lundi 5 février 2007
dans les rues sales et transversales...
Confiant
« Dis-moi c'qui s'passe à Montréal
Dans les rues sales et transversales
Où tu es toujours la plus belle
Car la laideur ne t'atteint pas »
Ce sont les mots de la chanson de Georges D’or "la Manic" écris en 1966, il y a 40 ans déjà. Ces mots me résonnent dans la tête depuis des années surtout lorsque je me promène dans les quartiers de Montréal. J’ai connu Georges D’or, brièvement, durant l’été 1953, alors que nous avions chacun un travail d’été à Amos en Abitibi,
Je fus surpris lorsqu’il devint auteur de chansons à succès et leur interprète. Je le savais un gars sensible au beau, un être intelligent et cultivé qui aimait écrire et j’ai compris comment il a pu faire d’une chanson de chantier de la Manicouagan, un cri d’amour. La partie de sa chanson qui référait à Montréal me touchait aussi particulièrement.
Durant les années ’50, la Chambre de commerce des jeunes du district de Montréal organisait annuellement une grande « campagne d’embellissement de Montréal ». Ce n’était pas un luxe pour le Montréal d’alors. La campagne durait presqu’un mois et notre but principal était de motiver les citoyens à s’occuper de leur milieu, à le nettoyer et à l’embellir.
C’était un appel au sens civique et à la fierté des Montréalais et Montréalaises. Le maire, la ville de Montréal, le Jardin Botanique, les grandes entreprises, les clubs sociaux et autres supportaient activement le travail des membres Jeune Commerce. Les résultats étaient tangibles.
Avec l’Expo 67, un effort magistral se fit pour améliorer la propreté de tous les coins de la ville. Les mots de Georges D’or ne correspondaient pas à la ville de ces années-là, mais, je crois, à celles qui les ont précédées. Après ce grand évènement, le maire Drapeau a su maintenir la ville relativement propre et ordonnée.
Ses conseillers municipaux avaient la liberté d’appeler le surintendant des Travaux Publics de leur quartier pour faire faire les travaux nécessaires au bon maintien de leur district. Le maire, lui-même, faisait ses randonnées d’inspections du samedi matin, avec son chauffeur, pour aller vérifier personnellement l’état de la situation dans les différents secteurs de sa ville.
Puis vint la période post-Drapeau. Le maire Doré prit le pouvoir avec l’appui du syndicat des cols bleus qui s’opposait à l’administration Drapeau-Lamarre. Celle-ci refusait de signer l’entente collective avec le syndicat car elle considérait qu’elle lui accordait un pouvoir excessif. Doré s’empressa de la signer.
Depuis, le diable est aux vaches. On constata, presqu’immédiatement, la malpropreté prendre à nouveau racine à Montréal. J’étais alors chef du parti civique et de l’opposition municipale et, durant deux ans, j’ai dénoncé la malpropreté de nos rues, de nos ruelles et de nos parcs. Rien n’y fit. Les cols bleus étaient devenus maîtres et difficiles à contrôler. Aujourd’hui, c’est encore de même.
Le PDG de Tourisme Montréal, Charles Lapointe, vient de dénoncer la situation de la malpropreté de la ville, le piètre état des infrastructures et l’inertie de plusieurs grands projets. Il a raison et les Montréalais sont en très grand nombre d’accord avec lui. Lapointe est notre principal promoteur pour attirer les touristes à Montréal. Lorsqu’il parle, çà compte !
C’est pourquoi, je suis surpris de le voir faire le procès de la ville sur la place publique, alors qu’il y a d’autres façons de faire. Il doit vraiment être désespéré.
Par contre, je comprends le maire Gérald Tremblay de ne pas aimer la déclaration provocante de Lapointe. Cependant, je n’approuve pas le maire de réclamer, à son tour publiquement, sa démission d’autant plus que Lapointe a fait un bon travail depuis près de quinze ans à ce poste important.
Je crois que le maire Tremblay a à cœur la propreté de la ville. Il a même proposé, dès sa première élection, de mettre sur pied un Service de la propreté, comme à Paris. Là-bas, on voit partout les équipes identifiées « Propreté » avec un costume distinctif et qui font un travail de tous les instants, partout. La propreté de Paris est relativement impeccsable. Il en est de même à Londres, à Berlin et en général dans les grandes villes d’Europe.
Alors pourquoi pas à Montréal ? Je crois que la réponse est simple : les cols bleus ! Et tant que les relations entre la ville et ce syndicat ne seront pas modifiées pour redevenir normal, je crois que les Montréalais et les Montréalaises souffriront de voir leur ville malpropre et les infrastructures mal maintenues.
Le maire peut aussi, par règlements, éliminer la laideur et assurer que la ville soit belle. Par exemple, il devrait arrêter la profusion d’antennes satellites, et les faire enlever, sur les façades des maisons privées et des bâtiments à logements multiples ainsi que l’horreur des « Tempos » en hiver qui viennent maquiller macabrement les devantures des maisons de notre ville. Lire mon blog sur le sujet : Montréal s'enlaidit
Quant à l’inertie des grands projets, je pense que l’on peut critiquer le maire du peu de résultat positif obtenu depuis qu’il est en poste. Au lieu de perdre son temps à supporter des projets inacceptables comme celui de la relocalisation casino, ou encore le changement de nom de l'avenue du Parc à Robert-Bourassaa, deux projets opposés avec raison par une grande partie des citoyens, il devrait concentrer ses efforts sur des projets réalistes.
Le maire Drapeau est un bon exemple d’un maire qui a stimulé les investisseurs et les créateurs à venir faire de Montréal une ville moderne et de premier plan. C’est plus que jamais possible aujourd’hui.
Une ville est l’affaire de tous ses citoyens. Chacun doit faire sa part. Autant aujourd’hui nous sommes motivés pour faire un effort pour aider l’environnement, autant il est important et nécessaire que nous ayons un esprit civique bien développé. La propreté c’est la responsabilité de tous et de chacun.
Il est facile de blâmer les dirigeants de la ville, mais, en réalité, nous sommes les premiers responsables de la laideur et de l’état de malpropreté de notre milieu. Il faudrait peut être raviver les grandes campagnes d’embellissement annuelles pour rappeler aux Montréalais et Montréalaises que « le civisme, c’est une foule de petites choses ».
Claude Dupras