Deux îles, deux destins: Cuba et Puerto Rico
 

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le 4 mars 2007

deux îles, deux destins: Cuba et Puerto Rico

Confiant


Pendant plus de 450 ans, Cuba et Puerto Rico suivirent le même chemin.

 

C’est Christophe Colomb qui les découvrit pour la couronne espagnole,  Cuba lors de son premier voyage de 1492 et Puerto Rico à son deuxième en 1493. À l’époque de Napoléon, au moment où il occupa une grande partie de l’Espagne, elles devinrent sous le contrôle de la France. Puis les insulaires engagèrent de dures luttes pour obtenir leur indépendance durant lesquelles les USA appuyèrent particulièrement les Cubains. Finalement, c’est par le Traité de Paris de 1898 que l’Espagne céda ses deux possessions antillaises. Cuba et Puerto Rico devinrent des États « indépendants » mais sous le joug des Américains, en raison de la richesse de leur terre et des productions de canne à sucre, de fruits, de café, de rhum, de minerai, etc. 

 

À son tour, l’ingérence américaine fut contestée, et ce n’est qu’en 1934 qu’elle s’assouplit à Cuba, et en 1945 à Puerto Rico où se tinrent les premières élections démocratiques. Dix ans plus tard, Puerto Rico obtint un statut d’état libre associé aux USA représenté au Congrès Américain sans droit législatif. En 1959, Fidel Castro, à la tête de son armée rebelle, renversa le dictateur cubain Batista et instaura un régime politique sous la dictature du parti communiste. Il nationalisa les compagnies américaines et en réponse, les USA imposent un embargo économique depuis 1962. 

Le premier gouverneur portoricain Luis Munoz Marin obtint des USA, en 1945, un régime fiscal spécial pour les industries locales et put attirer de nombreuses entreprises pharmaceutiques et de la technologie des produits pétrochimiques. Aujourd’hui, ces usines contrôlées par des capitaux internationaux ont tendance à se délocaliser vers des pays à plus faibles coûts salariaux en Amérique latine et en Asie. Et comme Puerto Rico est soumis aux lois du commerce et des restrictions des USA, l’ile vit des problèmes importants.

 

L’URSS accorda une aide de 4 à 6 milliards USD par an jusqu’en 1990 à l’économie cubaine en échange de son alignement politique (envoi de forces cubaines dans plusieurs pays d’Afrique, soutien aux mouvements révolutionnaires d’Amérique latine). La chute du mur de Berlin et des Soviets créa une grave crise économique. C’est alors que Castro libéralisa l’économie, accepta le développement d’entreprises privées et de manufactures et la légalisation du $ US (Fidel annulera ces politiques 10 ans plus tard). Le tourisme fut aussi encouragé. Déjà en 1996, ce dernier représentait plus que la culture de la canne à sucre. Il attira plus de 2 millions de touristes canadiens et de l’Union européenne et généra plus de 2,1 milliards $ de revenus

 

Suite à la venue de Castro, 62,000 Cubains immigrèrent à Puerto Rico. Parmi eux : des riches, des marchands, des constructeurs, des médecins, des professeurs, des entrepreneurs, etc.. Leur apport fut considérable et ils dynamisèrent le développement de l’île. Depuis, les entreprises se multiplient, les édifices à condos pullulent et la qualité de vie s’est grandement améliorée.  

 

Cuba est la plus vaste île des grandes Antilles caribéennes d’une superficie équivalente aux trois quarts de l’état de la Floride. La petite île de Puerto Rico n’a que le onzième de la superficie de Cuba. Les cinquante dernières années ont vu les populations de ces îles doubler en nombre. Cuba approche, aujourd’hui, les douze millions d’habitants et Puerto Rico les quatre millions (un nombre égal de Portoricains vivent aux USA).

 

Je connais bien Puerto Rico puisque j’y vais depuis 1969. J’ai aussi eu le privilège de visiter Cuba trois fois. En 1959, quelques mois après l’arrivée de Castro et en 2004. Cela m’a permis de comparer les deux îles, leur développement et la situation de leurs habitants.

 

À Cuba, le régime politique est socialiste, l’investissement est réglementé et les prix fixés par l’État.  À Puerto Rico, le régime est capitaliste et favorise le libre marché. Les deux États jouissent  d'une grande autonomie politique, culturelle et linguistique.

 

Éducation : Les Cubains bénéficient de l’éducation gratuite incluant l’université. Tous sont encouragés à se rendre au plus haut niveau possible. La langue d’enseignement est l’espagnol et le taux d’alphabétisation est de 100%. Peu sont bilingues.

 

À Puerto Rico, l’éducation est gratuite jusqu'au secondaire et l’accès au collège et à l’université est payant. Dans les écoles portoricaines, l'espagnol reste la seule langue d'enseignement, mais l'anglais est obligatoire comme langue seconde dès le primaire et jusqu'à la fin du secondaire. Par contre, seulement 20 % des Portoricains sont en mesure de suivre une conversation normale en anglais. Comme la connaissance de l’anglais est nécessaire pour accéder aux études supérieures et obtenir un diplôme universitaire à Puerto Rico, seul un petit nombre y accède. Le taux d’alphabétisation est de 96,9%.

