Le scénario du pire
 

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vendredi 4 novembre 2005

le scénario du pire

Coquin

 

Les commentaires que j’ai reçus depuis qu'a paru mon blog « le Québec, une nation dominée » varient du tout au tout. Quelques uns disent que je prends mes désirs pour des réalités car le niveau de soutien à la souveraineté a rejoint le point culminant de l'après Meech. Certains ne voient que le scénario du pire. Je le résume :

 

1. On ne peut être optimiste sur les chances de Martin de se faire reporter au pouvoir avec une majorité.

 

2. On ne peut être optimiste sur l'avenir du pays, car le Bloc Québécois va gagner plusieurs sièges aux prochaines élections à cause de l'effet Gomery et du déchirement entre libéraux accentué par les conséquences du rapport Gomery.

 

3. Une représentation quasi exclusive du Bloc à Ottawa va créer une situation inédite favorable à la souveraineté. C’est la première étapequi va délégitimiser les partis fédéralistes au Québe et le fédéralisme lui-même aux yeux des Québécois (les souverainistes auront réussi à Ottawa ce qu'ils n'ont pas été capables de réussir au Québec).

 

4. À Québec, Charest s'affaiblit de jour en jour. Le PQ a beau être nul, il progresse de fois en fois dans les sondages, à l'instar de la souveraineté. Autrefois, c'est le PQ qui tirait la souveraineté dans les sondages. Aujourd'hui, c'est la souveraineté qui tire le PQ ! La donne a complètement changé.

 

5. Le contexte est aujourd'hui très différent. Le niveau de scepticisme et de méfiance à l'endroit du fédéral est beaucoup plus grand, Charest n'a pas le contrôle sur le jeu qu'avait Bourassa, et il n'y a aucune proposition sur la table.

 

En somme, ils me disent que pour ceux qui croient que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, il y a de la surprise et de la déception dans l'air.

 

Les effets du premier rapport Gomery s’estompent vite. Il reste encore les criards du Bloc qui s’époumonent pour impressionner mais plus ils sont enragés moins les Québécois les croient. Ceux-ci ont compris que Martin et les membres québécois de son cabinet a été exonérés. Plusieurs donnent crédit à Martin d’avoir créé la commission Gomery et d’avoir pris des mesures drastiques depuis pour corriger la situation et punir les vrais coupables. Le rapport prouve bien que le scandale est clairement l’affaire d’une bande de tricheurs malhonnêtes. D’ailleurs les sondages, qui ont précédé le rapport, indiquaient une remontée spectaculaire, et impensable quelques mois auparavant, pour Martin au Canada et pour son parti au Québec (il a atteint 34%). Cela indique bien que les Québécois sont capables de faire la part des choses. J’avais alors rencontré plusieurs Québécois qui me disaient avoir une bonne opinion de Martin alors que quelques mois auparavant ils le trouvaient insignifiant. Ils étaient même surpris de leur changement d’opinion. Ce n’est donc pas par erreur que le dernier sondage donnait une majorité à Martin.

 

Le sondage des prochains jours devrait indiquer un recul pour le parti libéral, en réaction à la publication du rapport, mais je crois que ce sera temporaire. Ce ne sera pas facile pour Martin, et même s’il ne remportait qu’une minorité renouvelée, ce serait très bon étant donné les circonstances. Je ne serai pas surpris d’un tel résultat car depuis la crise des commandites, Martin a démontré qu’il est un fin stratège politique. Il a les airs d’un gagnant. Quant au Bloc, il est loin d’être certain qu’il augmentera son nombre de députés. Du côté de mon parti, le parti conservateur, il n’est pas dans le coup au Québec et devra attendre une autre élection pour y faire sa marque. Mais sur le plan national, il peut surprendre beaucoup de monde et devenir le parti minoritaire à la chambre des communes si Harper mène une bonne campagne. Cependant, mon opinion vacille car sa stratégie n'a pas été à la hauteur lorsqu'il a eu la chance de renverser le gouvernement en juin dernier.

 

Pour moi, la réaction subite des Québécois en faveur de la souveraineté a été justement cela, une réaction. A toute action il y a une réaction, c’est un élément de la physique. Nous étions tous révoltés profondément devant l’envergure du scandale des commandites et prêts à accuser tous ceux qui gouvernent notre pays. Depuis, la poussière est retombée et nous voyons plus clair. La ferveur souverainiste a diminué en conséquence et continue sa descente. Il ne me semble pas possible qu’après 10 ans à 35%, elle se maintienne soudainement à plus de 50%. Je crois que pour les séparatistes  "il y a de la surprise et de la déception dans l'air". De plus, le parti Québécois proposera à la prochaine élection de tenir un référendum rapidement. Ce sera là sa perte car les Québécois en ont soupé des référendums. Je ne crois pas que les déchirements au PQ durant son congrès au leadership vont lui nuire, mais je pense, par contre, que le nouveau chef ne sera pas à la hauteur de la confiance des Québécois. Ça ne s’annonce pas bien, en tout cas.

 

Pour terminer ce blog, je veux parler du PM Charest. Il est vrai que les sondages le placent très bas et que les choses ne s’améliorent que très lentement. Je veux rappeler que c’était ainsi dans les mois qui ont précédé la dernière élection provinciale. Un très grand nombre de Québécois disaient même que le parti libéral devait changer de chef car on ne parlait pas de lui et ils déploraient que son parti soit au troisième rang derrière l’Action Démocratique et le PQ. On sait ce qui est arrivé. Je crois que Charest fait son boulot. Il a réglé plusieurs des problèmes que nous connaissions dans nos hôpitaux. Il tient tête aux revendications irraisonnables des syndicats. Il est responsable par rapport au budget du Québec et a maintenu la cote financière haute. Il obtient des succès sans précédent dans ses négociations avec le gouvernement fédéral.

 

De ce côté là, son agenda est chargé et on constate qu’il progresse positivement. Pour la première fois, il a obtenu des milliards de dollars et cela « sans conditions » lors des discussions sur la santé et récemment sur celles des crèches. Ni Duplessis, ni Lesage, ni Johnson (le père), ni Lévesque, ni Bourassa, ni Pariseau, ni Bouchard, ni Landry n’ont pu obtenir cette concession si importante pour l’autonomie du Québec. Ces nouveaux acquis auront pour effet de diminuer sensiblement la méfiance qui a toujours existé chez nous envers Ottawa.

 

À mon avis, le malheur de Charest est qu’il n’explique pas suffisamment ce qu’il fait. Les Québécois, distraits par tout ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui, sont loin des subtilités des relations fédérales provinciales et de l’administration de la province. Entre les périodes électorales, ils se laissent ballotter par les courants, mais heureusement ils écoutent en période électorale, et c’est là que Charest est à son meilleur degré de persuasion.

 

L’expérience passée m’incite à rejeter le scénario du pire. D'où je suis, l’horizon annonce du plus beau temps.

 

Claude Dupras