La descente aux enfers de Stephen Harper
 

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vendredi 6 juin 2008

 

La descente aux enfers de Stephen Harper

Surpris

Ce qui se passe sur le plan national au Canada est surprenant.

 

Je résume. Le Parti Conservateur du Canada a eu la capacité de renaître des cendres du parti Progressiste Conservateur du Canada et du parti de l’Alliance Canadienne en prenant le pouvoir lors de l’élection générale de 2006, après 13 années de pouvoir libéral. Ce fut une surprise même si sa victoire fut minoritaire.

 

Tous les observateurs estimaient, alors, que le PM Stephen Harper, son équipe et son parti allaient tout naturellement conserver le pouvoir fédéral pour plusieurs années. En selle, contre un parti libéral en plein désarroi suite au scandale des commandites, l’avenir semblait rose pour les « bleus ».

 

Puis vint le congrès de leadership libéral. Les délégués choisirent, contre toute attente, un nouveau chef en la personne de Stéphane Dion. Québécois, il succéda au Québécois Paul Martin qui lui avait pris la succession du Québécois Jean Chrétien. Après treize ans de pouvoir pour le parti libéral dirigé par un canadien francophone du Québec, les Canadiens s’attendaient à ce que le nouveau chef serait issu d’une autre province ne serait-ce que pour respecter le principe de l’alternance (anglais / français) qui a toujours fait figure de loi dans le parti depuis sa fondation. L’élection de Martin fut l’exception qui confirma la règle.  

 

Stéphane Dion arriva à Ottawa sous un ciel couvert et menaçant. Intellectuel, penseur, malhabile dans le débat terre-à-terre de la politique, Dion eut beaucoup de difficultés à s’imposer. Même si les choses se sont légèrement améliorées durant les derniers mois, il a encore beaucoup de difficultés, surtout au Québec où plusieurs Québécois lui reprochent sa rigueur fédéraliste et particulièrement sa loi sur la clarté de la question référendaire advenant un autre référendum sur l’indépendance du Québec, qu’il fit adopter au parlement canadien.    

 

Le PM Harper avait donc le chemin libre. Avec un pays qui générait des revenus excédentaires, il était en position pour diminuer les impôts et remplir ses promesses électorales. Ce qu’il fit. Il proposa des motions qui s’avérèrent populaires comme la reconnaissance du fait que le Québec est une nation. Il faisait tout pour plaire aux Canadiens. Il grimpa dans les sondages. Les observateurs se mirent à prédire un nouveau gouvernement majoritaire conservateur advenant une nouvelle élection fédérale. Le parti s’organisa rapidement, loua des locaux pour son comité organisateur de l’élection, prépara tout son matériel électoral, acheta du temps de télévision, particulièrement pour dénigrer la personne de Stéphane Dion, activa les organisateurs de tous les comtés… et espéra être renversé à la Chambre des Communes pour se retrouver en campagne électorale et atteindre le pouvoir majoritaire.

 

Mais les partis d’opposition, sentant la défaite, refusèrent de renverser le gouvernement et l’appuyèrent lorsque nécessaire.

 

Aujourd’hui, surprise ! 58% des Canadiens se déclarent insatisfaits du PM et du gouvernement conservateur. On trouve Harper « arrogant, incapable d’écouter les personnes ordinaires, cachottier, obséquieux, qui communique mal ses politiques, indifférent… ». Ils craignent pour leur avenir, celui de leurs enfants et pour le pays.

 

La réponse des Conservateurs : « c’est la faute des médias…». Ils oublient leur politique militariste, particulièrement en Afghanistan, qui est impopulaire; leur politique de barrage à la loi sur les langues officielles et la révolte des minorités au pays qu’elle engendre; leur opposition à l’accord environnemental de Kyoto qui est incomprise par les Canadiens et dénoncée par une grande majorité de pays du monde; leur manque de réaction aux demandes des provinces, particulièrement celles présentées conjointement par le Québec et l’Ontario, dans les domaines de l’échange commercial, de l’environnement et des relations avec les autres pays qui ne sont pas écoutées. Les Conservateurs ne veulent pas reconnaître que leur chef se montre toujours indifférent face à toutes ces questions vitales et donne l’impression qu’il est le seul à avoir le pas.  

 

Figé dans son idéologie politique, le PM Harper ne semble pas capable de s’adapter au Canada en évolution. Par contre, les Canadiens voient clair. Par exemple, plus de 75% des Ontariens le disent incapable de gérer adéquatement les relations fédérales-provinciales. De plus, c’est dans cette province que l’on trouve le plus grand nombre d’insatisfaits du gouvernement Harper. Le PM ontarien Dalton McGuinty mène publiquement la charge contre les Conservateurs d’Ottawa et il est appuyé fortement par le PM Québécois Jean Charest. En période électorale, l’influence des PM provinciaux est forte. Cela n’augure rien de bon pour les Conservateurs dans ces deux provinces.

 

Au Québec, en particulier, le PM Harper, pour se trouver un appui, s’est rangé du côté de Mario Dumont, chef de l’opposition officielle à l’Assemblée Nationale du Québec et chef de l’Action Démocratique du Québec. Il a fait ce choix après avoir flirté avec le PM Jean Charest. Mais comme ce dernier exprimait des demandes importantes et grandissantes en rapport avec sa province, le PM Harper a changé de poulain.

 

Le problème, c’est que, depuis cette rencontre, Dumont s’est foiré dans l’opinion publique et qu’Harper se retrouve, à toutes fins pratiques, sans appui solide au Québec. Les députés-ministres québécois du Parti Conservateur ne sont pas nombreux et n’ont pas l’influence nécessaire pour amener l’électorat au parti. Quant à la dizaine de ses députés, ils ne peuvent individuellement assurer leur réélection car ils sont, comme ceux de l’ADQ,  inodores et incolores. On ne les connaît pas, ils parlent peu (il faut écouter la transmission des débats à la Chambre des Communes pour réaliser leur contribution insignifiante). Élus dans la région-couronne de la ville de Québec, là même où Dumont a connu ses succès, plusieurs de ces députés peuvent perdre leur siège car le pouvoir d’attraction du PM Harper s’amenuise. C’est lui qui avait attiré le grand nombre d’électeurs vers ses candidats lors de la dernière élection.   

 

Face à ce branle-bas de l’opinion publique et aux problèmes que rencontre le parti Conservateur dans chaque nouveau débat, le PM Harper veut du temps pour réfléchir et relancer son parti. Comme il n’aime pas la période de questions au parlement, car c’est là qu’il se retrouve normalement sur la défensive et se défend mal, le PM Harper semble vouloir allonger la période des vacances estivales des députés en ne convoquant pas le parlement avant la mi-novembre, soit après le congrès politique de son parti. Il veut ainsi prendre plus de temps pour développer de nouvelles idées et stratégies politiques, surtout face à la menace politique croissante que représente la dépression constante de l’économie, dans le but de reprendre le pouvoir.

Stéphane Dion que l’on disait battu, reprend peu à peu du poil de la bête. C’est un scénario qui montre beaucoup de ressemblance à celui qui l’a élu chef du parti au congrès de leadership du parti alors qu’au départ il n’avait aucune chance de gagner.

 

Claude Dupras