mardi 13 mars 2007
l'Alberta, le problème ?
Frustré
« Tout va très bien, madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien », ce pourrait être l’hymne national de la province canadienne d’Alberta. Elle connaît une période de richesse inouïe venant principalement de ses industries reliées au pétrole. Son économie est la plus forte au Canada. Sa population s’accroit spectaculairement et ses exploitations pétrolifères, forestières, bovines (3 millions de têtes), d’agriculture (blé et canola) et autres éclatent de progrès. De plus, s’ajoute un nouveau secteur technologique en pleine expansion.
L’Alberta est le plus important producteur de pétrole, de gaz naturel et de charbon au Canada. On y fabrique des produits dérivés du pétrole, tels le polyéthylène et le vinyl. Ses raffineries de pétrole fournissent les matières premières à une industrie pétrochimique qui est fort importante. Ses produits sont vendus à travers le monde.
Les sables bitumeux d'Athabasca ont des réserves de pétrole évaluées à 2 trillions de barils, soient plus que les réserves en Arabie. Avec l’augmentation du prix du pétrole et des moyens d’extractions améliorés, le coût d’exploitation est devenu similaire à celui du pétrole extrait des sites pétrolifères conventionnels. Malheureusement, le moyen d’extraction est à la base de vapeur. Il faut brûler deux barils de pétrole pour en fabriquer trois et cela ajoute considérablement au problème du réchauffement climatique.
Le Canada bénéficie de cette richesse puisqu’il reçoit une part importante des revenus. Voilà pourquoi, le PM Harper affirme que notre pays est en voie de devenir « méga-riche ».
Le gouvernement d’Alberta a remboursé toute sa dette. Pour les 3,5 millions d’Albertains, il fait bon vivre dans leur province où il y a du travail, une économie prospère, les taxes les plus basses au pays et les montagnes Rocheuses qui sont proches. Je comprends pourquoi tant de Québécois veulent y déménager.
Les Albertains votaient libéral mais lorsque le PM Pierre-Elliot Trudeau, en 1973 durant la crise énergétique, proposa le gel des prix du pétrole et l’imposition d’une taxe fédérale à l’exportation afin de protéger les consommateurs canadiens de l’inflation, ils s’éloignèrent de son parti. Suite à l'imposition du programme énergétique national (PEN) au début des années 1980, ils le renièrent et se tournèrent massivement vers le parti progressiste-conservateur du Canada et son chef Brian Mulroney qui promit d’abolir le PEN, ce qu’il fit après son élection en 1984.
Mulroney, à son tour, connut ses déboires avec les Albertains. Certains groupes de l’Ouest canadien, membres de la coalition canadienne qui l’appuyait, étaient devenus insatisfaits de son gouvernement et de l'absence d'une voix nationale pour faire valoir les besoins de l'Ouest. Leurs plaintes principales touchaient son favoritisme envers le Québec, son manque de responsabilité fiscale et son refus d’appuyer un programme de réforme institutionnel (la réforme du Sénat, entre autres). Ces désaccords prirent racines lors de la proposition fédérale d'amendement constitutionnel « du Lac Meach ». Ils estimaient qu’elle ne correspondait pas aux besoins de l'Ouest et allait à l’encontre de l'unité canadienne. Ils créèrent le « Reform Party ».
Régional et populiste, ce parti connut peu de succès sur le plan national. En 2000, il se transforma en « l’Alliance Canadienne », abandonnant son approche populiste pour des politiques plus à droite sur les plans social et fiscal. En décembre 2003, suite à l’élection générale, l’« Alliance » devint l’opposition officielle à la Chambre des communes, grâce à ses victoires dans la presque totalité des comtés albertains. Par la suite, son chef, Stephen Harper, Albertain et ex-membre du Reform Party, proposa au Parti progressiste-conservateur du Canada de se fusionner au sien et de former un nouveau parti politique national. Le parti conservateur du Canada fut crée et Harper en devint le chef. C’est en 2006, suite à l’élection générale, qu’il accéda au poste de Premier ministre canadien à la tête d’un gouvernement minoritaire, encore une fois, grâce aux électeurs de tous les comtés albertains qui élièrent ses députés.
Le PM Harper doit donc beaucoup aux Albertains. Les nombreux « lobbies » de sa province le savent et en profitent pour influencer directement ses politiques. Il n’est pas libre. C’est ce qui explique ses positions politiques qui semblent si bizarres pour beaucoup d’entre nous. Par exemple, il proposa au PM Chrétien que le Canada joigne les USA pour attaquer l’Irak. Pourquoi ? À cause des pressions du lobby pétrolier. Heureusement, Chrétien refusa. Il s’opposa ouvertement au protocole de Kyoto contre le réchauffement climatique même si le Canada avait signé ce document. Pourquoi ? Le lobby pétrolier est encore la réponse. Et ainsi de suite…
Le PM Harper est un bon politicien et il a une bonne image. Il sait reconnaître ses faiblesses et agir vitement pour les corriger. C’est ainsi qu’il parle maintenant de combattre le réchauffement climatique. Il annonce des projets de millions $ à cet effet tout en reprenant les programmes du gouvernement Martin, les mêmes qu’il avait annulés lors de son dernier budget. En même temps, il accepte d’accélérer le développement des sables bitumineux et d’en augmenter par trois la production, en cinq ans, sans tenir compte des effets néfastes sur le réchauffement climatique. Comment peut-on penser qu’il est sincère lorsque l’on constate cela ? Je crois qu’il devra vraiment changer s’il veut obtenir la crédibilité nécessaire pour gagner les appuis qu’il recherche sur cette question de première importance.
Afin de pouvoir agir librement et s’aligner sur la pensée des Canadiens, le PM Harper devra se libérer du joug des « lobbies » albertains et agir dans l’intérêt de l’ensemble des Canadiens. Pour son avenir politique, l’Alberta est le problème !
Claude Dupras