Charest, Dumont... qui sait ?
 

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Le 15 mars 2007

Charest, Dumont… qui sait ! 

Le premier point de la plateforme électorale du parti Québécois est la tenue d’un autre référendum sur la séparation du Québec, lors du prochain mandat du gouvernement. Le chef séparatiste André Boisclair l’a confirmé clairement hier lors du débat des chefs. Si on ne croit pas, comme moi, qu’il y a un avantage réel et tangible pour nos compatriotes que le Québec se sépare de l’ensemble canadien, on ne peut voter pour le Parti Québécois lors de l’élection du 26 mars prochain, car cette proposition prime sur toutes les autres. 

De même, un séparatiste (souverainiste ou indépendiste, si vous voulez) ne peut voter pour un autre parti que le Parti Québécois, car il est le seul à proposer un référendum pour obtenir l’indépendance de Québec. 

C’est avec une telle conviction que j’ai regardé sur internet le « débat des chefs ». 

À mon humble avis, il n’y a pas eu de gagnant. Jean Charest, le chef du parti Libéral, André Boisclair, le chef du parti Québécois, ou Mario Dumont, le chef de l’Action Démocratique du Québec ont chacun, à leur tour, bien fait. Ils connaissent leurs dossiers et chacun est prêt à devenir Premier Ministre du Québec.  

Charest m’a un peu désappointé car il n’a pas été le « debater » que j’ai connu durant les débats antérieurs sur les plans fédéral ou québécois. C’est la première fois qu’il se retrouvait dans un rôle de sortant-de-charge et il m’a semblé que cela a pesé dans la balance. Il a agi comme un PM sans vouloir montrer ses griffes comme il l’a fait dans les débats antérieurs où il a excellé. Nonobstant cela, je crois qu’il a bien expliqué ses réalisations et ses idées pour l’avenir. Il a clairement établi les résultats positifs de ses négociations avec le gouvernement fédéral et les argents qu’il a obtenus.  

Il a rappelé l’importante concession qu’il avait obtenue du PM Paul Martin lors de l’entente dite « asymétrique » sur le budget de la santé. En effet, c’était la première fois que le gouvernement du Québec obtenait des fonds pour un programme particulier avec la liberté de les dépenser dans les programmes qu’ils croyaient utiles (pas nécessairement la santé) sans être obligé de suivre la ligne de conduite du gouvernement fédéral.  

Ce fut un très grand gain, une première, une concession impensable jusqu’à ce jour et la première fois qu’un PM du Québec obtenait une telle concession du gouvernement fédéral. Le mérite revient de droit au PM Charest qui a convaincu le PM Martin. Il a raison de se péter les bretelles. 

Boisclair a été bon. Il connaît ses dossiers et a su l’exprimer clairement. Il a fait à ce jour une bonne campagne électorale et a surpris beaucoup d’observateurs qui croyaient le voir tituber lors du débat. Je ne crois pas cependant qu’il ait pris la bonne tactique pour renverser le courant défavorable qui s’exprime à son endroit jusqu’à ce jour. Il a agi un peu comme un maître d’école qui pose des questions et qui insiste pour obtenir à tout prix une réponse sans vouloir écouter l’élève qui cherche à répondre à sa façon.

Souventes fois, Charest et Dumont ont dû lui suggérer fortement d’écouter au lieu d’insister sans relâche pour obtenir une réponse. Il ne semble pas avoir compris que ce n’était une conférence de presse mais un débat politique, qu’il y a plusieurs facettes à tout sujet politique, et que les opinions s’expriment de plusieurs façons. Par ailleurs, Boisclair a insisté clairement sur la tenue du référendum et je crois que c’est là qu’il a perdu l’élection qui vient.  

Il est le prisonnier de son parti et de Jacques Parizeau, alors qu’un chef de gouvernement doit être libre d’agir dans le meilleur intérêt de son parti. Il comprend mieux que d’autres l’importance du pouvoir. Sans lui, les rêves sont impossibles. Chaque chose en son temps, voilà la vérité que les partisans péquistes ont oubliée en imposant à leur chef un référendum à tout prix. 

Dumont a vraiment dominé le débat, même s’il a montré des moments faibles, il a été l’attraction principale et celui qui a montré le plus d’approches nouvelles aux problèmes qui affectent notre société. Il a su mettre en évidence chacun des points de son programme électoral. Il ne s’est pas enfargé dans les fleurs du tapis. Son approche nouvelle est rafraîchissante et même si ses adversaires s’en sont moqués, il demeure qu’il y a  beaucoup de vrai dans ce que Dumont affirme et que ses idées collent à la réalité pour un grand nombre de Québécois.  

Charest et de Boisclair ont su mettre en évidence, avec raison, le manque de leur adversaire de présenter une équipe compétente pour l’appuyer. C’est le point faible de Dumont. Par contre, leurs attaques contre ses nouvelles politiques ont manquées la cible. Je crois qu’ils ont utilisé trop de démagogies pour chercher à le détruire. Ils n’ont pas réussi.

Pour ceux qui s’opposent actuellement aux séparatistes (plus de 65% des électeurs), le choix est entre Jean Charest et Mario Dumont. Étant donné que Jean Charest à un bon bilan pour ses quatre premières années de pouvoir, surtout en rapport avec ses négociations avec le gouvernement fédéral et une équipe très compétente de candidats; étant donné que Mario Dumont ne présente pas une équipe suffisamment expérimentée pour bien gouverner, il me semble que le choix est clair. Jean Charest mérite et doit d’être réélu. 

Nonobstant tout, si Mario Dumont gagne et si son parti obtient la pluralité des sièges, je n’en serai pas nécessairement déçu car j’aime plusieurs de ses politiques. Particulièrement, celle sur la santé et le rôle additionnel du secteur privé de la médecine qu’il veut ajouter au système de santé actuel, Je crois que c’est là la vraie solution aux problèmes de congestion et de listes d’attente dans les hôpitaux du Québec. Je connais bien la France qui a le meilleur système de santé reconnu au monde où les secteurs privé et public travaillent conjointement. Si c’est bon pour ce pays, pourquoi pas pour le nôtre ? Ce ne sera pas facile pour Dumont, mais il me semble intelligent et capable de trouver les moyens pour bien servir les Québécois.  

Claude Dupras