Ce dialogue analyse les forces des partis politiques
démocrate et républicain des USA.
Le 8
novembre 2002
Mansour : Je pense que je perds mon temps à m'occuper de
ce qui se passe dans le détail dans le parti démocrate américain. Depuis
les années 90, il n'y a plus de différence réelle entre les deux partis
politiques aux USA. Aussi bien les démocrates que les républicains se sont
rendus compte que la victoire électorale ne dépendait plus de la mobilisation
du corps électoral acquis aux idéaux d'un parti ou d'un autre, mais qu'il
fallait surtout faire plaisir à la soit-disante "silent majority". Le
problème avec cette stratégie, c'est que les républicains ont appris à
contrôler leurs troupes militantes alors que les démocrates n'arrivent pas
encore à maîtriser cette tâche.
Claude : Oui les républicains ont bien contrôlé leurs
troupes. C’est un facteur important pour leur élection. Il y a longtemps que
les idéaux politiques ne font plus parties du paysage électoral. Ce n’est
pas seulement les USA qui sont affectés par cela, mais les pays occidentaux.
Le dernier exemple est Schröder. Images, illusions…… font mieux qu’idéaux et
politiques.
Mansour : Si les démocrates arrivent à considérer cet
échec électoral comme les républicains l'ont fait après les élections
présidentielles de 1964, alors ils continueront à jouer un rôle dans la vie
politique de ce pays. Mais s’ils échouent, alors je pense que le parti
démocrate deviendra rapidement "irrelevant". Je crois que le "soul searching"
a déjà commencé au sein du parti démocrate. Mais si l'histoire nous est
d'une valeur quelconque, je pense que les démocrates vont une fois de plus
se tourner vers une gestion interne de cette crise.
Claude : Tu as raison.
Mansour : Déjà nous voyons que Richard Gephardt,"minority leader" à la
chambre des représentants, a été obligé d'abandonner son leadership. Pour le
remplacer, Nancy Pelosi, extrêmement libérale et farouche défenseur
d'Israël, fait face à Martin Frost, représentant démocrate du Texas, qui est
beaucoup plus proche des positions de Clinton que Pelosi. Mais comme le
caucus noir dans ce parti est très puissant, je pense que Pelosi finira par
gagner son bras de fer avec Frost. Et les démocrates se retrouveront une
fois de plus dans la même situation dans laquelle ils s'étaient trouvés en
1968 quand ils avaient choisi McGovern comme leur candidat à l’élection
présidentielle. Nous connaissons les résultats.
Claude : Tout cela est fort possible, mais je leur fais plus
confiance que çà. Tout peut arriver car Bush a gagné une majorité des 35%
des américains qui ont voté. C’est peu finalement et les deux partis ont été
presque égaux en rapport avec le nombre de votes. Je vois en Bush un grand
adversaire pour les démocrates. Ce n’est plus le fils à papa ou l’homme
inexpérimenté d’il y a deux ans. Il a changé vite et a muté en un politicien
solide, dynamique, capable de parler comme les Américains aiment et suite à
cette victoire il a une aura qu’il n’avait pas. Il sera difficile à battre.
Il contrôle les images, et sait fabriquer les illusions au fur à mesure de
ses besoins….
Mansour : Pour ce qui est de la capacité politique de Bush je ne suis pas
du tout d'accord avec ton opinion.
Claude : J’ai dit capacité ÉLECTORALE.
Mansour : Comme on dit, je crois "dans un monde de lilliputiens, un nain est
un géant". C'est le cas de Bush aujourd'hui. Il est incapable de finir une
phrase correctement. Il paraît constamment en train d'essayer de se rappeler
les lignes qu'il doit lire.
Claude : Tu exagères. En passant, as-tu déjà entendu parler
le PM du Canada Chrétien. Il parle l’anglais et le français, mais son
problème c’est qu’il parle ces deux langues en même temps. La diction et
l’éloquence ne sont pas nécessairement des facteurs qui font gagner. Le
temps des »grands tribuns est passé. De nos jours, c’est l’enveloppe qui
compte. «
The total package… ».
Mansour: Mais en face de lui, malheureusement il n'y a que
du vide. Les démocrates
avaient un porte drapeau qui aurait pu donner du fil à retordre à Bush, à
savoir le sénateur de Massachusetts. Il est un héros de la guerre du
Vietnam, que Bush a évité grâce à son père. Il est extrêmement intelligent.
Il avait une expérience des affaires du gouvernement fédéral.
Malheureusement il s'est totalement détruit durant ces dernières élections.
Il n'a pas fait quoi que ce soit pour s'ériger comme un leader de ce parti.
Non seulement il n'a fait aucun effort pour aider les candidats démocrates à
travers le pays, mais même dans son propre état, un républicain a réussi à
se faire élire gouverneur.
Claude : Ce n’est pas nouveau cette victoire républicaine au poste de
gouverneur de l’état du Mass. C’est arrivé souvent avant. C’est une des
facettes de cet état si démocrate. On ne comprend pas pourquoi, mais c’est
comme cela.
Mansour : Non, l'avenir de ce parti est au mieux médiocre pour le moment. Il
y a toujours des possibilités qu'un Clinton surgisse quelque part dans le
pays, mais je ne vois pas cet individu pour le moment.
Claude : Voilà enfin un espoir à teinte positive. Cela
arrivera et ce nouveau Clinton devra être très bon, car « Dubya » est plus
fort électoralement qu’a été son père.
C’est à suivre…