Un ami algérien m’écrit le message que je reproduis ci-après, pour l’information de mes lecteurs. Il démontre bien la pensée actuelle des arabes du monde face à la situation en Palestine :
« Cher ami
Je viens de voir à la télévision une conférence de presse des représentants du soi-disant quartet (l'ONU, les USA, l’Europe et organisée par la secrétaire d’état américaine Condileeza Rice. J'ai été absolument malade par toutes les déclarations de ces représentants.
Chaque déclaration se limitait à tout ce que les Palestiniens et même le reste du monde arabe devraient faire pour enfin régler ce conflit et mettre fin à l'occupation israélienne des territoires palestiniens. En aucun moment, je n'ai entendu quelqu'un demander à Israël d'arrêter ses agressions continues ou d'arrêter sa politique de construction de nouveaux établissements israéliens à travers les territoires occupés palestiniens.
Mieux encore les représentants des USA en particulier et de l'Europe bien entendu n'ont pas cessé d'accuser les mouvements palestiniens d'actes terroristescontre Israël, mais ne font aucune allusion aux centaines de civils palestiniens tués tous les jours à Gaza et sur la rive gauche du Jourdain.
L'image finale que m'a laissée cette conférence c'est que ce n'est pas la faute d'Israël si la paix n'existe pas au Moyen Orient mais la faute des Palestiniens, des Syriens et du reste du monde arabe qui refusent de reconnaître l'existence de l'État d'Israël. Pourtant. même les Palestiniens acceptent l'existence de ce pays. Ils ne demandent que leur propre liberté et la fin de l'occupation de leurs pays par Israël, qui certainement n'a pas besoin de la certification des pays arabes pour démontrer son existence. C'est l'inverse qui est en fait la réalité d'aujourd'hui ».
Pour commenter le message de mon ami, j’ai pensé faire un court historique de la situation en Palestine et en Israël.
La patrie des juifs dans l’Antiquité était la Judée. Conquise par les Romains, qui la renommèrent Palestine, elle fut reprise par les arabes qui y habitent depuis plus de 1,000 ans.
Au 19ième siècle, le mouvement sioniste fut créé avec l’objectif de réinstaller les juifs en Palestine, nonobstant la présence des arabes. Il réussit à convaincre, en 1917, la Société des Nations d’y établir un « foyer national » pour le peuple juif. Les arabes réagirent vivement par des émeutes et une révolte importante au point que le Royaume Uni, à qui le mandat fut confié, mit fin à l’immigration juive en Palestine.
Après l’épouvantable holocauste de la deuxième guerre mondiale, la pression devint grande sur la Grande Bretagne pour autoriser à nouveau la venue des juifs en Palestine. Ce sont les Nations Unies (successeur de la Société des Nations) qui, en 1947, prirent la relève et votèrent, suite à la « nuit des grands couteaux », le partage de la Palestine entre les arabes et les juifs par un vote de 33 voix (aucune arabe) pour, 13 contre et 10 abstentions.
Trois états étaient créés : la Palestine, Israël et Jérusalem. À ce moment-là, la Palestine (non divisée) était composée de deux tiers d’arabes et d’un tiers de juifs. Les arabes possédaient 93% de la propriété foncière.
Les pays arabes n’acceptèrent pas la résolution de l’ONU et déclenchèrent la guerre de 1948. Les juifs remportèrent une victoire décisive et en profitèrent pour agrandir leur nouveau pays. Les arabes rejetèrent toute solution de paix et les conflits se succédèrent en 1956, 1967, 1973, 1982 et depuis par les raids terroristes et les représailles israéliennes.
Jérusalem devint partie d’Israël après la « guerre de six jours ». Suite à toutes ces guerres, plus de quatre millions d’arabes se retrouvèrent réfugiés et végètent depuis dans des camps dans leur propre pays et les pays arabes voisins. Ils ont perdu leurs terres, leurs maisons et leurs racines.
