Landry... pas encore... SVP
 

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vendredi 2 février 2007

 

Landry... pas encore... SVP

Désespéré


Ces temps-çi, les sondages ne sont pas favorables à André Boisclair, le chef du parti Québécois. Depuis leur publication, ça grouille, grenouille et scribouille, comme dirait De Gaulle, dans les rangs du parti. Certains échos chuchotent même le retour possible de Bernard Landry, l’ex PM du Québec, à la tête du Parti Québécois.


Et le principal intéressé, de toute évidence, veut la « job » et, ragaillardi, ne cesse de laisser tomber de petits mots, ici et là, qui laissent percer qu’il croit enfin ses rêves devenir réalité.

 

Il oublie que les Québécois lui ont dit clairement et majoritairement, à l’élection générale d’il y a quatre ans, de retourner chez lui, car ils en avaient assez de son leadership. Il en fut de même pour 24% des membres du parti Québécois au congrès qui suivit l’élection. Puis, un sondage montra qu’une forte majorité de Québécois espéraient son départ de la politique. Finalement, Landry démissionna.

 

Quant à moi, je crois que l’on doit juger un homme par ses actions. Et, celles de Landry à la tête du gouvernement ne sont pas très roses et quelques unes sont simplement scandaleuses.

 

Prenons, par exemple, le projet de Papiers Gaspésia Ltée. Pour assurer l’élection de députés du PQ de la Gaspésie, à l’élection qui devenait imminente, le projet fut lancé, financé en majeure partie et sa réalisation organisée par le gouvernement de Bernard Landry. Avec une enveloppe budgétaire de 500 millions $, le projet connaissait des dépassements de 265 million $ lorsqu’il dû être arrêté définitivement par le nouveau gouvernement de Jean Charest.

 

L’ex-juge de la Cour Supérieure Robert Lesage fut appelé a présider une commission d’enquête sur ce projet et a déposé son rapport en mai 2005.  

 

Mon expérience dans la construction m’a permis de bien comprendre le contenu du rapport. Je crois dans ses conclusions. Il a mis le doigt sur un problème structurel réel. Les données des rapports techniques des experts ont démontré clairement le trafic d’influence des syndicats québécois. Les recommandations importantes touchaient, entre autres, à l’intervention de l’État dans la construction d’un projet privé qu’il finance, à la gestion des fonds de travailleurs et aux lois qui régissent les relations de travail.

 

Je ne comprends pas le gouvernement libéral de Charest de ne pas avoir donné suite aux conclusions de ce rapport. Il n’a pas fait son travail. Pourquoi ? C’est là une autre bonne question à laquelle il faudra répondre.

 

J’ai vu beaucoup de similitudes dans ce scandale de la Gaspesia avec celui des commandites qui a ébranlé le gouvernement du Canada. Le rôle des politiciens, l’ordre de grandeur des montants d’argent investis, le manque de contrôle du projet, le trafic d’influences exercées et les dépassements exorbitants des coûts me semblent de même nature.

 

De plus, le projet a été mal réalisé et la centrale syndicale FTQ (amie de Landry) y a joué un rôle anormalement grand et exclusif. Voici ce que dit le rapport : « elle (la FTQ) a empêché des travailleurs du Bas Saint-Laurent et de la Gaspésie, membres d’autres organisations syndicales, d’y travailler. Leurs droits au travail et de choisir leur organisation syndicale, un droit bien implanté dans la construction, ont été bafoués ». L’équipe de la réalisation du projet n’avait pas un leader avec suffisamment d’autorité et d’influence morale pour exercer son pouvoir et contrôler les intervenants. De toute évidence, la FTQ n’en voulait pas.

 

Ce fut un événement important qui, en plus de salir les hommes politiques, les juges, le monde syndical et celui de la construction, a terni le travail d’aide du gouvernement à une région.

 

Suite aux attaques d’un ministre libéral dénonçant le rôle de l’ex-premier ministre Landry dans ce scandale, celui-ci nia tout et se justifia en prétextant que l’ex juge avait trempé dans un complot politique pour dénigrer, lui, son gouvernement et son parti. Quel intérêt peut avoir un ex juge de la Cour Supérieure, à la retraite, et dont la réputation est sans tache, d’agir ainsi ? C’est un faux-fuyant ridicule.

 

Au pouvoir, Landry a démontré que sa colonne vertébrale s'affaiblissait devant les demandes de la FTQ, la « petit amie » de son parti politique. Et les autres ? Seuls, comptaient pour lui, l’image et les illusions reflétées dans le public. C’est à cet homme que s’adressent aujourd’hui certains partisans du PQ pour remplacer le chef actuel ? Très impressionnant.

 

Je crois que le Québec n’a plus les moyens de se payer le luxe d’un tel politicien.

 

J’aime encore mieux André Boisclair que Landry. Même si je ne voterai jamais pour lui, j’ai une certaine sympathie pour ce nouveau leader politique de la scène québécoise. Ce n’est pas facile d’être chef de parti et surtout chef du parti Québécois. Et cela a été bien démontré par René Lévesque, un des grands de la politique québécoise, au moment où il a été renié en pleine assemblée générale par les mêmes péquistes qui disent le vénérer aujourd’hui.

 

Boisclair demeurera le chef du parti et va s’engager dans la campagne de sa vie. Ce ne sera pas facile pour lui, car Jean Charest a bien fait et les sondages le confirment.
 

Claude Dupras