jeudi 22 mars 2007
Le pire Premier Ministre du Québec
Gêné
Bernard Landry, l’ex PM du Québec, vient de déclarer pompeusement que Jean Charest a été le pire premier ministre du Québec de tous les temps. Quel petit politicien ! Lui, qui n’a jamais été élu à ce poste mais nommé, a frappé Charest sous la ceinture, lors d’un cocktail-bénéfice de son parti, et a justifié sa thèse en présentant une argumentation boiteuse, contraire à la réalité et… malhonnête.
Il a déjà oublié que les Québécois lui ont dit clairement et majoritairement, à l’élection générale, il y a quatre ans, de retourner chez lui car ils en avaient assez de son leadership. Il oublie qu’il fut rejeté par ses propres membres et dut démissionner comme chef du Parti Québécois parce qu’un trop grand nombre de délégués au congrès du PQ qui suivit lui votèrent la défiance. Il oublie qu’il y a à peine quelques mois, il espérait que son chef André Boisclair trébuche pour le remplacer et qu’il complotait dans les coulisses pour atteindre son objectif.
Quant à moi, je crois que l’on doit juger un homme par ses actions. Et, celles de Landry à la tête du gouvernement ne sont pas très roses et quelques unes sont simplement scandaleuses.
Prenons, par exemple, le projet de Papiers Gaspésia Ltée. Pour assurer l’élection de députés du PQ de la Gaspésie à l’élection qui devenait imminente, le projet fut lancé par le gouvernement Landry, financé en majeure partie par lui et sa réalisation organisée aussi par ce même gouvernement.
Avec une enveloppe budgétaire de 500 millions $, le projet connaissait des dépassements de 265 million $ lorsqu’il dû être arrêté définitivement par le nouveau gouvernement de Jean Charest.
L’ex-juge de la Cour Supérieure Robert Lesage fut appelé a présider une commission d’enquête sur ce projet et a déposé son rapport en mai 2005.
Mon expérience dans la construction m’a permis de bien comprendre le contenu du rapport. Je crois dans ses conclusions. Il met le doigt sur un problème structurel réel. Les données des rapports techniques des experts démontrent clairement le trafic d’influence des syndicats québécois. Les recommandations sont importantes puisqu’elles touchent, entre autres, l’intervention de l’État dans la construction d’un projet qu’il finance, la gestion des fonds de travailleurs et les lois qui régissent les relations de travail.
J’y vois beaucoup de similitude avec l’incroyable scandale des commandites qui a ébranlé le gouvernement du Canada quant au rôle des politiciens, à l’ordre de grandeur des montants d’argent investis, au manque de contrôle du projet, au trafic d’influence exercé et aux dépassements de coûts exorbitants.
De plus, le projet fut mal réalisé et la centrale syndicale FTQ (grande amie de Landry) y a joué un rôle anormalement grand et exclusif. Le rapport dit: « elle a empêché des travailleurs du Bas Saint-Laurent et de la Gaspésie, membres d’autres organisations syndicales, d’y travailler. Leurs droits au travail et de choisir leur organisation syndicale, un droit bien implanté dans la construction, ont été bafoués ».
L’équipe de gérance pour la réalisation du projet n’avait pas un leader avec suffisamment d’autorité et d’influence morale pour exercer son pouvoir et contrôler les intervenants (évidemment la FTQ ne voulait pas un chef de projet fort).
Ce fut un événement important qui, en plus de salir les hommes politiques, les juges, le monde syndical et celui de la construction, a terni le travail d’aide et de support du gouvernement pour les régions québécoises.
Suite aux attaques d’un ministre libéral dénonçant le rôle de l’ex-premier ministre Landry dans ce scandale, celui-ci nia tout et se justifia en prétextant que l’ex juge Lesage a trempé dans un complot politique pour dénigrer, lui, son gouvernement et son parti. Quel intérêt peut avoir un ex juge de la Cour Supérieure, à la retraite, et dont la réputation est sans tache, d’agir ainsi? C’est un faux-fuyant ridicule et une attaque indigne contre la justice.
Au pouvoir, Landry a dilapidé des centaines de millions en dépenses inutiles pour fins électoralistes et a démontré que sa colonne vertébrale s'affaiblissait devant les demandes de la FTQ, le « petit ami » de son parti politique. Seules comptaient pour lui l’image et les illusions reflétées dans le public.
Je pourrais conclure, sans broncher, que les faits indiquent que le pire PM du Québec fut justement Bernard Landry. Mais comme je ne les connais pas tous malgré que j’aie lu beaucoup sur les carrières des leaders passés de notre nation, je ne l’affirmerai pas.
Le bilan de Jean Charest est très positif et même s’il n’a pu rempli toutes ses promesses électorales – quel politicien réussit à le faire – il a bien géré et a su se tenir debout pour défendre les intérêts généraux des Québécois, que ce soit lors des conflits syndicaux majeurs durant de son mandat ou dans ses négociations avec Ottawa. Aujourd’hui, à cause de cela, la FTQ et compagnie se vengent en encourageant leurs membres à voter contre le parti libéral.
Mais Charest garde l’admiration de plusieurs pour le courage politique qu’il a démontré lors de ces moments difficiles. Ils se rappellent aussi les résultats positifs et spectaculaires obtenus du fédéral, particulièrement l’entente dite asymétrique qui fut une première dans les négociations fédérales-provinciales. Sa dernière grande victoire en rappport avec le règlement positif pour le Québec du "déséquilibre fiscal" avec Ottawa vient ajouter à sa couronne de lauriers.
Jean Charest n’est pas le meilleur PM que le Québec ait connu – Maurice Duplessis et René Lévesque se disputent ce poste – mais son bilan démontre qu'il a été bon. Je ne peux cependant lui donner de rang. Cependant, il est clair, net et évident qu'il est sûrement à cent coudées au-dessus de l'ex PM Landry.
Claude Dupras