La Suisse d'Amérique, pourquoi pas ?
 

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samedi 10 mars 2007

 

la Suisse d'Amérique, pourquoi pas ?

Frustré


La participation active du Canada dans la guerre Afghanistan m’attriste à chaque nouvelle que j’en reçois. Mort d’un autre de nos soldats, destruction de maisons privées, morts de jeunes et de femmes innocentes, préparation des Talibans pour une grande offensive au printemps, expansion par les USA de leur approche à destruction massive, discours faux et exagérés de Bush et de notre PM Harper,  … en somme rien de bon.

 

L’histoire du Canada, particulièrement la récente, montre que nous sommes intervenus dans d’autres pays pour aider à établir la paix, la sécurité et la démocratie. Ce fut la raison de notre première intervention en 2002, suite à l’attaque du 9/11 à New York. Sous l’égide de l’OTAN appuyé par un mandat de l’ONU, 800 de nos soldats se joignirent à ceux de 31 pays alliés, pour chasser les Talibans du pouvoir en Afghanistan car ils protégeaient les terroristes d’Al Quaïda.  

 

Quelques mois plus tard, l’objectif ayant été rencontré, le PM Jean Chrétien accepta que le Canada  dirige, pour une période d’un an, une Force Internationale d’Assistance à la Sécurité (FIAS) en vue d’aider à reconstruire Kabul et d’assurer les conditions appropriées pour la tenue d’élections présidentielle et parlementaire. Notre contingentement grimpa à 2,000 pour exécuter ce travail. Ce fut un succès et en 2004 le Canada fut remplacé par la Turquie et le nombre de nos forces diminua à 750. Notre pays s’engagea alors dans le plus grand projet d’assistance au développement d’un autre pays, de son histoire.

 

Quelques temps avant, l’OTAN avait pris charge de la FIAS. Avec le gouvernement Afghan, ils décidèrent d’étendre son action hors Kabul et créèrent des équipes dédiées à la reconstruction provinciale. Le PM Martin accepta, en février 2006, d’y joindre 250 Canadiens  pour l’équipe de la province de Kandahar. De plus, il ajouta 1,000 soldats, pour un an, afin d’aider l’équipe à atteindre ses objectifs de sécurité dans cette région dangereuse, productrice de stupéfiants. La résistance devint plus forte et persistante que prévue et en août 2006, le commandant de la force internationale demanda aux membres de l’OTAN «  l’envoi de troupes et d’équipement additionnels ». L’objectif changeait : de la paix et la reconstruction, elle muta à la guerre contre la résistance.

 

Les conditions du terrain changeant, qu’à fait le nouveau PM Harper ? Au lieu d’évaluer la situation à savoir s’il était encore possible de rencontrer les objectifs initiaux malgré une sécurité de plus en plus impossible à assurer, sa réponse fut d’étendre la mission de deux ans, sans justification et sans avoir obtenu de nos alliés des promesses d’aide. De plus, il n’obtint pas de l’OTAN qu’un autre pays le remplacerait à la fin de cette nouvelle extension.  En annonçant sa décision au parlement, il assura les députés que cette nouvelle mission n’affecterait pas les engagements de maintien de la paix du Canada en Haïti et au Darfour. Il força les députés à voter  (sous menace d’une élection) sans donner les faits réels et les informations pour un débat réaliste de la question. Quelques semaines plus tard, le ministre de la défense vint confirmer aux députés que le Canada manquait de troupes pour continuer convenablement son aide à ces pays où existent les plus grandes misères du monde.

 

Où allons-nous ? De l’avis de tous les observateurs, le danger est grand, la bataille sera difficile et le résultat incertain. N’oublions pas que l’URSS avec son armée puissante fut humilié et dut se retirer du pays après avoir été combattu férocement par les fédayins.

 

Dans une étude financée par le Canadian Defence & Foreign Affairs Institute, l'ancien diplomate et sous-ministre aux Affaires étrangères, Gordon Smith, avance que : « la solution militaire appliquée jusqu'ici dans le sud du pays ne peut déboucher sur la paix promise et qu'il faut maintenant privilégier la voie politique pour vaincre l'insurrection. » Smith explique que les populations pachtounes sont hostiles à une occupation étrangère, une hostilité qu'accroissent les bombardements de l'OTAN qui font des victimes civiles.  Afin d'éviter l'échec, il suggère d'ouvrir des négociations avec les éléments les moins radicaux de la mouvance talibane, en utilisant comme intermédiaire le Pakistan et les services de renseignements pakistanais proches des Talibans ».

Voilà une solution. Sans elle, nous serons encore là dans dix ans si nous ne nous retirons pas et le peuple « afghanistanais » ne sera pas mieux. Après un tel compromis, le Canada pourra maintenir un certain personnel pour viser à implanter ses objectifs initiaux de maintien de la paix et de reconstruction.

Par contre, si un tel compromis ne peut être négocié, je crois qu’il nous faut nous retirer le plus tôt possible de ce merdier en puissance. J’aimerais que l’on trouve les raisons pour en sortir immédiatement mais comme nous avons donné, par notre gouvernement, notre parole d’y être jusqu’en 2009, c’est la date ultime que je privilégie pour notre sortie complète de ce pays. Que d’autres de nos alliés prennent la relève et que le Canada tourne le dos, une fois pour toutes, aux aventures guerrières pour redevenir un apôtre de la paix ! Qu’on laisse nos voisins de sud faire les guerres qu’ils veulent mais que nous soyons immunisés contre de telles actions destructrices et mortelles !

Idéalement, j’aimerais que nous devenions la Suisse d’Amérique. Pourquoi pas ?

Claude Dupras