De Ponferrada à Santiago de Compostella
 

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VINGT-CINQUIÈME ÉTAPE 

Ponferrada – Villafranca del Bierzo

23,3 km 

          J’avais l’impression d’avoir accompli le plus dur. Il me restait quoi ? Six étapes… Bon, j’avais encore le temps de me faire amputer des deux jambes, de me faire écraser par une voiture, de tomber dans un ravin. Mais quand même, je me disais que j’y étais presque, que bientôt je monterais dans un train en direction de la frontière, et qu’ensuite… ensuite, j’en savais rien. Du coup, je n’étais plus très sûr de vouloir arriver à Saint-Jacques. Le pèlerinage avait été un  but, maintenant, je savais que ça n’était qu’une étape.  

 

          J’avais passé la nuit dans un hôtel de Ponferrada, histoire de me décrasser et de reprendre des forces. Nous étions allés au restaurant, je m’étais frité avec un gusse qui prétendait que le pèlerinage à Compostelle avait pris une tournure trop commerciale, qu’il lui était même arrivé de croiser des pèlerins en boîte de nuit avec une coquille autour du coup, etc. Je lui avais balancé mon verre de vin à la gueule, puis l’avais giflé. Il m’avait assené un coup de boule et lorsque j’avais repris connaissance, il était parti…

          Bref, ça n’avait rien donné de folichon, une soirée de merde en somme.

          J’étais rentré à l’hôtel avec une bouteille de Jack Daniel’s et le nez en sang, la réceptionniste avait insisté pour appeler un docteur. Elle avait l’accent allemand et des seins gros et mous. J’avais posé du fric sur le comptoir et lui avais proposé de faire l’amour, mais elle n’avait rien voulu savoir. Alors, j’avais regagné ma chambre et m’étais saoulé, puis j’avais passé la nuit avec Marlène. Je m’étais fait tout un scénario dans lequel j’étais une vedette de la chanson qui avait connu le succès avec un tube intitulé : Viva Santiago ! Nous sortions ensemble elle et moi, et nous passions la nuit à Ponferrada et tout…

 

          Le lendemain matin, je repris la route. J’avais la gueule de bois et le nez de travers, je suais comme une vache, et regrettais tout ce que j’avais fait ou dit.

Elvis marchait à mes côtés, il me regardait, il était plein de tendresse pour son abruti de maître. Au début, ça avait été un problème de se le trimballer ; et pourtant, sans lui, j’aurais rebroussé chemin depuis longtemps.

 

VINGT-SIXIÈME ÉTAPE 

Villafranca del Bierzo – El Cebreiro 

27,8 km 

               Elvis arrosait un bouquet de chrysanthèmes, des fleurs en plastique destinées à Pedro Alvarez (1874-1932), j’avais dormi sur sa tombe, ça n’avait pas eu l’air de le déranger… Il était sept heures trente du matin, le cimetière ouvrait ses portes à huit heures, j’avais juste le temps de plier bagages avant l’arrivée des premiers visiteurs.  

          Le paysage était montagneux. En toile de fond : El Cebreiro (1293 mètres) au sommet duquel se trouvait le village du même nom. Mon jeans était maculé de boue, sur mon t-shirt était inscrit I love New-York. Elvis et moi nous dirigions vers une fontaine. Je me débarrassai de mon sac à dos, remplis ma gourde, tandis qu’Elvis se dressait sur ses pattes arrière et étanchait sa soif. Puis je retirai mon pantalon, sortis un tube de pommade et massai chacune de mes jambes méticuleusement.

          -  Regarde ça, Elvis, on dirait un bibendum.

          Il regarda, la gueule dégoulinant d’eau.

          -  Tu es prêt pour le Cebreiro ?

          Je levai les yeux vers la montagne.

          -  De toute façon, on a pas le choix, c’est marche ou crève, pas vrai ?

          Je refermai le tube de pommade, puis remis mon pantalon et déposai la casquette sur ma tête.

          -  Ultreïa ! criai-je.

          C’était le cri de ralliement des pèlerins signifiant « Plus haut ! ».

