L'héritage de Bush
 

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vendredi 28 mars 2008

 

L'héritage de Bush

Triste


Ami de longue date, Richard Lehir, qui fut ministre du gouvernement québécois de Jacques Parizeau, m'a toujours gratifié de son amitié. J'ai appris à son contact beaucoup de choses.

 

Homme cultivé, racé, sérieux, intellectuel, honnête, responsable et trilingue, il a été pour moi, depuis les années '80, un correspondant des plus intéressants et il m'a offert l'opportunité de partager avec lui mes opinions sur des sujets politiques variés et importants. 

 

Le récent mel qu'il m'a fait parvenir, sur les USA de GWBush, correspond à mes pensées et après avoir obtenu son accord pour le reproduire, il me fait plaisir d'en faire part à mes lecteurs:  

 

Bonjour Claude

 

J'imagine que tu suis avec intérêt le déroulement de la campagne électorale américaine. Tu te souviendras peut-être m'avoir exprimé tes inquiétudes peu de temps après le début du second mandat de Bush relativement à l'extrémisme de droite qui semblait avoir gagné les États-Unis.

 

Je t'avais répondu qu'il s'agissait d'une illusion créée par les distorsions du processus électoral américain, que la réalité était beaucoup plus nuancée et que s'amorçait déjà un mouvement qui allait remettre les choses en place.

Nous voici à moins d'un an de l'élection présidentielle, et à moins d'un revirement majeur que rien ne laisse entrevoir pour le moment, les américains devraient porter un démocrate à la présidence qui s'empressera, sitôt élu, de rebâtir tout ce que Bush est parvenu à démolir.

Le plus intéressant dans tout ça, c'est l'effacement graduel du clivage droite-gauche, non seulement aux États-Unis, mais partout dans le monde. Aujourd'hui, la politique ne se détermine plus par l'appartenance à un courant de droite ou de gauche, mais par la reconnaissance d'enjeux majeurs comme l'économie, l'environnement, et la guerre ou la paix.

 

Sur ces trois enjeux, nous allons assister à un réalignement majeur des politiques américaines au cours de la prochaine année, un réalignement tellement majeur qu'il risque de couper le souffle aux partenaires de l'Amérique et de les laisser sur le carreau. Harper, Sarkozy, Brown et autres risquent de se sentir bien cons tout à l'heure...

 

Pour les États-Unis, le moteur du changement sera l'urgence. Urgence sur le front de l'économie, urgence sur le front de l'environnement, urgence au Moyen-Orient.

 

L'économie américaine est mal en point. Les observateurs, et non des moindres, évoquent de plus en plus le souvenir de 1929. la rapidité et la détermination avec laquelle est intervenue la FED au cours des dernières semaines en est la meilleure preuve.

 

Prochaine étape, la re-règlementation qui va bouleverser en profondeur la façon de faire des affaires et qui va amener l'Amérique à se replier sur elle-même, le temps qu'elle panse ses blessures. 

 

Le mouvement vers la mondialisation va encaisser un freinage brutal, et on assistera au retour d'un certain protectionnisme. Cela risque de causer des tensions internationales importantes, tant politiques qu'économiques, les économies émergeantes se voyant tout à coup couper l'oxygène dont elles ont besoin pour leur développement.

 

La question de l'environnement va enfin recevoir l'attention qu'elle mérite, et là encore le réveil sera brutal. Les aberrations climatiques que nous observons depuis quelques années commencent à avoir des conséquences économiques désastreuses, comme les américains ont tous les jours l'occasion de s'en rendre compte.

 

Les réalignements nécessaires serontpénibles et constitueront un autre motif pour les américains de se replier sur eux-mêmes et de créer de nouvelles barrières tarifaires.

 

Reste le Moyen-Orient. Les dommages infligés par Bush sont colossaux. Hier soir encore, le réseau PBS diffusait une émission spéciale de Frontline intitulée Bush's War. Effarant. Le deuxième épisode sera diffusé ce soir, le 27 mars 2008. !  

 

Si tu es intéressé, tu peux les revoir sur Internet en tapant sur Google Frontline Bush's War. Beaucoup plus profond que ce que fait CNN. L'émission d'hier durait 2h30, sans aucune interruption publicitaire. 

 

Aux motifs politiques qui justifient déjà à eux seuls un retrait d'Irak et la redéfinition de toute la politique américaine au Moyen-Orient, s'ajoutent désormais des motifs économiques. Les États-Unis n'ont plus les moyens de poursuivre cette guerre et elle laisse leur économie en encore plus piteux état qu'elle l'était après la guerre du Viêt-Nam.

 

J'ai entendu la semaine dernière sur CNN quelque chose que je ne croyais jamais entendre de mon vivant. Le secrétaire d'état aux armées, convoqué par le sénat pour justifier l'acquisition auprès du consortium majoritairement européen EADS (Airbus) Grumman de ravitailleurs pour sa flotte de bombardiers en remplacement des vieux Boeing, a répondu que les États-Unis étaient désormais dépassés sur le plan de l'industrie de l'aéronautique et plusieurs autres, et ce depuis le milieu des années 1990. C'est un aveu incroyable de la part de qu'on prenait encore pour une superpuissance.

 

L'Amérique, et ce n'est pas la première fois que ça arrive dans son histoire, a besoin de se replier sur elle-même pour refaire ses forces.

 

Voilà l'héritage de Bush.

 

Amitiés