Ce dialogue traite de la campagne électorale aux USA, de la commission
du 9/11/2001, des difficultés de Bush à cause de la guerre en Irak et de ses
mensonges sur les raisons de son déclenchement, des attaques américaines
contre le moulah Béni Sadr, de l’administration de l’Irak conquise, du rôle de
l’ONU, et de sujets découlant de ces sujets.
Au
17 avril 2004
Mansour : Merci pour ton
article de Newsletter concernant les retombées de l'apparition de Condileeza
Rice devant la commission du 9/11/2001. Je t'avoue que je ne m'attendais pas
du tout à la réaction à ce jour de la presse américaine après son passage à la
commission. Il faut dire toute de même que la télévision américaine, qui
touche beaucoup plus de monde que la presse écrite, n'a pas été aussi
impartiale dans son analyse de la performance de Mme Rice. L'impression que
j'ai pour le moment c'est que la télévision américaine projette tout de même
une meilleure image d’elle que ce que j'ai vu en direct pendant son
témoignage. Howard Fineman est un excellent journaliste que je suis depuis
très longtemps, car il apparaît très souvent sur MSNBC, aussi bien que sur
CNN. Il ne fait de doute que son dernier article va créer des vagues à travers
tous les « mass-media » américains, mais il ne faut pas oublier que malgré tout ce barrage de
mauvaises nouvelles pour la campagne de Bush, le public américain reste
accroché à son commnandant-en-chef, comme d'habitude, historiquement. Il est
vrai que l'opinion publique américaine vis-à-vis de la gestion de la guerre en
Irak de Bush a finalement commencé à changer, mais c'est du principalement aux
évènements sur le terrain en Irak, et pas à cause des débats publics devant la
commission d'enquête du 9/11/2001.
Claude : Oui, c’est sur le
terrain que se dessine l’avenir de ti-Bush. Et je crois qu’à ce rythme son
appui favorable change vite et va devenir négatif. Il a fait une guerre
inutile, sans un nombre suffisant d’alliés réels, a repoussé les Nations Unies
et n’a pas de plan d’après-guerre pour redonner à ce pays, dans le calme, un
élan démocratique. Je crois que les soldats Américains sont là pour longtemps.
Malgré la pression du peuple américain qui pourrait devenir forte pour qu’ils
se récusent, j’ai l’impression que les soldats sont là pour au moins deux
autres années avant de revenir à leurs casernes aux USA. Ils ne peuvent rien
contre les Chiites et ceux-ci ne les laisseront pas faire. De plus, j’aimerais
bien savoir ce qui arrive avec le pétrole. Combien pompe-t-on de gallons par
jour, quels sont les revenus générés? Où vont-ils? L’autre jour à sa
conférence de presse, j’ai remarqué sur le visage de ti-Bush un air de fierté
en faisant allusion au pétrole Irakien. Je suis surpris qu’aucun journaliste à
ce jour n’ait fait une enquête pour savoir ce qu’est la vraie situation de
l’exploitation du pétrole Irakien depuis la conquête des Américains ?
Mansour : Mieux encore, je pense que la
concentration des « mass-medias » américains sur les travaux de cette
commission, empêche le public américain de se rendre compte des fautes graves
que Bush avait commises en Irak et empêché ce même public d'écouter les
messages de John Kerry. Hier par exemple, John Kerry a fait un discours
important sur son programme économique, mais aucune chaîne de télévision
américaine ne l'a rapporté en direct.
Claude : Je comprends tes
inquiétudes. Mais je ne vois pas cela comme ça. En général, les électeurs dans
des élections démocratiques votent « contre » et non « pour ». Il s’agit donc
pour Kerry de ne pas faire d’erreur de parcours et de bien jouer. A mon avis,
il va bien à ce jour. Ti-Bush se battra lui-même. D’ailleurs les derniers
sondages indiquent une remontée spectaculaire de Kerry et cela même si sa
campagne à ce jour est « low-key ».
