mardi 19 juin 2007
le coup de vent français
Surpris
Les élections législatives françaises ont débouché sur des surprises. Les sondages prévoyaient une vague bleue qui déverserait plus de 400 sièges de député UMP au parti du président Sarkozy. Il en a eu 336 incluant les 22 élus du parti Nouveau-Centre qui lui sont acquis. Les socialistes ont obtenu 185 sièges, soit une quarantaine de plus que prévu.
Ce fut une surprise au point que le soir des élections, à la télé, les représentants de l’UMP avaient des mines de perdants alors que celles des Socialistes étaient gagnantes. Pourtant l’UMP a obtenu une majorité absolue et le président Sarkozy pourra faire voter ses lois et respecter les objectifs de son programme électoral. C’est une grande victoire, refroidie par une douche glacée, mais qui est quand même fort importante.
À moins que ce soit une erreur des sondeurs, et Dieu sait combien de fois ils se sont trompés lors d'élections passées en France, je vois trois raisons principales qui ont fait tourner le vent durant la semaine entre les deux tours des législatives :
. La première est la campagne de la Gauche, et des médias qui l’appuient, à l’effet que la démocratie serait en danger si Sarkozy avait la grande victoire annoncée. Il pourrait faire « voter n’importe quoi » ai-je entendu des leaders socialistes dirent bêtement. Comme si cela était possible dans un régime démocratique comme la France.
De toute façon, les Français ont été touchés par l’argumentation qui favorisait une assemblée nationale mieux équilibrée entre le pouvoir et l’opposition et plusieurs ont voté dans ce sens. Ce n’est pas mauvais comme résultat,mais se faire élire sur un tel argument en dit long sur le manque de programme politique des Socialistes.
. La deuxième découle du débat sur la TVA sociale. Ce sujet a éclaté entre les deux tours et est devenu l’enjeu du 2ième tour. À mon avis, le débat a été faussé volontairement par la Gauche qui a réussi à en tirer profit. Par cette mesure, il s’agit de diminuer les charges aux entreprises, environ 9%, pour diminuer les coûts des produits et en favoriser la vente dans un régime mondial de concurrence extrême. Ce manque à gagner financier serait remplacé par l’augmentation de la TVA (le PM Fillon l’a estimé à 5%). En fait, le produit acheté par un Français serait moins coûteux.
Mais l’opposition ne l’a pas expliqué comme cela et a accusé le président Sarkozy d’augmenter la TVA pour financer ses coupures d’impôts aux riches. C’était de la pure démagogie. Sarkozy cherche à arrêter la délocalisation des entreprises françaises vers le monde. Cette mesure est une partie de la solution.
Malheureusement, elle est difficile à expliquer à l’électeur moyen et les prophètes de malheur sont ceux qui réussissent toujours à l’atteindre dans de tels cas. Plusieurs ont craint cette mesure et ont voté contre Sarkozy.
Nous avons connu au Canada le même débat. Le PM Mulroney a décidé vers la fin de son mandat d’éliminer la taxe de 13% sur les produits manufacturés et a créé la TPS, équivalent de la TVA, à 7% pour combler le manque à gagner. Ce fut un coup de génie.
Ajoutée à la croissance du dollar américain, cette mesure lança nos entreprises manufacturières qui se multiplièrent et vendirent partout dans le monde. Des millions de nouveaux emplois furent crées. Depuis, le Canada connaît des surplus financiers importants et a diminué appréciablement sa dette et les impôts. C’est le seul pays du G8 a avoir annuellement des surplus financiers.
Malheureusement pour le PM Mulroney, les électeurs ne comprirent pas l’importance de cette mesure et le parti baissa à 14% dans les sondages et se classa troisième. « Un politicien qui taxe est un politicien qui se fait battre ». Mulroney démissionna et le parti fut lavé lors de l’élection générale qui suivit, malgré le fait qu’il ait gagné les deux élections précédentes avec de fortes majorités.
. Enfin, la dernière raison qui a affecté le vote UMP fut la prestation du président Sarkozy suite à sa rencontre avec le président russe Poutine au G8. Il s’est présenté ivre devant les micros. C’est un état fort surprenant pour un président français. Je crois qu’il a fait fou de lui.
J’étais gêné en regardant cette scène et je me suis rappelé ses mots durant la campagne à l’effet qu’il ne buvait pas et qu’il n’y aurait que de l’eau à l’Élysée pour lui. Ces images ont fait le tour du monde et ont sûrement nui à sa réputation et à celle de la France.
Plusieurs Français, à qui j’ai parlé de cet incident, m’ont fait valoir que ce n’était pas important et même un peu drôle. Cette réaction m’a surpris. Je crois quand même que plusieurs d’entre eux ont dû voter contre les candidats de Sarkozy à cause de cela. Le soir des élections, en apprenant la défaite du ministre Alain Juppé par une poignée de votes, je me suis demandé s’il n’aurait pas gagné si cette scène disgracieuse n’avait pas eu lieu.
En tout cas, moi pour un, grand admirateur de Sarkozy, j’ai été fort désappointé car cet incident venait ternir inutilement tout le bon travail qu’il avait fait durant la conférence auprès de chacun des leaders mondiaux.
La popularité est fragile et éphémère. Un homme politique ne doit jamais l’oublier.
Claude Dupras