 

Familier avec le programme du RCM, j’étais en désaccord avec un très grand nombre de points, dont la brisure de Montréal en morceaux. Dès les premiers jours de la campagne, j’accusai Doré de proposer la désorganisation de Montréal et pour imager mon opposition j’arguai que le maire voulait construire des hôtels de ville dans chaque quartier. Il était clair, pour moi, que cela changerait le centre de décision et que les dépenses de la ville augmenteraient radicalement.

 

Avant le jour de l’élection, Doré crut nécessaire d’annoncer un nouveau programme électoral par lequel il mit la pédale douce en rapport avec les pouvoirs des arrondissements. Il fut élu et créa les arrondissements avec des pouvoirs très limités.  

 

Après Doré, vint Pierre Bourque. Partisan d’une ville forte, le nouveau maire préconisa la fusion de toutes les villes de l’île à Montréal. Il exprima sa vision d’un Montréal fort avec un centre de décision important. Pour lui, le développement de Montréal nécessitait une telle politique.

 

Puis le PM québécois Bouchard força la fusion. Ayant vécu de nombreuses années en banlieue, je connaissais l’attachement des citoyens des villes voisines pour leur patelin. Je ne fus pas surpris de leur opposition au projet de Québec. La réalisation de ce projet ne changea pas ce sentiment local et une nouvelle bataille pour la dé-fusion s’engagea dès les premiers jours de la fusion.

 

Un nouveau parti municipal fut créé, Gérald Tremblay en devint le chef et promit d’aider à rétablir les pouvoirs des municipalités anciennes. De plus, il fit alliance avec le RCM qui apporta avec lui son projet d’arrondissements, forts et puissants.Tremblay fut élu maire malgré le vote d’une majorité de Montréalais pour Bourque. Il devait sa victoire aux ex banlieues.

 

Le maire Tremblay nomma d’anciens membres du RCM à l’exécutif de la ville. Puis vint le référendum pour la dé-fusion. C’est alors que Tremblay changea sa politique et s’opposa au démembrement de sa ville nouvelle. Pour favoriser un vote pour la conserver intacte, il proposa de réorganiser la ville en arrondissements avec chacun un maire et des conseillers possédant des pouvoirs de décision et de gérance. Ce fut là son erreur.

 

Depuis, c’est la pagaille. Le désordre s’est installé. La confusion a suivi. Et les citoyens, les investisseurs, les promoteurs, ceux qui ont besoin de permis, d’aide, de la collaboration des services municipaux, et encore, subissent des attentes, des retards, des remises de décisions dont ils ont besoin pour agir. Rien ne va plus. Tout le monde se plaint des roitelets qui trônent avec solennité sur leurs arrondissements.

 

Le maire et l’exécutif ont perdu leur pouvoir de décision sur une grande partie des sujets qui ont rapport avec le meilleur intérêt de la ville. On ressent que Tremblay n’a pas la mainmise des maires passés sur tout ce qui se passe dans sa ville. Il a perdu l'autorité normale qu'un maire de Montréal a toujours eue.

 

La structure des arrondissements doit être revue. Il ne s’agit pas de l’éliminer mais d’assurer que le maire de Montréal et son exécutif peuvent agir pour que les citoyens soient bien servis en tout temps.

 

Le brouhaha autour du maire et les insinuations sur sa personne qui éclatent de tout côté viennent d’un problème plus profond que la supposée inefficacité du maire Tremblay.  Celui-ci est un homme de qualité, simple, non vindicatif, un peu brouillon dans la mise en priorité de ses projets et qui se veut rassembleur. Il a fait une erreur dans la restructuration de la métropole. J’espère qu’il saura prendre l’initiative de la corriger, dans son intérêt et dans le nôtre.

 

Claude Dupras