 

Santé, Retraite et logement : Tous les Cubains bénéficient d’un régime de soins de santé universelle et d’un régime de retraite. Chacun a son logement. Tout est gratuit.

 

Les Portoricains contribuent seulement 7,5% de leurs salaires (les patrons y ajoutent 7,5%) pour payer les cotisations sociales à la Caisse de santé pour leurs soins de santé et à la Caisse de retraite. Par contre, plusieurs n’ont aucune protection. Les frais de logement sont élevés et représentent plus de 25% des salaires.

 

À Cuba, le taux de mortalité infantile est plus bas et le taux d’espérance de vie est plus élevé qu’à Puerto Rico.

 

Drogues : À Puerto Rico, la drogue fait des ravages et il y a, entre autres, une moyenne de 60 meurtres par mois. À Cuba, ce problème n’existe pas. La police est intraitable et les prisons ressemblent à des cachots du Moyen-âge.

 

Transport : Les Portoricains aiment les grosses voitures et possèdent plus d’une automobile par famille. Les 4X4 et les « pickup » américains, gros modèles, pullulent. Pourtant les Portoricains ne peuvent aller très loin puisque l’île n’a que 170 km de longueur et à peine 90 km de largeur. Des bouchons importants colmatent la circulation. Le matin et à 16.00 h, toutes les routes nationales et les autoroutes sont bondées d’autos qui circulent à la queue leu leu. S’il y a un accrochage, c’est l’enfer.

 

Le gouvernement construit des autoroutes, élargit les routes nationales, etc., rien ne suffit. Et le problème s’accentue d’année en année. Bientôt, ce sera la catastrophe. Par contre, le système de transport en commun est bon.

 

À Cuba, le problème n’existe pas, car il n’y a pas d’automobiles sauf celles des années ’50 qui circulent encore et qui sont classées comme patrimoine national. Le transport en commun est horrible avec des autobus surnommés « les chameaux » et des camions à benne pour transporter les travailleurs hors de la Havane. Les bœufs servent de tracteurs sur les fermes. L’autoroute est vide.

 

Produits de consommations : À Puerto Rico, on peut trouver de tout. C’est comme aux USA ou au Canada. L’un des plus grands centre commerciaux de l’Amérique latine y est situé, la « Plaza las Americas ».

 

À Cuba tout est rare, les tablettes des marchés et des magasins sont souventes fois vides de marchandises. Le système de rationnement compense afin d’assurer que chaque cubain soit nourri. Des cartes de rationnement "la libretas" sont émises à chacun et elles déterminent les quantités de nourriture que chaque individu ou chaque famille peut se procurer dans les magasins « peso ».

 

L’obésité à Porto Rico est un problème majeur, surtout chez les jeunes. Plus de 40% sont obèses. À Cuba, le problème n’existe pas.

 

Salaires : Les salaires des Portoricains sont moins élevés qu’au Canada puisqu'ils sont exempts d’impôt fédéral. Dans les entreprises, les salaires horaires varient de $6.50 de l’heure à $20.00 de l’heure. Ailleurs, le salaire minimum se situe entre 3,75 $ et 5,75$.

 

À Cuba, le salaire mensuel est de 300 pesos (14 US$) par mois pour les professionnels. C’est pourquoi, plusieurs deviennent chauffeurs de taxi, dans l’espoir de récolter quelques dollars US pour arrondir leur fin de mois.

 

Tourisme : À Puerto Rico, l’industrie du tourisme souffre. Cette situation est dûe aux syndicats des ouvriers de l’industrie hôtelière. Il y a vingt ans, ils forcèrent le boycott des hôtels et organisèrent grève après grève, firent éclater des bombes dans les hôtels et finalement mirent le feu au grand hôtel Dupont Plaza. Quatre-vingt douze personnes y moururent en dix minutes dans le casino dont les portes furent barrées en partie pour éviter le vol. Par la suite, trois autres hôtels connurent des incendies mineurs. Depuis, plusieurs sont démolis.

 

Contrairement à Cuba, la perle des Caraïbes, Puerto Rico, l’île de l’enchantement, ne peut offrir des hôtels avec services tout inclus car les salaires actuels des employés d’hôtel ne favorisent pas la compétition. Pourtant Puerto Rico est une île magnifique où le climat est toujours parfait avec des plages paradisiaques et Dieu sait qu'il a un grand besoin de développer son économie touristique.

 

La corruption : La corruption règne en maître à Puerto Rico. D’année en année, quelque soit le parti au pouvoir, des hommes politiques et des fonctionnaires sont condamnés pour des raisons de corruption. Ils semblent incorrigibles.

 

À Cuba, la corruption est surtout au niveau des individus. Ne pouvant nourrir leur famille avec le salaire miteux qu’ils reçoivent, un très grand nombre de Cubains dérobent leurs entreprises (l’État) de produits ou de matériels afin de nourrir leur famille ou de les vendre pour avoir des pesos. La majorité des Cubains ferment les yeux en se disant « c’est compréhensible ! ».

 

Voilà une comparaison incomplète qui donne un certain éclairage sur les résultats d’un système politique par rapport à une autre. Il faut cependant comprendre que sans l’embargo américain, la situation à Cuba serait de beaucoup meilleure.

 

Claude Dupras