          Nous continuâmes notre route vers le Cebreiro.

 

          Au pied du Cebreiro, un chauffeur entassait les sacs à dos des pèlerins les plus en difficulté à l’intérieur de sa camionnette et se chargeait, moyennant finance, de les transporter jusqu’au sommet. De nombreux pèlerins se trouvaient là, attendant de pouvoir se débarrasser de leur barda, afin d’entreprendre la grimpette départis d’un poids non négligeable. Je passai devant l’attroupement sans m’arrêter et empruntai un sentier rocailleux qui montait en pente raide au milieu d’immenses étendues de bruyère.

          Plus haut, nous traversâmes un hameau pris d’assaut par les vaches, un fermier en bleu de travail les conduisait à l’étable. Nous nous frayâmes un chemin au milieu du troupeau, poursuivis par des chiens de ferme qui reniflaient le trou de balle d’Elvis au passage.

          J’adressai un salut amical au fermier, qui me répondit d’un bref hochement de tête, tout en tétant une cigarette de tabac roulée.

          … Nous arrivâmes au sommet.

          Nous traversâmes le village du Cebreiro pris d’assaut par les touristes et des pèlerins de toutes nationalités ; la vue panoramique depuis le sommet était remarquable. Nous arpentâmes les rues étroites, croisant des vidéastes amateurs, un groupe de touristes chinois nous mitraillant avec leurs appareils photo numériques, des marmots en pleurs, un couple d’Américains obèses léchant des cornets de glace tout en mangeant des chips, un punk, une femme portant le tchador et son mari, une bande de rappeurs écoutant leur musique à fond…

          Puis, nous nous dirigeâmes vers la sortie du village, nous traversâmes une petite route en laissant le Cebreiro derrière nous. 

 

VINGT-SEPTIÈME ÉTAPE 

El Cebreiro – Sarria 

38,5 km 

          À quelques encablures du Cebreiro, j’étais assis sur mon sac de couchage, j’avais ôté mes chaussures et mon pantalon. Elvis était couché à mes côtés, il enfonçait son museau dans le duvet en couinant de plaisir. Autour de nous, le paysage s’étendait à perte de vue : El Cebreiro bien sûr, mais aussi une splendide vallée vers laquelle un épais brouillard s’engouffrait. Nous nous apprêtions à passer la nuit, installés sur l’herbe verte d’une immense prairie, avec le ciel au-dessus de nous…

 

          Le lendemain matin, le ciel était bleu et il allait faire chaud. Je m’arrêtai prendre un copieux petit-déjeuner composé d’œufs au plat, de jambon et d’une salade de tomates, et repartis le ventre plein et le sourire aux lèvres.

          Nous arpentions le camino comme si nous avions toujours fait ça, admirant le paysage, nous arrêtant parfois, le temps pour moi de fumer une cigarette et de faire caca.

          Puis, nous parvînmes en haut d’une pente raide, jalonnée de grosses pierres, de buissons et de champs céréaliers qui descendait vers un village aux toits de chaume. Nous entreprîmes de descendre la longue pente, d’un pas léger, nous dirigeant vers le village… Lorsque nous fûmes en bas de la côte, j’entendis quelqu’un m’appeler, je me retournai et vis tout en haut de la pente le peregrino au chapeau de paille, celui auquel j’avais donné une orange. Je m’arrêtai et lui souris, il me répondit d’un signe de la main.

          Je le regardais descendre vers nous, lorsqu’il se tordit la cheville sur une pierre et perdit l’équilibre. Il tomba au sol et perdit son chapeau. Je me débarrassai de mon sac à dos et courrai vers lui, suivi d’Elvis ; le peregrino était à terre et se tenait la cheville en grimaçant de douleur.

          Je parvins à lui, puis l’aidai à se relever.

          -  Comment ça va, hombre ? demandai-je.

          -  Ça pourrait aller mieux… je crois bien que je me suis fait une entorse.

          Je m’accroupis et regardai en direction de sa blessure ; c’était déjà en train d’enfler.

          -  Merde, c’est pas joli, dis-je.