Mansour : Ce qui m'a toujours étonné durant toute la
campagne de Bush en Irak, c'est que son administration n'a rien appris ni de
l'expérience des américains au Vietnam et encore moins de l'expérience
française durant toute la guerre de l'Algérie. Tout comme les premiers
gouvernements français décrivant la guerre en Algérie comme une opération de
police, l'administration de Bush continue à nous faire croire qu'elle n'a pas
affaire à une insurrection nationale contre son occupation de ce pays. Mais
dès 1956 l'administration française avait reconnu qu'elle devait gagner les
populations algériennes avant qu'elles ne décident de rejoindre le FLN.
Jacques Soustelle, qui avait été nommé gouverneur général en Algérie, était un
ethnologue de renommée mondiale. Mieux que cela, il s'était entouré des
meilleurs sociologues, ethnologues français de ce temps pour mettre en place
une stratégie globale de récupération des populations algériennes à la cause
française .Je suis témoin vivant de l'autre côté de la barrière et je te
garantis que Soustelle avait réussi à détacher une grande partie de la
population algérienne du mouvement nationaliste. Et en moins de deux ans,
Soustelle avait réussi grâce, d'une part à un renforcement radical des forces
armées françaises, et de son programme d'assistance aux populations
à affaiblir sérieusement le mouvement de libératioé du FLN. Il n'était plus
aussi facile, par exemple, de mobiliser les fonds nécessaires au financement
de notre lutte, chez les marchands algériens, petits ou grands. Le taux de
scolarisation en Algérie qui n'était que de 10% en 1954 est monté rapidement à
près de 40% grâce à toutes les écoles ouvertes par les forces armées
françaises dans tous les villages du pays. Des chantiers de plein emploi
étaient ouverts partout. Même l'approvisionnement en viande et légumes des
forces militaires étaient ouvertes aux petits entrepreneurs algériens, qui ne
demandaient que des marchés pour leurs produits.
Claude : Merci de me
raconter cela. Je suis fort impressionné par la stratégie (que je ne
connaissais pas) de Soustelle et de ses collègues. Si seulement tout cela
avait été fait une vingtaine d’année auparavant et non à cause de la pression
du FLN sur le pays. Je comprends encore mieux ton pays. C’est fort
intéressant.
Mansour : Par contre Bush a nommé un administrateur,
John Bremmer, qui a toujours été un diplomate qui n'a aucune idée des
problèmes sociologiques de l'Irak.
Claude : Oui, je suis en
accord avec toi, Bremmer ne semble pas à la hauteur de la tâche. Il a remplacé
un ancien militaire nommé initialement et qui me semblait plus compréhensif et
flexible et qui connaissait le pays, du moins la partie Kurde. Dès le début,
il a réuni ce qui me semblait être les états généraux de la nation Irakienne.
Il a été vite remplacé par ti-Bush car je pense que Cheney n’aimait pas ce que
faisait cet individu qui ne protégeait pas assez ses intérêts. J’ai
l’impression que ce fut une grande erreur de le limoger. En sais-tu davantage
sur ce militaire?
Mansour. Non pas vraiment, Comme toi je l’ai vu à
l’œuvre. Il était connu par les Kurdes et semblait effectivement avoir
emprunté un bon chemin pour réunir les principaux représentants de toutes les
factions du pays. Mais il a vite disparu. Quant à Bremmer, il se fait entourer
par les officiers du Pentagone, qui n'ont qu'une seule expertise, à savoir de
tuer autant de gens que possible à moindre frais. Il ne fait aucun doute
aujourd'hui que nous avons à faire face à un nationalisme irakien, auquel
l'administration de Bush ne croyait pas. Et les derniers développements à Falludhja ne font que prouver l'erreur fondamentale de Bush et surtout de ses
conseillers militaires. Quand des Chiites viennent au secours des Sunnis
assiégés, je pense que la faillite de toute la stratégie de Bush en Irak est à
nue. Et cette coopération entre les Sunnis et les Chiites ne pourra que se
renforcer à cause de la bêtise de la réaction de l'administration de Bush vis-à-vis de Beni Sadr. Voilà un individu, qui est un héros, non pas pour ce qu'il
a fait lui même, mais surtout pour ce que son père avait représenté en Irak.
