Ce dialogue traite de la social-démocratie en
Angleterre et en Allemagne, du parti démocrate américain, de la dépendance
du Canada sur les USA, de l’indépendance de l’Inde et de la famille de
Mansour qui a participé à la libération de l'Algérie.
Le 27 juillet 2002
Mansour : Pour ce qui concerne Blair, je ne peux pas encore porter un jugement
définitif à son sujet. Il continue à ce jour à pratiquer la fameuse formule
de triangulation qui avait servi Clinton mais qui avait aussi ruiné le parti
qui l'avait porté au pouvoir au départ.
Claude : Je te suggère de bien examiner le
bilan de Blair à ce jour et la troisième voie qu’il offre à la
social-démocratie. Blair a, au moins, une politique nouvelle qui s’adapte à
la politique actuelle de la globalisation, etc…. C’est de la
social-démocratie à la sauce de la realpolitik. Aucun autre parti
social-démocrate n’a fait ce qu’il a fait à ce jour. Relis bien ce que j’ai
écrit sur ce que Blair a fait à ce jour et tu verras qu’il y a fait beaucoup
plus que d’être élu par la machine électorale de Clinton. Rendons à César ce
qui appartient à César.
Mansour :
Avant Clinton, il y avait vraiment une différence idéologique entre le
parti républicain et le parti démocrate américains. Après Clinton, le parti
démocrate n'est plus qu'un parti néo-républicain, aussi bien dans les
domaines internes qu'externes. Il ne faut pas oublier que durant toutes les
huit années de pouvoir de Clinton le parti démocrate n'avait pas gagné une
seule élection, locale ou nationale. C'est durant la présidence de Clinton
que les démocrates ont perdu aussi bien le sénat que le congrès. La seule
chose qui a permis aux démocrates de reprendre le leadership du sénat a été
la décision d'un sénateur indépendant qui avait toujours voté, dans le
passé, avec les républicains et qui a subitement changé son allégeance
après toutes les difficultés qu'il a eues avec le ti-Bush. Quand bien même
le parti démocrate réussirait par miracle à gagner les élections
législatives de novembre prochain, cette victoire ne pourra être
qu'éphémère, car elle ne sera pas le résultat d'un nouveau rassemblement des
bases traditionnelles du parti. Il fut un temps où les représentants du
parti démocrate américain étaient en grande partie recrutés parmi les
enseignants et les syndicalistes américains; aujourd'hui leurs élus
représentent les élites capitalistes du pays. Le premier critère de
recrutement de candidats démocrates aujourd'hui est le compte en banque de
l'individu, quelque soit sa positions politique. On fait la chasse aux CEOs
des grandes corporations américaines ou aux gens qui peuvent pratiquement
financer leurs propres campagnes électorales avec leurs propres comptes
privés.
Claude : Il y a
beaucoup de vrai dans ce que tu viens de dire, mais je crois qu’il y a quand
même une très grande différence entre les deux partis. Le parti démocrate,
que j’appuie, est centre-gauche et le parti républicain à
droite-extrême-droite. On parle d’assurance-maladie chez les démocrates mais
pas chez les républicains, on parle de nouvelles lois sociales pour aider
davantage ceux qui en ont besoin mais pas chez les républicains, on veut
investir plus d’argent dans ces programmes mais pas chez les républicains,
on parle de protéger l’assurance sociale mais pas chez les républicains,
etc…. Où tu as raison c’est chez le choix des candidats aux élections ! Je
trouve triste ce qui arrive. Car, même s’il est possible qu’un homme riche
puisse avoir une certaine sensibilité des besoins des plus pauvres et comme
les Kennedy répondre aux besoins de ouvriers et des mal nantis, je crois
qu’il est sûrement plus sûr qu’un homme venant des milieux pauvres soit mieux
placé et plus motivé d’aider les siens. Cela reflète le problème des
élections américaines qui coûtent très cher au candidat qui veut être élu.
Mais cela ne change pas la donne quant au positionnement du parti démocrate
sur l’échiquier politique américain.
Mansour :
Avec le temps, Clinton aura totalement changé l'esprit même de son parti.