          Il bredouilla quelques mots incompréhensibles, son émotion était grande ; il passa un bras autour de mes épaules, et nous descendîmes doucement vers le village, laissant sur le camino le chapeau de paille.

 

          Au village, nous pûmes appeler le Samu… Ils diagnostiquèrent une déchirure musculaire, le pèlerinage s’arrêtait là pour lui. Avant qu’il parte, je le serrai dans mes bras en lui disant que ça n’était que partie remise, les larmes brillaient dans ses yeux. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander pourquoi lui, plutôt que moi. Moi qui n’avais rien d’un peregrino, à qui l’on avait même refusé le Crédancial, et qui méritait sans doute moins que lui d’y arriver…

          -  Ça va aller, lui dis-je.

          Il monta dans le véhicule, puis se retourna et dit :

          -  Prends soins de toi, l’homme au chien. Et pense à moi en arrivant là-bas !

          Je hochai la tête en le regardant partir.

 

VINGT-HUITIÈME ÉTAPE 

Sarria – Portomarín 

21,5 km 

          Nous traversâmes un sous-bois, passâmes sur un petit pont de pierre et rejoignîmes un chemin de terre ; Elvis marchait devant, je le suivais, le dos un peu plus voûté que d’ordinaire.

          Nous montâmes une pente douce en direction du hameau de Ferreiros. Nous passâmes devant un refuge : longue bâtisse aux murs blancs et au toit d’ardoises, d’où s’élancèrent une demi-douzaine de pèlerins en s’écriant :

          -  C’est l’homme au chien ! C’est l’homme au chien !

          Je les regardai courir vers moi, un peu éberlué ; ils me serrèrent la main chaleureusement, caressèrent Elvis…

          L’un d’eux me dit :

          -  Viens au refuge, nous allons faire la fête…

          Il y avait un barbecue, ils faisaient cuire de la bidoche.

          -  Il est encore tôt pour s’arrêter, dis-je en souriant.

          Un autre me dit :

          -  Ménage-toi, ami, si tu veux arriver à bon port !

          -  Oui, je sais bien, mais ce sera pour une autre fois. Merci quand même de m’avoir invité.

          Je recommençai à marcher, puis me retournai et leur dit :

          -  Bonne chance à vous tous !

          Ils me regardèrent m’en aller, l’air un peu déçu, puis regagnèrent le refuge. Ils durent me prendre pour un sauvage, et ils n’avaient pas tort.

         

          Je marchai encore une heure ou deux, puis cherchai un endroit où passer la nuit. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine, j’essayais de ne pas y penser. Le soleil se couchait lorsque j’aperçus à proximité du camino un hórreo (grenier à grains), il n’y avait aucune maison alentour, je décidai donc de m’y installer. J’ouvris la petite porte en bois et hissai mon chien ; il était presque vide et nous avions largement assez de place afin d’y passer une bonne nuit, sans être réveillé par la rosée. Je m’allongeai sur les planches, attendant que mon cœur se calme. Je ne ressentais aucune peur, je savais pourquoi j’étais là, et surtout, j’étais fier d’être arrivé jusqu’ici. Lorsque je me sentis mieux, je me confectionnai un sandwich avec du pain rassis et offris à Elvis un restant de pattes de poulets (très pratique à transporter, et plein de vitamines).  

 

VINGT-NEUVIÈME ÉTAPE 

Portomarín – Palas de Rei 

23,9 km 

          Le camino longeait la route, les voitures allaient bon train. Un camion du Samu arriva, sirène hurlante ; il se gara sur le bas-côté, deux ambulanciers descendirent précipitamment du camion, se dirigèrent vers les portes arrière et en sortirent une civière.

          Puis ils s’avancèrent vers moi.

          -  Señor ! Ça va ? Señor !...

          Assis sur une borne kilométrique, la tête penchée en avant, je dormais d’un sommeil profond. Elvis s’approcha d’eux en couinant car il était inquiet. Le deuxième ambulancier releva une de mes manches pour me prendre la tension. J’ouvris les yeux et regardai les deux hommes, le tensiomètre autour de mon bras…

          -  Putain, qu’est-ce que vous faites les gars ?