Même le moulah Sistani ne peut se comparer au père de ce nouveau Beni Sadr.
Cet individu est aussi légendaire dans le monde chiite que l'ayatollah
Khomeiny était en Iran. Beni Sadr senior était la seule force politique contre
la dictature de Saddam Hussein. Mieux encore, il est aujourd'hui le symbole et
le martyr de la résistance chiite en Irak, après son assassinat par le régime
de Saddam. Mais malgré tout cela les forces d'occupation américaines n'ont
rien trouvé de mieux que de dénoncer ce fils du plus grand martyr chiite
irakien comme un ennemi du peuple irakien. Il faut vraiment avoir les yeux et
les oreilles bouchés pour croire à ce type de message. La confrontation avec
ce chiite ne fera que renforcer tous les mouvements opposés à la politique
américaine en Irak. Et cela n’augure rien de bon pour Bush cet été.
Claude : Je suis heureux que tu m’expliques bien qui était le père de Beni
Sadr et l’influence relative de son fils. Il est clair que les Américains n’y
comprennent rien et lorsqu’ils en ont fait le nouvel ennemi de la supposée
coalition et annoncé ouvertement qu’ils veulent le tuer, je comprends mieux
maintenant pourquoi les musulmans de toutes tendances se réunissent et que le
problème ne fait qu’empirer pour les Américains. Cela devient pour eux une
situation intenable et insoluble. Heureusement qu’ils ont arrêté leurs
attaques et cherchent à négocier. S’il fallait qu’ils décident d’ouvrir la
machine et de poursuivre leurs attaques, je crois que ce serait le début d’une
révolte généralisée à travers l’Irak et nous verrons alors le nombre de morts
de jeunes soldats Américains monter en flèche. De plus s’il n’y a pas d’ordre,
à cause des factions religieuses, nationales et politiques du pays, il me
semble possible qu’une guerre civile soit générée. Les américains ne sauront
pas alors quoi faire et devront revenir tôt ou tard bredouilles de l’Irak, même
si Bush ne veut pas perdre la face.
Mansour : Même du temps de la guerre du Vietnam,
en aucun moment les forces américaines n'avaient perdu le contrôle d'une seule
ville au Vietnam. Et pourtant aujourd'hui, même la Maison Blanche reconnaît
qu'elle n'a pas le contrôle d'un grand nombre de villes en Irak. Les combats ne
font que s'étendre à travers le reste du pays. Et même Falludhja, qui devait
être l'exemple de la puissance américaine n'est toujours pas entre les mains
des forces armées américaines après plus d'une semaine de fortes et vastes
interventions militaires, prévues au départ comme un exemple de la puissance
militaire des USA.
Claude : Il me semble,
depuis quelques jours, que ce n’est plus maintenant la stratégie de prendre le
contrôle de cette ville. La puissance militaire américaine pourrait en une
seule journée envahir et conquérir cette ville, si elle le voulait vraiment.
Mais les enjeux pour la remise du pouvoir aux Irakiens le 30 juin et
l’influence future américaine dans la région seraient compromis car l’appui du
mullah Sistani serait perdu. Ils ne peuvent prendre le risque de froisser ce
personnage.
Mansour : Je ne suis certainement pas un expert
militaire, mais compte tenu des expériences du Vietnam et de l'Algérie en
particulier, je pense que Bush aura besoin d'au moins 500,000 soldats sur le
terrain, et un grand nombre de sociologues et de technologues pour avoir une
chance de séparer la grande majorité des irakiens des combattants baathistes
ou chiites dans ce pays. Je doute fort que l'Amérique soit prête à engager un
nombre aussi important de ses forces militaires tout simplement pour assurer
la survie d'un pays qu'elle était supposée avoir libérée l'année dernière.