En 1988, Yasser Arafat, chef de l’Organisation de Libération de la Palestine, accepta de négocier avec Israël une fin à toutes ces chicanes. Il renonça aux actes terroristes et reconnût l’État d’Israël. Les accords d’Oslo furent signés. Le calme revint.
Mais les Israéliens continuèrent à coloniser sauvagement les terres du côté palestinien. Ils s’opposèrent au retour des réfugiés de crainte de perdre la majorité et de mettre en péril l’État d’Israël. La riposte fut l’Intifada.
Puis vint le PM israélien Barak qui se rendit jusqu’à Washington avec Arafat rencontrer le président Clinton qui voulait à tout prix régler le différent israélo-palestinien. Malheureusement, Arafat ne se senti pas suffisamment appuyé par les siens pour accepter la bonne proposition de paix de Clinton.
À son retour, le conflit reprit de plus belle et l’OLP reconnût qu’elle était incapable d’arrêter la violence qui ne faisait que croître.
C’est alors qu’Ariel Sharon arriva à la tête du gouvernement d’Israël. Dur parmi les durs, il engagea une répression israélienne intense, sauvage et hors de proportion par rapport aux actes terroristes commis par la résistance palestinienne.
Finalement, il fit construire un très haut MUR (toujours en construction) autour du territoire de ses ennemis en empiétant sur leur territoire et en coupant l’accès à leurs champs, à leurs oliveraies et aux autres villes. Plusieurs ghettos furent ainsi créés.
Suite à la mort d’Arafat, les Palestiniens élurent Mahmoud Abbas comme président. Il proposa le retrait israélien des territoires palestiniens, le retour des réfugiés, la trêve (l’Intifada a pris fin), la démocratie, la fin de la corruption, la sécurité intérieure, la libération de milliers de prisonniers palestiniens, l’accès sécuritaire aux travailleurs, l’ouverture des frontières, des négociations pour établir le statut final de ces frontières, etc. Il invita le mouvement de résistance Hamas (les USA et le Canada le qualifient de terroriste) à oublier la violence et à participer aux élections. Il réclame, aujourd’hui, la démolition du MUR.
L’élection fut démocratique, le Hamas gagna et son chef devint Premier ministre. Mais cette victoire surprise ne fut pas certifiée par les USA, le Canada, la France et d’autres sous prétexte que le Hamas refuse de reconnaître la légitimité d’Israël. Depuis, la répression israélienne continue de plus belle.
Le quartet cherche à faire respecter « la feuille de route » américaine. Et même si lors de la conférence télévisée, qu’a vue mon ami algérien, il a semblé y avoir de l’uniformité dans les déclarations, ce n’est pas le cas dans la réalité. Il y a de profondes divergences, comme par exemple sur le rôle de la Syrie dans le dénouement de cette affaire. Le quartet devrait aussi tenir compte des propositions de la Ligue arabe.
Je suis d’accord avec mon ami que les représentants du quartet ont erré en plaçant publiquement tout le fardeau du conflit sur les dos des Palestiniens.
Ils ne sont pas les seuls responsables, comme je viens de le décrire. Tous ces troubles découlent des efforts du mouvement sioniste et de la résolution onusienne de 1947. Ils viennent aussi du fait que les arabes du temps n’ont pas su reconnaître l’importance pour les juifs d’avoir un « foyer national » ni respecter la résolution.
À mon avis, le temps n’est pas à établir les torts mais à trouver des solutions afin que les peuples Israéliens et Palestiniens puissent partager la paix et que les droits de chacun soient respectés.
C’est Itzhak Rabin alors Premier ministre d’Israël qui disait après les accords d’Oslo: « le peuple israélien a prouvé qu’il est possible de faire la paix... La paix est d’abord dans nos prières, mais elle constitue aussi l’aspiration du peuple juif, une aspiration sincère à la paix ». Il fut assassiné dans les minutes suivantes.
Claude Dupras