          Je tournai la tête de côté, cherchant Elvis : il était derrière moi, il arrosait une touffe d’herbe. Je me retournai vers les deux hommes, puis vers le camion du Samu, la bouche sèche et les yeux en trou de pine.

          -  Vous avez pris de la drogue ? on me demanda.

          -  Ben non, quoi, je suis l’homme au chien… Je suis un peregrino, regardez mes jambes…

          Je me levai et baissai mon pantalon jusqu’aux chevilles, faisant voir aux deux gars mes jambes de bibendum. Les deux hommes hochèrent la tête, l’air compatissant.

          -  Merci quand même, dis-je.

          Les deux ambulanciers remballèrent leur matériel, puis déposèrent la civière à l’arrière.

          -  Bonne chance, me dit l’un d’eux.

          -  Gracias, hombre, dis-je.

          Ils remontèrent à l’intérieur du camion et s’en allèrent, j’agitai la main en guise d’au revoir. Je me tournai vers le ciel, il était gris. Je bus un peu d’eau et me remis en route.

          Nous longeâmes la nationale durant quelques kilomètres, puis nous empruntâmes un petit chemin de terre au milieu de champs céréaliers. Je me sentais vide comme une coquille d’huître, je me disais que c’était dû à la fatigue, à mon arrivée prochaine. J’aurais voulu me réjouir, mais je n’y arrivais pas, je me sentais triste sans vraiment savoir pourquoi. J’étais prêt de réussir, je n’étais pas habitué, c’était sans doute pour ça.

 

TRENTIÈME ÉTAPE 

Palas de Rei – Arzúa 

28,6 km 

          Le camino était bordé d’eucalyptus géants, je m’arrêtai et ramassai une poignée de feuilles au pied d’un arbre, je les frottai entre mes mains et respirai leur parfum. J’avais besoin d’égayer mes sens, d’apaiser mon esprit.

          Je shootai dans une pomme de pin, entamai une partie de football avec Elvis ; je me forçais à rire. Mon cœur battait vite, je me sentais oppressé. J’avais la sensation de ne pas être seul, que quelqu’un se planquait derrière les arbres, une présence maléfique qui se moquait de moi, qui attendait de me voir tomber. Je continuai d’avancer, me retournant ponctuellement, persuadé que j’étais suivi. Je ne pouvais pas aller bien vite, mon cœur s’emballait aussitôt, j’avais du mal à respirer. Elvis me regardait du coin de l’œil, il ressentait mon trouble, c’était évident.

          Le silence devint assourdissant, il n’y avait pas d’oiseaux, rien. J’avais hâte de sortir de là, de voir des gens, des voitures, d’entendre du bruit, de retourner à la civilisation. Je luttais intérieurement, harcelé par des idées morbides. Tout ça se répercutait sur mon corps.

          On me voulait quoi au juste ?

          Je pouvais très bien tomber raide mort, ça ne m’effrayait pas plus que ça…

          -  Alors quoi, hein ?! je gueulai.

          Personne pour me répondre, juste cette saloperie de présence invisible qui me harcelait, aiguisait mes nerfs et cherchait à me faire douter. Le doute, c’était  le diable, ça pouvait sembler romanesque et pourtant. Et puis, j’avais peut-être un léger problème au niveau de la chimie du cerveau…

          Je m’arrêtai devant la tombe d’un pèlerin. Ses chaussures de randonnées avaient été moulées dans le bronze et ornaient le devant de la tombe. Je me demandai si lorsque je serais mort, Elvis pourrait être moulé de la sorte, j’y réfléchis quelques instants, puis passai à autre chose.

          Je devais manquer de sucre ou quelque chose comme ça, il me fallait du coke ; le coke m’avait sauvé la vie plus d’une fois en parcourant le camino, les bocadillos de tortilla aussi.