Cette situation pourrait être le plus grand avantage de la campagne de John
Kerry dans les mois à venir. Saura-t-il en bénéficier ?
Claude : Même autant de
soldats ne viendront pas à bout de la révolte Irakienne à moins que les USA
implantent un régime dictatorial à la Saddam pendant des années. Ce qu’ils ne
peuvent pas faire évidemment. Rappelles-toi la grande armée de plus de 500,000
hommes qu’ils ont eus au Vietnam, tous les bombardements, les mines, le
napalm, etc….. Non, ce n’est pas possible de battre un peuple qui veut se
tenir debout. A court terme, peut-être à cause de la force militaire, mais à
long terme les coûts diplomatiques et monétaires sont trop grands et la
volonté d’un peuple est inébranlable.
Mansour : En passant, je voulais te dire que
j’apprécie tous tes messages que tu me communiques par emails concernant
l’analyse très détaillée de ce qui se passe en Algérie et de ses enjeux, mais
aussi ceux sur les informations que tu m'as données concernant la campagne
électorale aux USA.
Claude : Je crois que comme moi tu es très intéressé par la politique
internationale et j’essaie de te communiquer ce qui me semble pertinent et
intéressant.
Mansour : Je t'avoue qu'au début de la semaine
dernière je me demandais si John Kerry n'avait pas complètement perdu tout
espoir de gagner les prochaines élections, compte tenu du fait qu'il n'avait
pas dit un seul mot concernant les révélations de la commission du 9/11/2001
et surtout des derniers événements en Irak dont on a parlé précédemment.. Mais
apparemment ses conseillers politiques étaient bien plus intelligents que moi.
En moins d'une semaine John Kerry a gagné plus de 10 points sur Bush dans les
sondages, sans même se faire voir, alors que Bush passe son temps à le
harceler en permanence sur les ondes avec des messages plus faux que jamais.
Si malgré toutes les distorsions que Bush essaye de faire avaler au public
américain sa situation ne s’est pas améliorée à ce jour c'est que Bush est
vraiment dans de mauvais draps. Et l'été sera encore plus chaud politiquement
pour lui, surtout après le 30 juin, date à laquelle il avait promis de
redonner la souveraineté à l'Irak, avec plus de 130,000 soldats américains
toujours sur le terrain.
Claude : A ce jour, la
stratégie des organisateurs de Kerry s’avère bonne. Ils propulsent même Ted
Kennedy à l’avant de la scène politique alors que les stratèges républicains
se réjouissent de voir cela car ils le considèrent le père de tous les
libéraux et prédisent que cela nuira considérablement à la campagne de Kerry.
J’en doute, car à mon avis Ted Kennedy demeure le politicien qui a le plus de
crédibilité au Sénat. Il n’est quand même pas un socialiste. Il est un peu à
gauche mais cela n’a rien à voir avec la gauche française. On n’a qu’à voir
les ondes que produisent chacun de ses discours et de ses prises de positions
pour bien saisir son influence. Il reste à voir si sa prestation sera
positive pour Kerry. C’est quand même un risque.
Mansour : Il reste tout de même une petite branche de
salut pour Bush, je pense. Si Powell réussit à convaincre Bush d'accepter la
dernière proposition de Chirac d'organiser une conférence internationale sur
la situation en Irak, je pense qu'il pourrait enfin voler les idées mêmes de
Kerry et se présenter devant le public américain comme un grand rassembleur de
toutes les puissances et même de quelques pays arabes. Mais il doit tout
d'abord se débarrasser de Wolfowitz, Cheney et surtout son ministre de la
défense Rumsfeld. Je ne pense pas qu'il en est capable politiquement.