Qu'est donc devenu le grand parti de Roosevelt et de Kennedy ? Pour revenir
à notre ami Blair, je pense sincèrement qu'il causera les mêmes faux pas à
son parti que ceux que Clinton a causés au sien. Je crois possible que
Blair puisse se faire réélire.
Claude : Je ne partage
absolument pas ton opinion sur Clinton. Avec lui tout a marché. Avec Bush
rien ne marche. On peut dire que la conjoncture a changé, que le 11/9 a tout
changé, que Clinton a eu de la chance d’être président durant un boom
économique, etc… je te dirai qu’il n’a pas fait d’erreur et a su maintenir
le cap de son pays sur la paix, la bonne relation avec les autres pays de la
planète et une économie croissante. Je ne crois pas que tes commentaires
soient fondés sur des choses réalistes.
Mansour :
Pour ce qui est du chancelier de la république allemande, il ne fait pas de
doute aujourd'hui qu'il compte déjà ses jours au pouvoir. Depuis déjà plus
de 2 ans, son parti a essuyé un revers après un autre dans toutes les
élections locales à ce jour. Le chômage, notamment dans l'ex-Allemagne de
l'est, est plus que jamais l'angoisse d'un nombre de plus en plus important
de la population allemande. Schröder a très mal géré l'économie allemande
depuis qu'il a été élu comme chancelier. Et il payera le prix, tout comme
Jospin en France.
Claude : Tout indique
comme tu dis que les jours du chancelier allemand sont comptés. Et cela
confirme ce que je pense, à l’effet que la social-démocratie européenne,
n’ayant pu se renouveler, subit les conséquences du manque de renouvellement de
son programme politique. Malgré ce que je viens de dire, je me rappelle la
dernière campagne électorale de Schröder durant laquelle il a démontré qu’il
était un bon « campaigner ». Nonobstant les prévisions, je ne suis pas prêt
à prédire sa défaite.
Mansour :
Il y a un sujet sur lequel toi et moi sommes constamment en collision, c'est
le choix entre la violence et la non-violence pour lutter contre
l'oppression. Tu me rappelles toujours le cas de Gandhi et de ce qu'il a
fait pour l'Inde pour me convaincre que la lutte non-violente est toujours
la meilleure stratégie à adopter quelques soient les conditions
d'oppression. Avant de discuter les conditions particulières dans lesquelles
Gandhi a évoluées, je voudrais tout de même te dire que personnellement
je crois aux leçons de l'histoire de l'humanité. En dehors de l'Inde, aucun
pays, dans toute l'histoire de l'humanité, n'a réussi à recouvrer sa dignité
d'une manière non-violente. Cites-moi un seul pays qui a gagné son
indépendance grâce à un mouvement non-violent.
Claude : Pourquoi pas
l’Afrique du Sud avec Mgr Tutu. Je crois que comme dernier leader de cette
révolution sud-africaine il a demandé et obtenu le respect d’une stratégie
de non-violence. Finalement, la pression mondiale aidant, et devant
l’irréalisme de l’apartheid, le gouvernement du pays a cédé, a rendu les
armes et s’est auto éliminé. Je crois qu’aujourd’hui plus que jamais, et la
Palestine demeure un bel exemple, que la non-violence est la seule solution
réaliste pour atteindre un objectif juste.
Mansour : Ne me parles pas des colonies françaises en
Afrique, qui ont obtenu une soit-disante indépendance en 1960, grâce à De
Gaulle qui voulait se concentrer sur la guerre de libération en Algérie.
Aucun mouvement non-violence n'existait dans ces colonies françaises à
l'époque.
Claude : Je ne crois pas
que tu as raison de minimiser l’apport de De Gaulle à l’autodétermination des
colonies françaises en Afrique. Que le cas de l’Algérie lui ait démontré la
pertinence de libérer ses pays africains est pour moi une raison plus
valable que celle que tu invoques, à l’effet que c’est pour avoir les mains
libres afin de pouvoir s’occuper mieux de l’Algérie, qu’il a posé le très
grand geste de l’autodétermination des peuples africains sous le contrôle
des français. C’est faire une grande injustice au mérite d’un grand homme.
