samedi 4 novembre 2006 la défaite de la reconstruction en Irak
Triste
Un sondage récent dans quatre pays du monde démontre que les populations consultées croient que le président américain Bush est une menace pour la planète. Ces pays ne sont pas les moindres puisqu’ils sont : la Grande-Bretagne, le Canada, le Mexique et Israël. Je ne suis pas surpris des résultats. Les trois premiers avec des pourcentages variant de 57% à 60% démontrent que la politique étrangère de Bush a rendu le monde plus dangereux. En Israël, le chiffre est à 36% ce qui est considérable si on considère tout le support unilatéral que Bush a donné à ce pays envers et contre tous les pays voisins.
Je ne suis pas surpris car, depuis longtemps, je qualifie Bush de président maudit. Il est un homme dangereux. Le pire président que les Etats-Unis aient eu.
Les élections au Congrès américain pour la Chambre des représentants et le tiers du Sénat auront lieu mardi prochain. Les journaux américains sont remplis d’articles qui expliquent la situation en Irak, le pire des chaînons faibles de Bush. M’inspirant des statistiques, des faits et des colonnes journalistiques que j’ai lus récemment, il me semble important d’en faire un blog, particulièrement en rapport avec la reconstruction de l’Irak. Il faut se rappeler, à ce sujet, que Bush a dit en juin dernier que « vous pouvez mesurez le progrès (en Irak) en mégawatts d’électricité délivré et en en terme de pétrole vendu sur le marché pour le profit du peuple Irakien ». Qu’en est-il réellement ?
Le géant américain de l’ingénierie est Bechtel. Il fut engagé à grand frais, sans soumissions, dès l’invasion américaine pour restaurer le pouvoir électrique, l’eau et les égouts dans le pays. Son contrat frisait les 2,3 billions de $US. Après avoir dépensé ce montant et perdu 52 employés tués sur le terrain, Bagdad n’a que six heures d’électricité par jour et la très grande majorité des Irakiens vivent sans eau potable et sans égouts sanitaires traités. Depuis trois ans, l’argent a été dépensé en grande partie pour la sécurité et non pour les projets prévus. Comme il ne reste plus d’argent, Bechtel, qui est le leader des entreprises américaines en Irak, a décidé de quitter le pays.
Face à cette situation, les Américains se posent des questions. Premièrement, est-ce que le peu de reconstruction a contribué à la faillite de la guerre ? Deuxièmement, comment les USA, le pays qui peut tout faire, n’a pas pu rien faire dans ce cas ? Enfin, troisièmement, si les USA ont décidé de cesser la reconstruction, pour quel motif les soldats américains se font-ils tuer ?
Les manques d’électricité et d’eau ont vite dissipé le « goodwill » initial envers les Américains. C’est pire que du temps de Saddam. De plus, les Irakiens savent que des billions $ ont été mal dépensés et volés et que les revenus du pétrole Irakien ont été perdus de la même façon. Par exemple, la compagnie américaine Parsons a reçu un billion $US pour des projets de construction, sans soumissions évidemment, dont celui de la nouvelle Académie de la police irakienne au coût de 75 millions $US. Ce bâtiment fut mal construit et aujourd’hui on y trouve toutes sortes d’anomalies et de déficiences. Par exemple, des fuites d’urine venant de la plomberie des toilettes coulent du plafond des baraques des officiers, sur leur tête.
Pourquoi une telle situation, impensable au Canada, est-elle survenue en Irak ? Les entrepreneurs américains, engagés sans soumissions et contributeurs importants aux caisses électorales des républicains, croyaient être protégés grâce à leurs connections politiques et estimaient qu’ils n’avaient pas de compte à rendre. Identifiés de si près à Bush, Cheney, Rumsfeld et compagnie, ils étaient convaincus de ne pas être remerciés de leurs services car cela aurait été une admission de défaite ou de faillite de la part des principaux dirigeants du gouvernement. L’administration Bush a donc combattu toute demande de vérification comptable par le Congrès américain et a tout fait pour fermer l’agence gouvernementale responsable de la vérification de l’argent dépensé en Irak. Face à la résistance de cette agence, la Maison Blanche l’a contournée pour l’allocation des derniers 1,5 billions $US pour la reconstruction et a convaincu le Congrès de voter une loi prévoyant l’élimination de l’agence. En fait, ceux qui avaient la responsabilité de reconstruire l’Irak n’avaient aucune incitation monétaire ou autre pour bien faire le travail et ceux qui devaient le contrôler ont été boycottés dans leur travail par la Maison-Blanche.
Voilà pourquoi une victoire démocrate majoritaire au Congrès est importante, la semaine prochaine, car les nouveaux présidents démocrates des comités auront le pouvoir de subpoena et seront en position d’enquêter sur les dépenses en Irak.
Mais cela est le passé, qu’adviendra-t-il dans l’avenir ?
Il n’y a pas actuellement de nouveaux plans américains pour la reconstruction ? De toute évidence, ces efforts sont terminés car le gouvernement hésite à demander des argents additionnels. Il sait que le public pense que la situation est sans espoir. En somme, nonobstant ses dires, Bush accepte la défaite de la reconstruction.
Malgré cela de jeunes américains combattent encore et meurent en Irak. On peut se demander pourquoi au juste ?
Pendant ce temps, le Canada s’engage dans la même voie. Prétextant l’urgence, tout comme Bush, le gouvernement du PM Harper engage des fonds publics, sans soumission, pour l’achat d’avions géants américains et d’autres appareils militaires coûteux pour rencontrer les objectifs de sa nouvelle politique militariste. Ce n’est pas dans la nature canadienne de procéder sans soumission publique et de ne pas exiger que les entrepreneurs et fournisseurs rendent compte de leurs obligations et de leur travail. Normalement, ils doivent respecter leurs contrats sous peine, souventes fois, de pénalités. Je crains que nous nous embarquions dans une galère semblable à celle de Bush. Il est temps que notre nouveau (il commence à être moins nouveau qu’il était) gouvernement commence à se ressaisir et nous évite les écueils de la partisannerie politique et une répétition du désastre américain d'Irak en Afghanistan.
Claude Dupras