Claude : Je pense que
Powell a perdu toute crédibilité. Il a menti au conseil de sécurité, il se
range derrière les arguments farfelus de ti-Bush en rapport avec la guerre, et
même s’il est toujours minoritaire il ne réagit pas. Non, cet homme n’est pas
l’homme que je pensais. Il y a longtemps qu’il aurait dû faire comme O’Neill
et Clark. J’ai bien hâte de lire ses mémoires pour voir comment il expliquera
son ralliement à un président si petit. Je prédis qu’il révèlera des choses
qui nous feront redresser les cheveux sur la tête. Mais cela viendra après le
départ de ti-Bush de la Maison Blanche.
Mansour : La popularité de Bush est tombée si bas que
durant les fameuses discussions politiques le dimanche matin à travers toutes
les chaînes de télévision du pays, même les ultra- conservateurs comme George Will de ABC et du Washington Post se sont donnés à coeur joie de fustiger le
manque de leadership de la part de Bush. George Will en particulier a dénoncé
vigoureusement les tentatives de l'administration américaine de présenter
toutes les attaques contre les forces américaines en Irak comme des actes de
gens désespérés qui n'ont pas l'appui des populations irakiennes. Quand un
George Will demande à un président républicain de mettre fin à son aventure en
Irak, au risque de laisser les Irakiens s'entretuer, il faut croire que même
les conservateurs commencent à en avoir mare des bêtises de Bush.
Claude : Je vois que tu
suis vraiment tous les aspects de la politique. Mais n’oublies pas que les
républicains sont les républicains et qu’ils veulent le pouvoir absolu. Ils
travaillent pour cela et ont une stratégie à cet effet depuis longtemps. Ils
courtisent les minorités telles, les juifs, les noirs, les latinos et
réussissent de plus en plus à infiltrer particulièrement les nouvelles classes
de la société américaine qui deviennent de plus en plus importantes et
influentes. Au rythme de leur conquête actuel, il me semble qu’il soit
possible que le parti républicain prenne ce pouvoir pour longtemps.
Heureusement que la guerre de l’Irak est là, car elle seule, actuellement,
peut venir affecter leur rêve. Les conservateurs en ont marre des bêtises de ti-Bush car ils comprennent qu’il y a une possibilité pour eux de perdre le
pouvoir. Mais je dois t’avertir à nouveau, il n’est pas encore battu. Il a
démontré dans le passé qu’il est un gagnant.
Mansour : Ce qui est très encourageant pour Kerry
pour le moment c'est que sa victoire ou sa défaite aux prochaines élections
dépendront des indépendants. Et si les derniers sondages se confirment au fil
des jours il faut croire que ces indépendants sont maintenant convaincus que
Bush leur a toujours menti dans tous les domaines. Plus de 66% des
indépendants pensent que Bush leur a menti au sujet de l'Irak, au sujet de sa
réforme de "medicare" et surtout qu'il était toujours en faveur des grandes
sociétés américaines comme Halliburton etc.. Et je pense qu'il sera très
difficile pour Bush de changer cette image que les indépendants ont de lui dans
les mois à venir.
Claude : Tu as raison. Les
indépendants font l’élection mais je crains que leur nombre diminue d’année en
année. Tout de même, pour la prochaine élection ils feront la différence et il
semble, comme tu dis, qu’ils se rangent actuellement majoritairement contre ti-Bush. On verra.
Mansour : Ceci étant dit, je crois que nous sommes
tous d'accord que Bush est vraiment dans une mélasse qui le paralyse de plus
en plus. Il doit répondre à tellement d'accusations (tous les mensonges qui
ont conduit à la guerre en Irak, mais surtout l'absence de tout programme
d'action à court et à moyen terme pour sortir l'Amérique de ce bourbier de
l'Irak). Quand bien même Bush arrive à avoir la couverture de l'ONU dans les
mois à venir, ses dernières positions dans le conflit arabo-israélien ne lui
donneront aucune chance de convaincre même les pays arabes les plus alignés
pour les USA à contribuer à une coalition réellement internationale pour
stabiliser la situation en Irak et donner une chance quelconque aux Irakiens
de trouver une solution pacifique à leurs problèmes politiques.