Mansour :
L’’inde n'a pas été réellement libérée par Gandhi. Tout ce que Gandhi a fait
c'est de faciliter cet événement. Après tout, ce n'est pas Gandhi qui avait
formé " the Congress party of India". Les Nehru et Djihâd étaient plus
importants politiquement que Gandhi même quand il se pressentait comme le
leader du mouvement indépendantiste de l'Inde. Il ne faut pas oublier aussi
que Gandhi avait à faire face à une Grande Bretagne meurtrie par la 2IÈME
guerre mondiale qui n'était pas en mesure de faire face à aucune résistance,
qu'elle soit violente ou non violente. Et si le mouvement non-violent indien
était réellement puissant, pourquoi le symbole même de ce mouvement a-t-il
été éliminé physiquement par des hindous ? Sinon pour permettre aux forces
politiques naturelles et éternelles de reprendre leur place dans la vie
quotidienne. Des milliers sinon des centaines de milliers d'innocents ont
été massacrés dans leurs propres maisons. Des millions d'autres ont été
forcés à l'exode pour séparer les hindous des musulmans. Gandhi a
certainement facilité l'accès de l'Inde à l'indépendance politique, mais il
n'a certainement pas changé sa société, comme l'histoire en témoigne.
Claude : Je ne crois pas
que tu connaisses ou voies l’histoire de l’Inde indépendante comme elle est.
Certes l’Angleterre était affaiblie, certes les Nehru et Jinnah étaient de
grands hommes politiques et forts dans leurs milieux respectifs, mais le
leader incontesté de tous les Indiens, incluant les chefs de partis et les
musulmans, était Gandhi. Et il a gagné. Quant à la création du Pakistan, tu
te rappelleras sans doute le long jeûne de Gandhi avant l’indépendance pour
obtenir l’accord total des musulmans sur la cesse de leurs altercations
violentes avec l’armée anglaise. Ce n’est qu’après que Jinnah ait confirmé à
Gandhi mourant que la violence avait arrêté que celui-ci a accepté de mettre
fin à son jeûne et de retourner négocier l’indépendance de toute l’Inde.
Après l’indépendance, les musulmans et Jinnah sont revenus sur leurs
positions et c’est à la grande peine et au désespoir de Gandhi qu’il a vu
les migrations importantes entre l’Inde et le territoire du Pakistan et
finalement la création du nouveau pays du Pakistan. Il ne pouvait alors
rien faire contre ce mouvement.
Mansour :
Je m'excuse mais je continuerai à croire jusqu'au dernier moment de ma vie,
que la dignité n'est jamais offerte, mais elle est toujours arrachée, par
force et violence malheureusement. C'est le prix pour notre appartenance a
l'humanité. Je ne me réjouis pas de ce constat, mais je suis suffisamment
conscient pour accepter cette réalité.
Claude : La dignité est
offerte aux hommes et peuples dignes. Voilà ce que reflète l’histoire. Les
pays sans dignité sont toujours en mutation et ce n’est que seulement le
jour où enfin la dignité est obtenue que le pays connaît enfin son
indépendance réelle, N’est-ce pas le cas de l’Algérie qui est toujours à la
recherche de sa vraie dignité ?
Mansour : Je suis entièrement
d'accord avec toi quand tu dis que l'enjeu politique mondial aujourd'hui
n'est pas entre le marxisme léninisme et la démocratie en général, ce n'est
même plus le débat entre la gauche socialisante et la droite traditionnelle,
mais plutôt entre le centre gauche et le centre droit de toutes les
démocraties du monde. Malheureusement pour l'humanité le centre droit
l'emporte, au nom justement de la soit-disante mondialisation de l'économie.
Jamais les ouvriers américains, depuis du moins les années 20, ne se sont
retrouvés à la merci du patronat américain comme aujourd'hui. Même du temps
de Reagan, les syndicats ouvriers américains avaient encore des moyens de se
défendre contre le Reaganisme des années 80. Mais aujourd'hui, l'ouvrier
américain est même abandonné par le parti démocrate, qui pourtant a été le
défenseur des droits des ouvriers pendant plus de 70 ans.
Claude : Il y a un débat aujourd’hui (le 26
juillet 2002) au congrès américain, en rapport avec le nouveau département
sur la sécurité qui englobera tout ce qui existait et sur la défense des
droits des travailleurs de ce nouveau département. Les républicains et
ti-Bush sont accusés de « union-busting » par les démocrates. Je vois là une
réponse à ton affirmation.