          J’accélérai du mieux que je pus, je traversai une route et entrai dans Melide où je n’eus guère de mal à trouver ce que je cherchais. Je bus mes deux canettes coup sur coup, m’assis sur le bord du trottoir et fumai une Fortuna en levant les yeux au ciel. Le crachin me frisait les cheveux, je ressemblais de plus en plus à mon chien ; il était allongé sur le trottoir et se léchait les parties.  

 

TRENTE-ET-UNIÈME ÉTAPE 

Arzúa – Santiago de Compostela 

38,4 km 

          Nous longions la N-547, lorsque j’aperçus au milieu d’un champ une cahute en agglos dont les murs étaient couverts de graffitis. Nous nous dirigeâmes vers la cahute.

          -  C’est notre dernière nuit sur le camino, Elvis, te rends-tu compte ? Non, sûrement pas. Toi, tout ce qui t’intéresse, ce sont ces excellentes pattes de poulets qui sont dans mon sac, pas vrai ?

          Il me regarda en aboyant.

          Nous entrâmes dans la cahute, je balayai du pied quelques bris de verre et mégots de cigarette, me débarrassai de mon sac à dos et m’installai sur une des marches de l’entrée. Nous mangeâmes en silence.

          Puis, tandis que le soleil se couchait, je regardai passer les voitures, serrant mon chien contre moi, apercevant à quelques kilomètres de là, les faubourgs de la ville de Compostelle.

 

          Le lendemain matin, nous arpentâmes le camino parallèle à la N-547. Nous marchâmes durant quelques kilomètres et parvînmes devant le panneau indicateur sur lequel était inscrit Santiago. La circulation était dense, nous continuâmes notre route sans nous préoccuper des coups de klaxon, ni des gens qui nous interpellaient, des gens pour qui ce jour était un jour ordinaire…

 

          Nous arrivâmes à la Plaza del Obradoiro. Face aux murs ocre de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, nous nous frayâmes un passage au travers les groupes de touristes. Des pèlerins étaient là, en larmes, se congratulant les uns les autres, se tapant sur les épaules, laissant exploser leur joie.

          Je m’arrêtai au milieu de la place et regardai la cathédrale, arborant un demi-sourire, regardant tous ces gens autour de moi, parcourant la place du regard.

          Puis, je me tournai vers mon chien, il me regardait en remuant la queue.

          -  Ça te dirait de manger autre chose que des pattes de poulets ?

          Il s’assit et se lécha les babines.

          -  Alors, dis-je gaiement, qu’est-ce qu’on attend, allons-y !

          Nous quittâmes la place de l’Obradoiro, laissant derrière nous la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

ÉPILOGUE  

          J’étais allongé sur la banquette d’un train de la Renfe, les yeux mi-clos. Elvis était couché par terre, il dormait paisiblement. Une lumière blafarde éclairait le compartiment. Le train roulait à vive allure…

          Sur la banquette en vis-à-vis, un homme au visage flasque et costume gris me regardait avec un sourire aigri, il sortit son mouchoir de sa veste et se moucha. J’ouvris les yeux et regardai l’homme qui était assis face à moi, deux prothèses orthopédiques étaient posées à ses côtés. Je croisai le regard du cul-de-jatte qui me salua d’un signe de tête, je grimaçai un sourire puis fermai les yeux.

 

          Elvis et moi nous dirigeâmes vers le parking où était garée la bagnole. Je sortis les clés d’une de mes poches, ouvris le coffre et déposai mon sac à dos à l’intérieur. J’ouvris la portière arrière, Elvis s’engouffra dans la voiture. Je m’installai sur le siège avant, puis tournai la clé de contact, elle démarra du premier coup. Nous quittâmes le parking de Saint-Jean-Pied-de-Port…

 

          Sur une petite route des Pyrénées-Atlantiques, le bras appuyé sur la portière, je jetai dans le rétroviseur un regard en direction d’Elvis.

          -  Et maintenant, on fait quoi ?

          Elvis posa ses pattes sur le siège avant en couinant.

          -  On continue, tout simplement.

          Je tournai le regard en direction du paysage s’étendant à perte de vue, le ciel était bleu, le soleil radieux, je souris.

          -  On continue…

          Et c’est ce qu’on a fait.

 

 

FIN