Claude : Oui, ses positions
unilatérales dans le conflit israélo-palestinien lui enlèvent toute chance
d’obtenir l’appui d’un pays arabe. Je ne comprends pas pourquoi il agit ainsi.
Pardon, disons que je crois comprendre que pour avoir le vote juif aux
prochaines élections présidentielles dans NY, la Floride, la Californie ou la
Pennsylvanie, il est prêt à tout faire et même aller à l’encontre de toute la
politique passée des USA en rapport avec le conflit du Moyen-orient. C’est
impensable, mais c’est la seule raison valable que je trouve pour expliquer
une décision aussi injuste et incompréhensive. La politique à la ti-Bush est
invraisemblable. Et il est fort possible que ce soit le vote juif qui lui
donne sa victoire. Déjà, je ne sais pas si tu as remarqué, Koch, l’ex-maire de
NY, membre du parti Démocrate depuis toujours, lui donne son appui ouvertement
pour la présente campagne électorale. J’ai l’impression qu’il y a en sourdine
une vague immense qui se lève pour Bush chez l’électorat juif, un vague qui
n’a rien à voir avec l’Irak, ou la qualité de l’administration du gouvernement
américain mais qui est générée simplement par les prises de position
unilatérales de ti-Bush en faveur d’Israël au détriment des Palestiniens. Si
la vague est là, ti-Bush sera réélu car il aura gagné un État-clef au collège
électoral.
Mansour : Même en Irak, Bush avait pendant près d'un
an compté sur l'appui tacite des Chiites pour s'imposer au reste des Irakiens,
mais avec ce qui se passe maintenant entre l'ayatollah Beni Sadr et les
américains et surtout la dernière prise de position de l'ayatollah el Sistani, qui a déjà croisé le fer avec Bush et a forcé ce dernier à accepter
la réintroduction de l'ONU dans ce conflit, vient de mettre en garde les USA
contre toute utilisation de force pour désarmer les milices chiites de Beni
Sadr.
Claude : Quand on pense à
toutes les affirmations que nous avons entendues depuis quelques semaines de
ti-Bush, de ses généraux, ou de Cheney à l’effet que Sadr est l’ennemi, qu’ils
veulent le tuer, et que le rôle des Nations Unies n’est pas essentiel, voilà
que la tournure des évènements nous montre comment quelques morts de soldats
américains et la menace de Chiites viennent à bout du président à la tête de
linotte. Depuis hier, je n’entends que les mots ONU aux postes de télé
américaines. Voilà tout à coup les lettres miracles, la solution à tous leurs
maux, la porte de sortie. Bush et Blair emboîtent aussi, soudainement, le pas
dans cette direction. Quelle bande de bouffons ! Ils s’imaginent que l’on ne
voit rien, que nous sommes insensibles et que nous oublions le passé aussi
vite qu’une nouvelle politique est établie. Ils le paieront cher.
Mansour : Il ne nous reste qu'à attendre et observer
le déroulement de la faillite de la politique américaine à travers tout le
Moyen-orient. Je me demande même si l'élection d'un John Kerry pourrait donner
une chance quelconque aux Américains de retrouver un semblant de coopération
avec les états arabes du Moyen-orient.
Claude : Oui je le crois.
Car je pense que Kerry ne partage pas la décision de ti-Bush en rapport avec
le conflit palestinien. Il a appuyé la proposition du bout des lèvres pour ne
pas faire de vague et incommoder le vote juif qui normalement est acquis à son
parti. C’est ça aussi la politique électorale. Mais la corde est raide et ce
n’est pas facile pour lui de jouer les funambules. Cependant, j’ai la
conviction que dès sa victoire, il reviendra aux Nations Unies et, proposera
la prise en main par le Conseil de Sécurité de ces conflits qui perdurent et
nuisent à la bonne réputation de son pays. Il comprend que les USA ont une
place dans le monde mais pas toute la place. C’est un grand pays qui est
diminué jour par jour par un président insignifiant. Un petit esprit.
A très bientot.