Mansour : Dans un de tes derniers
messages tu insinuais que le parti au pouvoir au Canada était totalement
différent du régime républicain aux USA. En es-tu vraiment sûr ? Est-ce que
la politique économique canadienne peut être différente de celle des USA ?.
Il est vrai que le Canada a toujours tout de même un « safety net » social
qui n'a rien à voir avec celui des USA. Mais est-ce que ce « safety net »
est à l'abri des pressions américaines. J'en doute. Je te garantis que même
la couverture de santé que vous avez risque d'être remise en question un
jour ou l'autre à cause du vieillissement de la population canadienne et des
pressions budgétaires que ce programme exercera sur les pouvoirs publics
canadiens dans les années à venir. Et si le Canada veut continuer à être un
partenaire compétitif avec les USA, il sera obligé de revoir un jour ou
l'autre les avantages sociaux qu'il a donnés dans le passé à ses citoyens.
Cette situation me rappelle un fameux poème d'Alfred de Vigny, " la mort du
loup" et qui disait : " c'est une dure loi mais une loi suprême....fait
énergiquement ta longue et lourde tâche, dans la voie où le sort a voulu
t'appeler, puis comme moi, souffre et meurs sans parler" Il fut un temps ou
on pouvait parler d’indépendance nationale, mais aujourd'hui on ne parle que
d'interdépendance dans le meilleur cas possible. Et le Canada sera obligé de
s'adapter à son géant du sud, qu'il le veuille ou non. Il n'a pas d'autre
choix.
Claude : Beaucoup de vrai dans cela, mais à
ce jour nous avons pu maintenir nos objectifs, notre façon de voir et notre
mode de vie. Je crois que nous pourrons continuer car nous combattons pour
ce faire. Les Canadiens ne veulent pas devenir américains. Nous
maintiendrons notre « safety net » et je prévois plutôt que ce sont les
Américains qui finalement s’approcheront de nous. Nous sommes compétitifs et
cela dépend de raisons économiques. Par exemple, aujourd’hui c’est la valeur
de notre dollar par rapport à celui des Américains qui nous aident. De plus
l’acte du libre échange nous protège contre le protectionnisme américain, et
même lorsque celui-ci montre son nez, comme dans le cas du bois d’œuvre,
nous le contestons en cour et nous avons vu aujourd’hui une cour européenne
donner raison au Canada dans cette dispute du bois d’oeuvre. Donc, si nos
positions sont bonnes, on peut se maintenir. Ce n’est pas facile mais c’est
possible et ici au Canada on veut que cela soit possible.
Mansour : Par ailleurs, je commence
à croire que le peuple algérien est particulier. Quand je vois les succès de
la fille de mon ami à Washington, aussi bien que ceux de son fils à
Montréal, je crois que notre jeunesse est unique. En plus je viens
d'apprendre que ma petite nièce vient d'avoir le baccalauréat français avec
la mention très bien à Paris. Et elle n'a que 17 ans à peine. Mais ce qui
plus extraordinaire avec elle, c'est qu'elle est très ambitieuse
politiquement. Elle veut être le premier ministre des affaires étrangères de
la France qui soit d'origine algérienne. Tu ne peux pas dire que les
Kabyles ne sont ambitieux après cela. Imagines-toi qu'elle a eu certainement
la plus forte note au bac, dans son « major ». Elle a eu 19.5/20 en
économie, et comme je suis économiste moi même je n'arrive pas à comprendre
cette note. Mais c'est une véritable génie Oubouzar du moins.
Claude : Je suis très heureux pour toi et je
félicite ta famille. Ma conclusion face à cela est que, dans le fond, toutes
les races sont égales et qu’avec une opportunité normale dans la vie,
chacun, qui qu’il soit, peut atteindre la meilleure éducation et les plus
hauts sommets. Blanc, noir, jaune, quelque soit la race, l’origine, la
religion, nous sommes égaux. Égaux devant Dieu et les hommes! N’est-ce pas
ce que l’on nous a appris, et n’est-ce pas notre constatation personnelle de
la réalité ?
