le 6 octobre 2008
Le vrai Harper
Le masque tombe ! Et le visage que découvrent les Canadiens les surprend. Le PM Harper est décevant. Les sondages le prouvent. De 42% en début de campagne, les appuis au premier ministre et à son parti conservateur se situent aujourd’hui à 32%. Une diminution de 10%... en trois semaines de campagne.
Après à peine deux ans et demi de pouvoir à la tête d’un gouvernement minoritaire, il était logique de prévoir que le parti conservateur du Canada deviendrait majoritaire. L’ex-PM unilingue anglais Diefenbaker en 1958 n’avait-il pas, après un stage minoritaire au pouvoir, remporté une forte majorité à l’élection suivante dont 50 sièges au Québec. Le PM Harper avait tout en main pour réussir ce défi : un parti uni, bien financé, représenté partout au Canada et le vent dans les voiles au Québec. L’opposition était divisée. Le parti libéral et son nouveau chef, Stéphane Dion mal perçus par les souverainistes québécois, portaient encore les stigmates du scandale des commandites, la pertinence du Bloc Québécois à Ottawa était questionnée par les leaders du mouvement séparatiste québécois, le NDP n’était pas un parti de pouvoir et la chef du parti Vert était inconnue.
Qu’arrive-t-il ? Je crois que c’est le bon sens des Canadiens qui s’exprime. La majorité d’entre eux n’ont pas oublié la politique militariste du premier ministre et sa décision d’étendre la participation du pays à la guerre en Afghanistan jusqu’en 2011 ni leur désappointement lorsqu’Harper a décidé de ne pas respecter la signature du Canada sur l’accord de Kyoto pour la protection climatique de notre planète.
Il a aussi une kyrielle d’autres décisions et de prises de positions du PM Harper (voir mon blog du 1er janvier 2008) qui ont bousculé les Canadiens et demeurent dans leur subconscient, dont : le non-respect de la loi sur les langues officielles, la modification du mode de représentation à la Chambre des Communes, l’abolition du registre des armes, les lois fascistes pour incarcérer les jeunes, l’intervention dans le choix des juges, l’approche antisociale du gouvernement, l’exploitation accélérée des sables bitumineux, la position unilatérale du Canada sur le conflit palestinien, l’inaction envers les secteurs manufacturiers et forestiers, la valeur du dollar canadien, la baisse de réputation du Canada dans le monde…
Aujourd’hui, la crise économique et la récession mondiale imminente sont de première importance. Aux débats, le PM Harper a nié que le Canada soit en danger. Il copie à nouveau GWBush qui vient de faire adopter un trillion de $ d’aide à l’économie américaine, une semaine après avoir affirmé qu’elle était solide. Si on se base sur ce qui se passe autour de nous, on peut dire qu’il nous ment.
L’Irlande, le Danemark et la France, se sont hier déclarés en récession et cela à cause de la crise américaine.
Ici, la Banque du Canada vient d’injecter d’urgence 20 milliards de $ dans les marchés financiers pour chercher à alléger les problèmes de crédit qui assaillent de plus en plus les institutions financières canadiennes et mondiales. Les banques du pays hésitent à se prêter entre elles, ce qui est essentiel pour un système de crédit qui fonctionne. Comme le coût de l’argent grimpe, réduisant ainsi leurs profits et leurs capacités de prêter, ce sont les entreprises et les familles qui subiront les augmentations de coûts de leurs emprunts.
L’économiste-en-chef de Merrill Lynch Canada, David Wolf vient d’affirmer que « le Canada est de moins en moins isolé des tensions financières mondiales ». Hier, la Banque de Nouvelle-Écosse du Canada a écrit à ses clients pour les aviser qu’une récession est imminente et qu’elle sera marquée par une baisse de construction de maisons familiales, une baisse dans les exportations vers les USA et une augmentation du chômage.
Les plus grands économistes canadiens se sont réunis d’urgence ce matin à Toronto pour discuter des conséquences de la crise. Ils prédisent que la croissance économique canadienne tombera radicalement… à presque rien. Ils sont clairement alarmés.
Les entreprises manufacturières et forestières qui ont de très gros problèmes les verront s’accentuer avec les frais additionnels de crédit. L’Ontario et le Québec, qui ont déjà perdus 400,000 emplois dans ces domaines, souffriront davantage.
La valeur des maisons à Toronto a baissé de 6% en septembre. Cela se répandra vite ailleurs au pays. Avec la baisse des marchés, la valeur nette des propriétaires, qui sont généralement très endettés, diminuera chaque jour. La récession risque d’être difficile pour eux.
On prédit que le coût des hypothèques augmentera, que les emprunts bancaires seront difficiles à obtenir, que les taux de crédit croitront, ceux des cartes de crédit aussi, que les taux de rendement sur les placements seront plus bas, que l’achat ou la location d’un automobile seront plus élevés, etc. Sans oublier l’augmentation des produits pétroliers et des coûts de chauffage.
Ça ne sent pas bon. Ce matin, à Ottawa, le PM Harper a affirmé : « La banque de Nouvelle-Écosse est pessimiste ». Tout admettant « je ne peux quand même pas dire, en pleine campagne électorale, que le Canada va vers une récession ». À nous Canadiens de juger.
Claude Dupras