le 3 octobre 2008
Les débats
Deux débats politiques en deux jours ! Un en français, l’autre anglais. Pour ceux qui aiment la politique, ils ont été servis à souhait surtout qu’au même moment avait lieu le débat des candidats à la vice présidence américaine.
Les deux débats canadiens regroupaient les chefs de parti : le PM Stephen Harper du parti conservateur, Stéphane Dion du parti libéral, Jack Layton du nouveau Parti Démocratique, Gilles Duceppe du Bloc Québécois et enfin Élizabeth May du parti vert. Ce fut intéressant, révélateur et ces discussions ont permis aux Canadiens de mieux connaître et d’évaluer les enjeux politiques actuels.
Qui a gagné ? Difficile à dire. Aucun candidat n’a réussi à créer le consensus autour de sa personne.
Néanmoins, Mme May a surpris. Peu connue, nous avons découvert en elle une personne intelligente, bien renseignée, sensible et compréhensive des besoins de ses compatriotes et du monde. Malheureusement, son parti n’a aucune chance de remporter un siège à la Chambre des Communes. J’aimerais bien qu’elle puisse gagner le sien à Halifax contre le ministre de la défense nationale, Peter Mackay, car nous avons besoin d’une telle députée au parlement canadien.
Gilles Duceppe a très bien fait dans les deux débats. Sa longue expérience l’a bien servi. Il connaît tous les dossiers à fond et a mis l’accent sur des arguments réalistes. Il a gagné des points et le Bloc a repris du poil de la bête. S’il maintient son élan actuel, il empêchera le parti conservateur de gagner des sièges nouveaux et d’obtenir, probablement, la majorité parlementaire que le PM recherche. Ceux qui ont prédit la fin du Bloc, se mordront encore les pouces !
La prestation de Jack Layton fut à la hauteur de ses convictions. Il défend bien les travailleurs canadiens qu’il représente. Son parti grimpe dans les sondages, 18% aujourd’hui, et il remportera de nouveaux sièges. Lui et Duceppe ont bien défendu les secteurs manufacturiers du pays qui souffrent actuellement au Canada suite à l’augmentation de la valeur du dollar CDN et du laisser-faire du gouvernement dans ce cas précis. À ma surprise, en réponse, le PM Harper a affirmé que les milliers d’emplois perdus seraient irrécupérables et que sa politique est d’en créer de nouveaux dans d’autres domaines. En somme, il prédit que le Canada ne sera plus dans les domaines du papier, des produits de bois, du textile, et peut être même bientôt de l’automobile. Pour lui, tout est perdu. À mon avis, sa position est ridicule. Duceppe et Layton ont eu raison de dénoncer son attitude négative et lâche.
Stéphane Dion a bien fait. Il a surpris les Québécois par la clarté de ses arguments et la valeur de son programme politique. Il a fait preuve de courage politique. Il a bien défendu son projet de « taxe sur le carbone ». En anglais, ce fut moins évident à cause de ses difficultés avec la langue anglaise mais les journaux de Toronto rapportent qu’il a quand même bien fait. Il a attaqué souventes fois le PM et a bien dénoncé les mensonges que colporte ce dernier en rapport avec la taxe sur le carbone. Il a mis l’accent sur la grande valeur des membres son équipe.
Le PM Stephen Harper a désappointé. Attaqué de toutes parts, il n’a pas réagi et même durant le débat français, je me demandais s’il n’allait pas s’endormir (j’exagère évidemment). En anglais, il a été plus actif mais encore-là il ne s’est pas défendu comme il aurait dû. De tous les débats que j’ai suivis dans ma vie sur le plan national, c’est la première fois que je vois un premier ministre être si mou et montrer si peu d’énergie. Par son attitude, il a démontré du mépris pour ses adversaires. Poussé par Duceppe, il a finalement admis avoir fait une erreur en proposant que le Canada s’engage dans la guerre en Irak. Son exaltation pour le militarisme est ressortie au grand jour. Heureusement, qu'il n’était pas PM à ce moment-là. En tout cas, Harper a manqué l’occasion de démontrer les raisons qui militent pour qu’il obtienne une majorité parlementaire.
Le PM Harper n’a pas dit la vérité, lors des débats, sur la question de l’économie canadienne et des menaces qui la guettent. Pour lui, la grave crise américaine n’a rien à voir avec le Canada parce qu’ici tout est beau et bien régulé. Il est le seul qui a une telle opinion. En Europe, les chefs des pays riches se rencontrent demain pour faire face à la récession qui a déjà commencé à s’implanter dans leur économie et pour se préparer à résister aux conséquences de ce qui se passe aux USA. J’espère que les Canadiens verront cette manœuvre du PM pour cacher la vérité. Il sait, mieux que quiconque, que tout cela peut rejaillir négativement sur son parti en pleine campagne électorale. Il ne veut pas que les Canadiens pensent qu’ils sont en danger. Ils le sont. C’est là le problème. Il nous faut connaître la vérité. Il nous faut penser à nos emplois, nos salaires, nos investissements et nos pensions. Seule la vérité nous permettra de réagir à temps pour réaligner nos stratégies personnelles.
Le PM proposera, enfin, au cours de la semaine prochaine, son programme politique. De plus, quotidiennement, il annoncera des programmes d’aide aux Canadiens. Ce seront de petites promesses bien ciblées, qui visent à apporter à son parti des poches de votes, ici et là, comme la bourse de $2,000 $ qu’il vient de promettre à toute jeune personne qui termine ses cours aux écoles techniques. Ces engagements qui n’auront rien à voir avec les vrais problèmes, l’économie, l’environnement, la santé, l’emploi… ne sont que de l’électoralisme bas pour créer des illusions éphémères.
À ce jour, il semble que le parti conservateur reviendra minoritaire au parlement. Si la vérité sur l’économie est enfin révélée aux Canadiens, il le sera sûrement. Si sa campagne de petits cadeaux apporte ses fruits, il a une chance de devenir majoritaire. C’est en Ontario et en Colombie Britannique que cela se décidera. Là, les courses se corsent alors qu’au Québec, le Bloc semble jouir d’une belle avance et le parti libéral remonte. Mais qui sait…
Claude Dupras