Mansour : Mais le cas le
plus tragique est celui de mon frère Ali, qui a été aux premières loges de
la guerre de libération et qui refuse toujours d'écrire ses mémoires. Il a
été tout d'abord un des premiers organisateurs de la jeunesse estudiantine
du FLN entre 1954 et 1956. Ensuite, il a pris avec lui au maquis un bon
nombre d'étudiants algériens qui n'ont jamais vu l'indépendance de
l'Algérie. Plus grave encore, ces camarades qu'il avait convaincus de prendre
le maquis avec lui sont morts non pas des mains de l'armée de la France mais
des mains de l'ALN qu'ils avaient rejoint pour renforcer son encadrement (résultat de la fameuse bleuité-opération des services de renseignements
français pour saper le moral de l'ALN en accusant tous les cadres de l'ALN
éduqués d'être au service de la France. Plus de 2000 cadres intellectuels
algériens ont été non seulement exécutés, mais torturés d'une manière
inhumaine avant de les achever. La seule chose qui a sauvé la vie à mon
frère c'est qu'à l'apogée de cette chasse aux intellectuels du maquis il
était par chance au Caire. Et même au Caire, le colonel Amirouche de la
willaya 3 avait envoyé un message à la direction algérienne au Caire pour
lui demander l'exécution d'Ali sans jugement car il avait déjà été jugé et
trouvé coupable de collaboration avec l'ennemi. Heureusement pour lui que
le responsable du FLN au Caire était tout d'abord très puissant, car il
était le ministre de la guerre, et il le connaissait très bien tant au
maquis qu'au Caire. Pour lui sauver la vie, il lui a demandé de
démissionner de l' ALN et de prendre un bourse d'étude à l'étranger. C'est
comme cela qu'il s'est retrouvé à Berlin est, alors qu'il a toujours été
viscéralement anti-communiste toute sa vie. De plus Ali a vécu pratiquement
tous les plus grands événements de la guerre de libération. Il a participé
au ralliement de Ferhat Abbas qui plus tard est devenu le président du
gouvernement provisoire de l'Algérie installé à Tunis, au FLN. Il a vécu les
conséquences désastreuses de la grève générale de 8 jours décrétée par le
FLN en 1956. Il a accompagné tout l'État major du FLN, qui initialement
était installé à Alger, pour rejoindre le maquis en Kabylie. Toujours en
1956 il a non seulement participé à la préparation du 1er congrès
du FLN, dans la vallée de la soumman en petite Kabylie, mais il a assisté à
tous les débats de ce congrès qui a enfin de compte défini le futur de
l'état algérien. Et même après l'indépendance il a joué un très grand rôle
dans l'édification d'un nouvel état. Il a notamment créé la direction de la
statistique et des études démographiques du pays. Il a formé des centaines
de statisticiens et d'économistes qui ont été la base d'une administration
de la statistique en Algérie qui était l'envie de tous les pays
sous-développés. Et en tant que ministre de la planification pendant plus de
8 ans il a été le témoin de toute la période de Chadli. Malgré tout cela, à
ce jour, il refusé catégoriquement de laisser une trace de son expérience.
Et cela me désole énormément car il a vraiment un message historique unique
à laisser derrière lui pour les générations futures de l'Algérie. Mais je
continuerai à le harceler jusqu'au jour où il finira par accepter de nous
donner ses dernières mémoires de sa vie.
Claude : Tu as raison
et continue, car il faudra bien un jour que la vraie histoire de l’Algérie
indépendante soit écrite. Ce sont des hommes comme lui, forts, intelligents,
honnêtes et bien motivés qui peuvent révéler les tractations qui ont eu lieu
et qui ont affecté l’évolution de la formation du pays nouveau. J’aimerais
bien en octobre, si je vais en Algérie tel que prévu, avoir l’opportunité de
le rencontrer à nouveau et de pouvoir à mon tour lui souligner l’importance
pour tous qu’il écrive ses mémoires pour les Algériens et pour les autres
personnes de la planète, comme moi, afin que nous ayons tous la connaissance
réelle et la compréhension de la naissance de ce grand pays qu’est
l’Algérie.
À la prochaine…
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