vendredi 30 novembre 2007
Le pays-voyou
Désespéré
J’ai été longtemps membre actif du parti progressiste-conservateur du Canada. Celui-ci était un parti de centre-droit avec des politiques sociales qui correspondaient aux besoins des Canadiens. Après la débandade des années ’90 et sa période de grande noirceur, ce parti est finalement revenu sur la scène fédérale sous le nom de parti Conservateur du Canada. Je suis demeuré loyal à ce nouveau parti même si un très grand nombre de ses prises de positions politiques étaient à l’antipode de celles du défunt PPC.
Les premières politiques du parti PC m’ont refroidi. Sous le contrôle de membres de l’ex parti de l’ouest canadien, le Reform Party devenu Alliance Canadienne, le nouveau chef, Stephen Harper, se montra, dans un premier temps, prisonnier des politiques passées de ses zouaves. Trop à droite pour moi, il s’alignait en plus, et à ma surprise, sur les prises de position de GW Bush, le président américain maudit.
J’ai critiqué objectivement plusieurs de ses politiques dont l’extension du mandat de l’armée canadienne en Afghanistan, sa position unilatérale dans le conflit Israélo-palestinien, l’approche, teintée de fascisme, du ministre de la Justice dans les modifications qu’il proposait à certaines lois du pays, le développement accéléré des sables bitumineux de l’Alberta, le reniement de la signature du Canada sur le protocole de Kyoto et quelques autres.
Le PM Harper dirige le pays au moment où celui-ci a des surplus financiers extraordinaires, où le dollar s’apprécie, où le chômage diminue, alors que le pétrole se vend à prix fort et que tous les indicateurs économiques sont favorables. Ce n’est pas difficile d’être le leader d’un pays dans de telles circonstances, car cela permet de rembourser la dette, de diminuer les impôts et de faire des promesses à gauche et à droite. Ce sont toutes des mesures populaires qui sont bonnes pour l’avenir d’un politicien.
Mais le PM Harper a mis le pied sur une pelure de banane. Il s’est isolé à la réunion des pays du Commonwealth en Ouganda, la semaine dernière. Il a été un des seuls à s’opposer à l’adoption par tous les pays de cette association d’une résolution fixant des cibles contraignantes pour le combat du réchauffement climatique. Sa position fut tellement choquante, que des chefs d’État ont dénoncé publiquement notre pays. La nouvelle a fait le tour du monde. J’ai même entendu, à la télévision française, lors d’une discussion entre animateurs sur le sujet, le qualificatif « d’état-voyou » pour le Canada.
Notre Canada, qui se retrouve toujours au top des listes qui classent les pays, se retrouve avec une réputation ternie et bon dernier sur le sujet le plus important et le plus capital que notre planète ait connu depuis sa création; le combat contre le réchauffement climatique.
À la prochaine réunion de négociations, en début décembre, à Bali en Indonésie, les Nations-Unies mettent de l’avant les recherches et les études du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le changement du Climat. Un document-synthèse, préparé par ces scientifiques et les représentants de 130 pays, sera présenté aux décideurs convoqués à cette rencontre pour établir les suites à donner au protocole de Kyoto au-delà de 2012.
Évidemment, les USA ont combattu certaines données de ce document et le Canada s’apprête à les suivre. La politique d’environnement des Conservateurs est calquée sur celle des USA parce qu'elle est influencée par le lobby pétrolier de l’Alberta. Contrairement à certains de ses prédécesseurs qui ont tenu tête à ces pressions, le PM Harper ne veut pas s’y opposer. C’est là, le drame de sa vie politique. Il semble prêt à tout hasarder sur ce sujet.
Si le Canada, à Bali, maintient sa position de Kampala, j'estime que le PM Harper risque sa prochaine élection. Je ne crois pas que les Canadiens et les Québécois oublieront cette gaffe. Il a beau bien faire, mais s’il ne comprend pas que notre planète est en danger, nous n’avons pas les moyens de se payer le luxe d’un tel premier ministre.
Claude Dupras