La menace de Karzaï
 

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mercredi 18 juin 2008

 

La menace de Karzaï

Frustré
 

 

Le président Afghan, Hamir Karzaï, menace le Pakistan. Il veut frapper les refuges talibans du côté pakistanais. Le malheur, c’est qu’il ne possède pas une armée capable de faire ce genre d’intrusion chez son voisin. Mal préparée et infiltrée de talibans, l’armée afghane ne peut même pas défendre son propre pays. C’est l’OTAN, dont le Canada, qui a entrepris, entre autres, d’éduquer cette armée dans l’art de la guerre. Finalement ce sont, en grande partie, les soldats Canadiens qui devront répondre de sa bravade.

 

Les Talibans reprennent du poil de la bête. Ils ont retrouvé la force de dominer de larges pans de l’Afghanistan. Les médias nous annoncent aujourd’hui qu’ils contrôlent une dizaine de villes autour de Kandahar. Et, ce ne sont pas les 200 soldats britanniques additionnels annoncés par le PM Gordon Brown cette semaine, ni les 700 soldats français supplémentaires dépêchés par le président Nicolas Sarkozy, ni ses beaux discours sur le sujet qui changeront quoi que ce soit.

 

Quant aux Pakistanais, ils ont changé d’opinion en rapport avec Karzaï et l’Afghanistan. Ce changement d’esprit vient de leur conviction que « les Talibans sont en train de gagner la guerre et que l’OTAN est vouée à l’échec ». Ils jugent que l’OTAN connaîtra le même sort désastreux que la Russie lors de sa guerre avec l’Afghanistan. Ils veulent attendre quelques mois pour connaître ce qui découlera de l’élection présidentielle américaine. Ils pensent que la politique américaine changera et que des accords locaux dans certains districts afghans seront possibles avec les Talibans, comme cela se fait sur le territoire pakistanais.

 

Au lieu de jouer au fanfaron, Karzaï devrait immédiatement chercher à s’entendre avec ses concitoyensde toutes tendances. Il pourrait, par exemple réunir les États Généraux de la nation afghane dont les Talibans, les Pachtounes, les chefs tribaux, les communautés traditionnelles, les élus nationaux et locaux, les organisations non-gouvernementales… Son but devrait être la paix par la discussion et non la préservation de son pouvoir personnel par la guerre.  Ainsi, Karzaï deviendrait un vrai chef d’état. Il en a maintenant l’opportunité.

 

Quant à nous, les Canadiens, il est temps de rapatrier nos soldats. Et nous avons une très bonne raison de le faire puisque l’OTAN n’a pas respecté sa promesse envers notre pays. On se rappellera que le comité Manley, mis sur pied pour étudier la situation de notre armée en Afghanistan, avait conclu que nos soldats étaient en danger car ils n’avaient pas les équipements nécessaires pour se protéger et bien faire leur travail. Le comité soulignait, entre autres, un manque important de véhicules spécialisés de terrain et d’hélicoptères militaires. Il avait fixé le nombre de ces derniers appareils à un minimum de 10.

 

Or, il s’avère que seulement deux hélicoptères seront disponibles sur demande, mais à condition qu'ils ne soient pas utilisés pour d'autres opérations prioritaires de l'OTAN ou de la Pologne, fournisseur des hélicoptères. Les 10 appareils étaient nécessaires, entre autres, pour éviter le ravitaillement de nos troupes par la route. Nos soldats devront donc, comme aujourd’hui, continuer à être approvisionnés par la route et non par les airs. Ils seront toujours en danger. Manley voulait mettre fin à la mort de nos soldats par les mines enfouies dans les routes par les Talibans. Malheureusement, cette condition que Manley a établie pour la poursuite de nos opérations, ne sera pas rencontrée.

 

De son côté et selon son habitude politicienne, le ministre de la Défense du Canada, Peter Mackay, continue à se faire rassurant. Il l’était avant la remise du rapport Manley par lequel ses discours passés ont été discrédités et je l’écoutais, encore cette semaine, aux débats télévisés de la Chambre des Communes, continuer avec sa même rengaine démagogique.  

 

L’extension de l’engagement du Canada de 2009 à 2011 a été durement débattu au parlement et ce ne sont que les conditions établies dans le rapport Manley qui ont finalement amené la majorité des parlementaires canadiens à voter pour accepter les années additionnelles de participation du Canada dans la guerre en Afghanistan, proposées par le PM Harper.  Celles-ci n’étant pas respectées, il faut revoir la décision et ramener nos soldats en 2009.

Près de 100 morts, des blessés en très grand nombre, plusieurs soldats marqués pour la vie, des familles séparées, près de 10 milliards $ de dépenses… et ça continue. Depuis 2005, cette guerre a assez duré pour nous. Le Canada a fait plus que sa part. Il est temps pour notre armée de revenir et de donner à d’autres pays de l’OTAN l’opportunité de faire, à leur tour, leur part.

 

Claude Dupras