mercredi 11 juin 2008
La taxe verte
Gêné
La publicité politique négative reprend au Canada. Cette fois, elle touche la taxe sur le carbone. Elle peut faire mal au parti libéral du Canada et à son chef Stéphane Dion. Alors que le parti conservateur du Canada démontre de jour en jour son incapacité à bien orienter le pays, voilà qu’il entreprend à nouveau une campagne publicitaire négative contre le chef libéral pour refaire son plumage. Le PM Harper emprunte, encore une fois, les méthodes déplorables de son idole GW Bush afin de contrer malicieusement son adversaire libéral. Pour ce faire, il utilise l’argent de ses contributeurs et des contribuables pour l’injecter d’un poison insidieux. C’est malhonnête car le contenu de la proposition du parti libéral d’une nouvelle taxe sur le carbone n’a pas encore été énoncé publiquement puisqu’il est toujours en préparation.
Le PC répand la rumeur qu’avec Dion les Canadiens seront taxés sur tout et partout. Le PM Harper profite de l’occasion pour chercher à faire oublier sa politique sur l'environnement qui est déplorée par tous les grands environnementalistes du monde. Ce qui est plus grave et irresponsable, c’est qu’il réduit l’importance du débat sur cette question cruciale, à une question de taxe.
La taxe sur le carbone (ou la taxe verte) est une proposition de taxe sur tous les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, électricité). Le taux de la taxe peut être variable dépendant des coûts de ces produits énergétiques au moment de son imposition. En principe, ce taux dépendra du contenu en carbone du combustible utilisé et donc des émissions de dioxyde de carbone (CO²). Ce n’est pas une nouvelle idée puisqu’elle date des années 1920. Mais aujourd’hui avec le réchauffement climatique, qui retient de plus en plus l’attention des gouvernements, cette proposition devient d’actualité.
Les défenseurs de la taxe expliquent : « le déterminant principal de la consommation globale d'énergie fossile, ce n'est pas les performances des objets qui en consomment, mais le prix de l'énergie fossile ramené au pouvoir d'achat ». Ainsi, une hausse des prix fera de nous des consommateurs d’énergie fossile plus sobres.
La performance des objets a permis de réduire considérablement la consommation énergétique de ces objets. Ainsi, les gains dus à une meilleure isolation et une réduction des infiltrations par la fenestration des nouvelles maisons, etc.. ont été dépassés par la construction massive de nouvelles maisons plus grandes qui a augmenté la surface chauffée ; les moteurs des avions sont plus efficaces mais il y en a de plus en plus et les billets sont de plus en plus accessibles ; les voitures sont plus économes mais leur nombre a doublé sur la planète ; les réfrigérateurs sont moins énergivores mais les utilisateurs en achètent de plus en plus gros. Donc, on économise mais on dépense globalement plus d’énergie non renouvelable.
Pour assurer l’acceptation par le public de la taxe sur le carbone, les penseurs affirment qu’elle devrait :
. être planifiée et annoncée très longtemps à l'avance (par exemple sur 15 ans) afin que les citoyens comme les entreprises puissent la prendre en compte dans leurs projets d'avenir;
. être en croissance lente, progressive mais perpétuelle et supérieure à celle du pouvoir d'achat;
. être appliquée autant que possible à tous les combustibles: essence, diesel, kérosène, gaz naturel et aux autres sources d'émissions de gaz à effet de serre comme le méthane émis par l’élevage ;
. être régulée pour permettre de garder autant que possible une augmentation lente et régulière du prix d’achat des ressources fossiles (si le coût international du pétrole augmente très vite temporairement, comme actuellement, la marge de la taxe sera diminuée temporairement pour absorber cette augmentation brusque. A l'inverse, si le coût international du pétrole diminue un peu temporairement, la marge de la taxe est augmentée.)
À ce jour, plusieurs pays appliquent, plus ou moins, ce principe d’une taxe sur le carbone, dont les suivants : Suède, Danemark, Allemagne, Royaume Uni, Finlande, Norvège, les Pays-Bas, Nouvelle-Zélande. La France en parle beaucoup depuis son « Grenelle sur l’environnement » tenu par le ministre Borloo qui en discute actuellement au conseil des ministres français.
Au Canada, seuls le Québec (depuis 2007) et la Colombie Britannique (depuis 2008) ont voté une taxe sur le carbone. Les revenus de la taxe québécoise sont utilisés pour entreprendre des programmes contre les gaz à effet de serre, tandis que les citoyens de la province de l’Ouest canadien bénéficient de réductions d’impôt et de taxes pour compenser la nouvelle taxe sur le carbone.
Je crois que nous devrions en tant que membre de la société canadienne être en accord avec le principe d’une taxe sur le carbone. C’est une politique réaliste et pratique. C’est l’avenir de nos descendants qui est en mire.
Le problème pour Stéphane Dion, c’est qu’un politicien qui taxe est un politicien qui se fait battre.
Je me rappelle ce moment de la politique canadienne en 1980 lorsque le nouveau PM Joe Clark proposa dans son premier budget une taxe additionnelle de $0.12 sur chaque gallon d’essence vendu à la pompe. C’était l’équivalent d’une augmentation de $0.026 le litre. Le budget fut battu au parlement, le gouvernement renversé et une nouvelle élection générale déclarée. Le parti libéral, qui était sans chef, reprit Pierre-Elliot Trudeau qui avait annoncé sa retraite.
Candidat du Parti Progressiste Conservateur dans un comté de l’île de Montréal pour Joe Clark, je n’oublierai jamais les réactions que je rencontrai lors de mon porte-à-porte électoral. Quant on ne me fermait pas la porte au nez, on m’invectivait à cause de cette taxe. J’avais de la difficulté à croire ces réactions si vives pour une augmentation si minime justifiée par des raisons si défendables. Peu de personnes ne voulaient connaître l’argumentaire de cette décision et seule la question monétaire les intéressait. Trudeau fut réélu PM et, deux ans plus tard, Joe Clark fut remplacé comme chef du parti.
Le malheur de Stéphane Dion, grand ami de l’environnement, c’est qu’il a toujours été opposé à cette taxe sur le carbone et ce n’est que récemment qu’il a changé d’idée et mentionné publiquement que le programme politique de son parti pour la prochaine campagne électorale comprendrait une proposition de taxe sur le carbone. Il a vaguement affirmé que cette nouvelle taxe sur le carbone serait compensée par des réductions d’impôts et de taxes sans donner d’autres détails. Il a ainsi laissé la porte ouverte aux conservateurs qui ont entrepris cette campagne publicitaire démagogique contre lui.
Si nous voulons contrer les effets du réchauffement de notre planète, il nous faudra ensemble prendre les grands moyens. Accepter une taxe sur le carbone en est un. Notre société canadienne est-elle prête à cela ? J’en doute fortement.
J’admire le courage politique de Stéphane Dion de vouloir faire face à la musique, de se montrer responsable et de chercher à amener le peuple canadien sur cette voie difficile mais nécessaire. Malheureusement, je crois qu’il a fait une erreur électorale importante et je crains qu’il se retrouve le lendemain de l’élection à la même case où Joe Clark s’est retrouvé en 1980.
Claude Dupras