Le corbeau et le renard
 

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samedi 5 juillet 2008

 

Le corbeau et le renard

Triste

Belle fête à Québec pour marquer le 400ième anniversaire de la première ville d’Amérique. Félicitations aux gens de Québec de rappeler au monde entier l’importance de la fondation de leur ville par Samuel de Champlain. En France, où je suis, on en parle beaucoup. Les médias présentent des numéros spéciaux, la télé reflète des images si belles et des commentaires si positifs qu’ils donnent envie aux téléspectateurs de visiter cette ville unique et d’aller à la rencontre de ses citadins. C’est très positif.
 

Ne pouvant être présent, j’ai suivi de près les évènements qui marquent cette fête. Ainsi, j’ai lu le discours du PM canadien Stephen Harper donné le 3 juillet. Beau texte, original, osé et flatteur. Il m’a fait penser à la fable de Jean De La Fontaine, « le corbeau et le renard », où le fin renard voulait le fromage que le corbeau tenait dans son bec : « Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage, se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix des hôtes de ces bois ». Le PM n’y est pas allé de main morte pour cajoler les Québécois et, chemin faisant, a même tenté de refaire l’histoire du Canada.

 

Le PM Harper a évidemment basé son discours sur sa motion adoptée au parlement reconnaissant que les Québécois forment une nation. Cependant, il n’a pas dit qu’il avait, du même coup, coupé les budgets pour la protection de la langue française au pays ni souligné ses mesures et ses nominations qui vont à l’encontre des objectifs des gouvernements passés pour assurer la promotion de la culture française au Canada et le développement des communautés francophones partout au pays.

Après avoir obtenu sa proie du corbeau qui voulait montrer sa belle voix, le renard dit : « Mon bon monsieur, apprenez que tout flatteur, vit au dépens de celui qui l’écoute : cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »  C’est justement ce qui arrive au Canada.

 

Le dernier sondage de Decima Research, une des meilleures organisations du genre au pays, indique que 44% des répondants veulent un prochain gouvernement libéral et seulement 37% espèrent la réélection du gouvernement conservateur. La tendance a changé radicalement.

 

Quant au meilleur chef, 35% des Canadiens placent le PM Harper au premier rang bien au-dessus du 26% qu’obtient le chef libéral Stéphane Dion. Ce sont donc les politiques des Conservateurs et non leur chef que les Canadiens n’aiment pas.  

 

Au Québec, les libéraux ont rejoint les Conservateurs et les dépassent. Ces derniers ont perdu l’avance de 15% chez les électeurs qui ne sont ni fédéralistes ni souverainistes.

Les libéraux ont augmenté leur avance dans les milieux urbains de 5% à 10%. Les appuis aux conservateurs en Ontario, à l’extérieur de la région métropolitaine torontoise, se sont vaporisés. En Colombie-Britannique, les libéraux viennent de prendre les devants et mènent dans les Maritimes.  Seules, les Prairies sont favorables au parti du PM Harper, mais même là, où l’augmentation des coûts d’énergie affecte beaucoup l’économie, les choses bougent.  

 

Le Parti conservateur du Canada a perdu son momentum. Le Parti libéral, nonobstant toutes les prédictions, a ravivé sa position particulièrement avec sa grande politique sur l’environnement présentée comme la taxe (verte) sur le carbone. Les sondeurs indiquent que plus de 47% des Canadiens, particulièrement les femmes et les jeunes, aiment à première vue cette proposition tandis que 39% s’y opposent. Cela me surprend car j’ai toujours pensé que les électeurs rejetaient ceux qui proposaient de nouvelles taxes. Mais il semble que les Canadiens comprennent que les argents générés par cette nouvelle taxe verte seront appliqués à des diminutions équivalentes d’impôts et de taxes afin qu’au total le Canada n’ait pas de revenu additionnel. Ils sont sensibles au grave problème du réchauffement climatique et démontrent un sens civique remarquable.

 

Plusieurs faits et gestes du PM et de son gouvernement offusquent les Canadiens : la guerre en Afghanistan, l’approche militariste et les dépenses importantes qu’elle engendre, le refus de respecter la signature du Canada sur l’accord environnemental de Kyoto, l’aspect fasciste de certaines nouvelles lois du Ministère de la justice pour lutter contre le crime, les politiques calquées sur celles de GW Bush et de ses amis néoconservateurs, la position unilatérale du Canada dans le conflit israélo-palestinien, la diminution importante du prestige du Canada à l’étranger, le non-respect de la loi sur les langues officielles, la faiblesse de l’équipe conservatrice au parlement, la mainmise des ex-réformistes de l’Ouest sur le gouvernement du Canada et le caucus du parti, les campagnes publicitaires négatives contre la personne du chef libéral, les récentes controverses en rapport avec Schreiber, Bernier, Obama, et encore…

 

Le PM Harper et son parti peuvent reprendre l’initiative politique au pays en proposant un programme politique progressiste et d’envergure qui saura intéresser l’ensemble des Canadiens et leur donner des raisons pour obtenir leurs votes. Ils doivent s’engager sérieusement dans le combat pour contrer le réchauffement climatique, dans la même mesure que Stéphane Dion. Face au déclin de l’économie qui s’accélère, il est capital qu’ils se montrent capables d’aider les Canadiens à traverser, sans trop de heurts, cette période qui s’annonce longue, difficile et douloureuse. Enfin, il est primordial qu’ils présentent des candidats de haute valeur afin d’assurer aux Canadiens que le pays sera entre des mains compétentes.

Sinon, ils risquent de donner raison à Jean De la Fontaine qui termina sa fable en disant : « le corbeau, honteux et confus, jura mais un peu tard, que l’on ne l’y prendrait plus ».

Claude Dupras


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