Du nouveau
Alors que tout est rationné, l’économie, qui s’améliore depuis le début de la
guerre, progresse rapidement. Charles-Émile et Antoinette n’ont jamais fait tant
de profits. L’industrie de guerre crée de nombreux nouveaux emplois qui génèrent
des revenus et une activité commerciale croissante. Du jamais vu depuis 1929. La
construction domiciliaire reprend à Verdun et de nouvelles rues sont ouvertes.
Malgré la guerre et le rationnement, le moral est excellent car les gens ont
plus d’argent dans leurs poches. Les économies de Charles-Émile et d’Antoinette
font des petits. C’est la fin de la Dépression.
En mars 1942, pour marquer leur bonne fortune et se préparer à agrandir la
famille, Charles-Émile fait une surprise à Antoinette en l’amenant voir une
belle maison au 681 de la rue Beatty, toujours à Verdun. C’est un duplex en
briques, mitoyen à une autre maison identique. Elle a de grandes fenêtres en
avant, en arrière et sur le côté et une grande cour au coin de laquelle il
y a un très grand chêne recouvrant la moitié de la cour et la ruelle de ses
longues branches. Elle a, surtout, un système de chauffage central au charbon,
avec radiateurs de fonte à l’eau chaude dans toutes les pièces. Il lui annonce
avoir fait une offre et qu’elle a été acceptée. Il passera chez le notaire dans
deux semaines et ils pourront emménager le 1er mai. Antoinette est folle de
joie. Ils seront enfin propriétaires de leur maison, ils auront même un
locataire et vivront sur une belle rue calme où l’on retrouve les plus belles
propriétés de Verdun, même si la leur n’appartient pas à cette haute catégorie.
Une autre surprise attend Jean-Claude et Pierre-Paul. Charles-Émile et
Antoinette leur annoncent qu’ils ne retourneront pas au pensionnat en septembre
et qu’ils sont inscrits à l’école publique Notre-Dame-de-Lourdes. Jean-Claude
est déçu et dit adieu à son rêve de servir la messe. Par contre, Pierre-Paul est
ravi, car il n’en pouvait plus de vivre dans l’atmosphère étouffante de ce
pensionnat. Antoinette, très sensible aux besoins de son plus jeune fils, veut
l’aider avec ses devoirs et leçons. Réjeanne, la « bonne », est revenue à la
maison et aidera Antoinette.
Les garçons ne comprennent pas le sens de tous ces changements. Ils ne savent
pas qu’Antoinette est de nouveau enceinte et attend son prochain bébé pour
janvier prochain. Elle ne leur annonce pas la bonne nouvelle car elle croit
qu’il ne faut pas parler de ces choses aux enfants et surtout ne pas les
expliquer. Cette fois-ci, elle ne veut pas prendre le risque de perdre son bébé
et suivra docilement toutes les recommandations de son nouveau médecin, le
docteur Eugène Thibault de l’Hôpital du Christ-Roi de Verdun. Charles-Émile
n’est pas heureux de voir leur médecin de famille, le Dr. Archambault, tenu à
l’écart, mais Antoinette lui fait valoir que l’hôpital de Lachine est loin,
qu’elle veut mettre toutes les chances de son côté en accouchant à Verdun et
qu’elle se sent à l’aise avec le nouveau. Charles-Émile n’aime pas le Dr
Thibault pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la médecine, mais plutôt
parce qu’il s’agit d’un sympathisant libéral, un rouge et rival du
Dr. Archambault, qui a des ambitions politiques. Elle planifie de rester à la
maison dès le 5ième mois de sa maternité, en septembre. Elle pourra alors
s’occuper des garçons et tout particulièrement de Pierre-Paul. Charles-Émile
accepte, mais il n’est pas très heureux de les retirer de cet excellent
pensionnat qu’est le Mont-Jésus-Marie pour les placer à l’école publique.
En juillet, Pierre-Paul va passer quelques semaines avec Mémère Dupras à
Saint-Jérôme. Il a les oreillons et sa grand’mère insiste pour en prendre soin.
Elle s’en occupe bien et il guérit vite. Il s’occupe des poules et joue avec les
petits voisins. Il est particulièrement friand de ses promenades en buggy avec
elle. Charles-Émile, Antoinette et Jean-Claude viennent le chercher fin juillet
et ils partent tous ensemble pour un chalet que Charles-Émile a loué pour les
deux premières semaines d’août, à Val-Morin. La famille passe de très agréables
vacances dans cet endroit qui dispose d’une petite plage de sable sur la rivière
du Nord où le courant est lent, près d’un beau petit pont en bois. Et en plus,
il y a une grande chaloupe Verchères avec laquelle ils peuvent s’amuser à
volonté.
